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Camps de prisonniers allemand 1946-1947 Aquitaine : camps de prisonniers 1946-1947 Prisonniers de guerre allemands employés à La Réole Ayan...

PGA : Prisonniers de Guerre Allemands 1945-1948 à La Réole (à finir)


Camps de prisonniers allemand 1946-1947

Aquitaine : camps de prisonniers 1946-1947

Prisonniers de guerre allemands
employés à La Réole


Ayant retrouvé, parmi de nombreux documents et archives, deux contrats de travail pour travailleur étranger, datant de 1947, la curiosité me poussa à approfondir le sujet.
Bien sûr, j’avais entendu parler, dans mon enfance, de prisonniers allemands embauchés après guerre par ma grand-mère, veuve en 1939. Mes recherches ont remis les événements dans leur contexte. Quelques souvenirs illustreront l’article ci-après.
On peut noter qu’elle paya deux fois 1000 F au percepteur, pour les congés en Allemagne et que le salaire mensuel est passé de 3000 F avec nourriture à 3830 F, en trois mois.

Souvenirs de ma tante 
Les deux PGA venaient du dépôt militaire de Saint-Médard-en-Jalles, où ils étaient détenus dans un camp de prisonniers. Ma tante dut deux fois (septembre et décembre 1947) se déplacer jusqu’à là pour les ramener en train à La Réole.
    Étant la seule de la famille à avoir appris un peu l’Allemand au lycée, sa mère la chargea d’aller les récupérer. Ce fut pour elle une corvée pénible. Le souvenir de l’occupation était encore vivace dans les esprits !

Le plus âgé des "PGA", né en 1910, ingénieur électricien, originaire de l’ouest de l’Allemagne, était marié avec deux enfants ; il recevait du courrier, se souvient ma tante ; l’autre plus jeune, de 1924, célibataire et cuisinier, venait des territoires allemands en Pologne. 

À l’âge de 16 ans, visitant sa famille d’Allemagne, il fut d’office incorporé dans les jeunesses hitlériennes, puis à 18 ans, dans l’armée allemande. En 1947, il était encore très marqué par son endoctrinement…

Tous deux logeaient à la métairie, désertée après la guerre par le métayer italien, qui s’était montré hostile aux Français, dès la défaite de 1940. Ma grand-mère fut soulagée de le voir partir avec sa famille nombreuse, mais se retrouvait sans aide pour exploiter les terres. D’où l’embauche des deux Allemands.

Leurs repas étaient préparés par elle sur sa grosse cuisinière en fonte à charbon - cette odeur particulière, flottant dans cette pièce, me reste encore, 50 ans plus tard. Ils étaient apportés dans des gamelles à la métairie distante de quelques dizaines de mètres de la maison, ne possédant encore aucun confort moderne. Seule, une grand cheminée chauffait la pièce à vivre et une seule arrivée d’eau existait, située dans la souillarde.

Ma tante se souvient d’un plat cuisiné par le "Polonais", à base de farine et d’œufs, cuits dans l’eau bouillante et agrémenté de croûtons frits (kluski).

Ils portaient encore leurs uniformes militaires, avec l’inscription PG, lettres hautes de 30 à 40 cm, peintes en blanc au dos de leur vareuse (instructions de septembre 1945) ; leurs godillots à semelle cloutée abîmèrent les cerisiers de la propriété, quand ils y grimpèrent au printemps. Ils étaient assez libres d’aller et venir, puisqu’ils pouvaient se rendre seuls à La Réole.

Ma grand-mère avait une opinion mitigée sur leur aide. En effet, aucun des deux n’avait jamais travaillé la terre, ils étaient inexpérimentés et peu efficaces. Mais la main-d’œuvre était rare alors, elle se contenta pendant un an de leur présence, étant seule à gérer la propriété.

"Souvenirs" d’un ami de Gensac
En 1945, ses parents cultivateurs avait accueilli un PGA (donc encore avec le statut de prisonnier).
Un jour, en l’absence momentanée des propriétaires, attendant dans la cuisine le déjeuner, il prit le bébé, âgé d’un an et demi, sur ses genoux.
Quand les parents rentrèrent, il fut très gêné et déposa précipitamment le bébé par terre. Sans doute était-il en manque de ses propres enfants !

Brigitte Mangeot Bulik

Wikipédia :
Prisonniers de guerre allemands
de la Seconde Guerre mondiale en France

Près de 750 000 prisonniers de guerre allemands (PGA) ont été gardés en détention en France jusqu'en 1948, en violation des Conventions de Genève et du statut des prisonniers de guerre.

Les États-Unis avaient transféré des centaines de milliers de PGA dans des camps français, sous contrôle américain. Ils furent rapidement rétrocédés à la France, manquant de main-d’œuvre pour entreprendre sa reconstruction - (600.000 victimes françaises pendant la guerre).
Ils furent affectés au déminage, à l’extraction minière et surtout aux travaux agricoles.

Si le taux élevé de mortalité, en 1945, est surtout dû à la désorganisation économique régnant alors en France, les conditions de détention s’améliorèrent nettement à partir de 1946 (nécessité de soigner l'image vis à vis de l’opinion internationale, d’augmenter le rendement économique en traitant mieux les PG) et, à partir de 1947, le système dit du travail libre (en accord avec Washington et basé sur le volontariat), constitua un apport économique stratégique. Ce dernier offrait la possibilité aux prisonniers allemands de s’engager en tant que travailleur salarié en France. En contrepartie, ils perdaient irrévocablement leur statut de prisonnier de guerre.

L’heure étant à la réconciliation franco-allemande, l’ennemi d’hier pouvait devenir un allié potentiel face aux puissances du pacte de Varsovie. Au demeurant, la position de la France était de moins en moins tenable : la convention de Genève stipule que la paix doit entraîner une libération immédiate des prisonniers de guerre. Le gouvernement français subissait de nombreuses pressions (l’Église catholique, mais aussi les partis politiques allemands, arguant que l’Allemagne devait conserver toutes ses forces actives). D'ailleurs, ces prisonniers, ayant choisi de travailler en France, étaient très sévèrement critiqués par leurs compatriotes.

Exception faite des prisonniers de droit commun, l’ensemble des prisonniers allemands fut libéré au plus tard fin 1948, conformément aux accords des trois autres puissances victorieuses (23/08/1947), qui stipulaient que tous les prisonniers « non optants » devaient être rapatriés avant la fin de l’année 1948. Pour lisser l’impact économique, les autorités procédèrent à une libération par paliers sous le contrôle de la Croix-Rouge, en les rapatriant en train.
La Direction Générale des Prisonniers de Guerre fut dissoute en décembre 1948.

C’est dans le secteur agricole que les rapports furent rapidement les plus cordiaux entre employeurs et employés, la plupart des PGA vivant chez l’habitant. La surveillance y était minime, les conditions de vie meilleures et l’astreinte au travail moins sévère. Ils pouvaient s’octroyer certains suppléments en nourriture : bien que réprimandés, le chapardage des fruits et légumes, la pêche à la ligne contribuaient à améliorer leur quotidien. À partir de l’été 1946, les autorités honorèrent de moins en moins leur obligation de fournir aux agriculteurs, l’habillement des PG ayant perdu leur statut de prisonniers.

Le statut de « travailleur libre » était proche de celui accordé aux étrangers employés en France : mêmes droits sociaux et salaires indexés sur celui des Français. À l’automne 1947, les autorités offrirent un congé d’un mois avant de travailler, le temps pour eux de rentrer en Allemagne, cela contribua pour beaucoup à la motivation des postulants, mais cependant représentait une lourde charge pour l’État ; il fut donc décidé que les employeurs, à partir du 1er/11/1947, devaient s’acquitter de 1 000 F au titre de la participation au frais de voyage (La somme leur était remboursée dans le cas où le PG ne revenait pas en France).
Sont favorisées les candidatures pour les secteurs déficitaires en main-d’œuvre (agriculture, mines, BTP, métallurgie, textile).

Cependant, certains prisonniers ne pouvaient évidemment pas se porter candidats. Il s’agissait des prisonniers suivants :
    - criminels de guerre (y compris les suspects) ; SS et PG ayant appartenu aux cadres du parti ;
    - PG ayant encouru ou purgeant une peine judiciaire ou placé en détention préventive ; PG officiers d’active.

Au printemps 1948, de nombreux PG demandèrent à s’engager, mais pour une durée moindre.
Des contrats de Travail libre furent proposés de 9 à 12 mois, mais exclusivement dans le secteur agricole ou minier. À cette date, on permit aux employeurs agricoles, d’appliquer une période d’essai, un certain nombre d’entre eux s’étant plaints de l’incompétence de leur nouvelle recrue.

Au total, 112 000 dossiers de candidature, soumis aux commissions de ciblages, furent acceptés. Près de la moitié furent affectés à l’agriculture et répartis sur l’ensemble du territoire français.

Le retour en Allemagne, après des années d’absence, dans un pays en ruine, divisé et bouleversé culturellement – démocratie libérale ou communisme ayant succédé au nazisme -, la crainte d’y avoir tout perdu et le fait d’avoir peut-être désormais plus d’attaches en France qu’en Allemagne, ont probablement constitué les principales motivations des « optants ».

À l’échelle nationale, ce serait près de 85 % d’entre eux qui sont revenus, de leur plein gré, en France.
De plus, dès 1947, les travailleurs libres furent autorisés à faire venir leur famille en France.
Les optants, qui, ayant manifesté leur intention de s’installer en France, en avaient en effet obtenu, au moment de la signature de leur contrat, cette assurance. Cependant, ceux qui avaient déposé des demandes, se virent souvent opposer un avis défavorable par les autorités municipales, notamment des communes rurales.

Finalement, le Comité international de la Croix-Rouge estimait, en 1949, que près de 600 familles de travailleurs libres firent le choix de s’installer définitivement en France.

L’épisode de la détention des prisonniers de guerre allemands semble avoir été oublié des mémoires collectives française et allemande.
Le souvenir en est quasiment nul en France et, en Allemagne, cette période participe probablement du même phénomène de refoulement ou d’« amnistie ».

Il est difficile de faire un bilan précis du travail des PG, mais, il est probablement considérable, les Allemands ayant joué le rôle d’une main-d’œuvre bon marché dans les secteurs économiques clés d’une France en proie à une grave crise économique et démographique. Sans cette présence, peut-être l’économie française se serait-elle redressée plus lentement et les répercussions politiques et sociales auraient été bien évidemment importantes. 

 (d'après Wikipedia - résumé)

Contrats de travail



Les contrats étaient traduits en allemand, sur la moitié droite du document.


Texte du contrat ci dessus :
1° L’employeur s’engage à assurer un travail continu pendant une durée de ...un an… au travailleur signataire du présent contrat, et à dater du lendemain de sa libération, son arrivée (rayer la mention inutile).
2° Le travailleur soussigné sera tenu de remplir consciencieusement les obligations mises à sa charge par le présent contrat.
3° Il est formellement précisé que le présent contrat a été conclu en considération des garanties données par le Gouvernement français aux prisonniers allemands ayant opté pour le statut de travailleurs libres, telles que lesdites garanties sont précisées dans l’instruction du 8/04/1947 (publiée au J.O du 18/04/1947).
4° Les travailleurs étrangers doivent recevoir, à travail égal à celle des ouvriers français de même catégories employés dans l’établissement ou dans l’exploitation ou, à défaut d’ouvriers français, remplissant ces conditions, une rémunération basée sur le taux normal et courant dans la région. L’égalité de traitement s’étend également aux indemnités s’ajoutant aux salaires.

Pour le travail agricole, le salaire sera fixé de la manière suivante : soit à la tâche, ou à l’hectare, ou à la journée ou à la semaine ou au mois. Ceci avec ou sans nourriture.

Au cas où le taux du salaire ainsi qu’il est indiqué ci-dessus, serait modifié pour les travailleurs français travaillant dans la même exploitation, cette modification serait étendue de plein droit au travailleur signataire du présent contrat.

Le payement des salaires sera effectué en espèces dans les conditions prévues par le Code du Travail, et notamment par les articles 43, 44 et 44a du livre I. Il ne pourra être opéré de retenues sur les salaires que dans les limites admises par la loi française (Code du travail, livre I, art.50 et 51)

5° Le travailleur soussigné aura droit au même régime de travail (durée de travail, jour de repos et congés payés) que les ouvriers français et recevra conformément au tarif :

Pour chaque heure supplémentaire …... Pour travail de nuit …... Pour travail de jours fériés…..

6° L’employeur assure que le travailleur trouvera à se loger à …. et que les prix réunis de la nourriture et du logement ne dépasseront pas en moyenne … francs par jour.

a. Le travailleur ne sera ni logé ni nourri par l’établissement ; ou bien:
b. Il pourra, à sa demande, être logé par l’établissement au prix de … francs par jour.
c. Il pourra, à sa demande, être nourri par l’établissement au prix de … francs par jour.
d. Il pourra, à sa demande, être logé et nourri par l’établissement au prix de … francs par jour. (rayer les mentions inutiles)

7° Par mesure de faveur et en raison de la longue captivité, le travailleur bénéficiera exceptionnellement, au cours de la période allant du 1er /10/1947 au 1er/03/1948 et au plus tard à la date à laquelle il aurait été libéré s’il n’avait pas opté pour le statut de travailleur libre, d’un congé non payé d’une durée d’un mois, en Allemagne. La date à laquelle le dit congé interviendra, dans les limites fixées ci-dessus, sera fixé d’un commun accord entre l’employeur et le salarié.

8° Le travailleur sera transporté aux frais de l’employeur du lieu de sa libération au lieu de son travail.
Les frais de voyage vers l’Allemagne, à l’occasion du congé du travailleur, lui seront remboursés au retour. Le travailleur sera tenu informé de la solution adoptée par le Gouvernement français au problème du remboursement total ou partiel des frais de voyage retour.

Au cas où le travailleur n’aurait pas usé de son droit à un congé en Allemagne, il pourra prétendre, pour son rapatriement définitif, à la délivrance d’un titre de transport gratuit par le Gouvernement français.

9° Sécurité sociale (travailleur de professions agricoles) :
Les travailleurs étrangers qui travaillent en France bénéficient des législations de sécurité sociale :
- en matière d’accidents du travail, dans les conditions fixées par l’ordonnance du 19/10/1945 (ou pour les mineurs, par les décrets des 27/11/1946 et 16/01/1947) ;
- en matière de prestations familiales, dans les conditions fixées par la loi du 22/08/1946.

L’employeur devra au travailleur, au cas où celui-ci contracterait une maladie pendant la période s’étendant entre la date de son arrivée dans l’exploitation et le jour où il sera susceptible de bénéficier des prestations des Assurances sociales : les soins médicaux, pharmaceutiques et d’hospitalisation, ainsi que le payement d’une indemnité journalière, dont le quantum ne saurait être inférieur à celui de l’indemnité, qu’il aurait perçue si, pendant ladite maladie, il avait été régulièrement couvert par la législation des Assurances sociales.

9° bis. Sécurité sociale (travailleurs de professions agricoles).
Les travailleurs étrangers qui travaillent en France bénéficient de la législation française en matière d’accidents du travail et d’assurances sociales. Les prestations familiales leur sont également allouées dans les conditions fixées par la loi du 22/08/1946. L’employeur doit adresser, aux Caisses mutuelles d’assurances sociales et d’allocations familiales de son département, une déclaration d’emploi dès l’arrivée du travailleur sur l’exploitation.

10° À l’expiration d’un délai de douze mois, à compter de la date d’établissement du certificat de libération qui doit coïncider avec l’intégration, comme civil, dans l’économie française, du travailleur allemand ex prisonnier de guerre, ce dernier pourra être rapatrié s’il ne contracte pas un nouvel engagement de travail en France.

11° Contentieux :
Toutes les difficultés pouvant surgir entre le travailleur signataire du présent contrat et l’employeur seront immédiatement signalées au Directeur départemental du travail et de la main-d’œuvre dont dépend le lieu d’emploi.

Toutes contestations qui pourraient s’élever à l’occasion des présentes seront réglées selon la loi française, dans les conditions fixées au paragraphe 4 (rupture du contrat) de l’instruction du Gouvernement français en date du 8/04/1947 (annexe I).

Fait à …, le... 194.. Signature de l’employeur Visa du Ministère du Travail et de la Sécurité sociale
Signature du travailleur


Rappel de l'instruction du Gouvernement français destinés aux prisonniers de guerre allemands

Paris, le 8/04/1947 (J.O. 18-4-47)

Conditions offertes aux prisonniers de guerre allemands pour le travail libre en France

Chaque prisonnier de guerre volontaire pour le travail libre en France qui aura signer la déclaration d’option sera ultérieurement convoqué par les autorités françaises, s’il a été agréé par lesdites autorités. Dans l’affirmative, le prisonnier de guerre recevra :
1° Un certificat de libération délivrée par les autorités militaires du camp dont il dépend.
2° Son pécule représentant les sommes payées à son compte qui sont le fruit du travail du prisonnier de guerre.

Il pourra souscrire un contrat de travail, soit avec son employeur actuel, si l’accord est intervenu entre les deux parties et s’il y a eu agrément par les Services du Ministère du Travail, soit avec un autre employeur. Ce contrat sera valable pour une période maximale de douze mois.

Les conditions offertes au prisonnier de guerre devenu travailleur libre seront les suivantes :
Salaire identique à celui perçu par le travailleur français de la catégorie professionnelle et de la région pour laquelle est valable le contrat de travail.
Conditions de logement identique à celles des travailleurs français ou étrangers.

Conditions de ravitaillement identiques à celles des travailleurs français, l’ancien prisonnier de guerre devenu travailleur libre touchant les mêmes titres de rationnement que les travailleurs français selon la catégories considérée (il pourra en accord avec son employeur, être nourri et logé par celui-ci).

Durée du travail égale à celle des ouvriers français de même catégorie travaillant dans la même entreprise. Tout travail de jour ou de nuit effectué au-delà de l’horaire prévu dans l’entreprise sera rémunéré au tarif soit des heures supplémentaires, soit du travail de nuit ou des jours fériés.

Droits sociaux
Les travailleurs allemands bénéficieront, à dater de la signature de leur contrat, de l’ensemble des lois françaises dans les conditions prévues pour les travailleurs étrangers, notamment (assurances sociales, accidents du travail, congés payés, etc.)

Congés
Par mesure de faveur et en raison de la longue période de captivité, le travailleur bénéficiera exceptionnellement, au cours de la période allant du 1er /10/1947 au 1er/03/1948 et au plus tard à la date à laquelle il aurait été libéré s’il n’avait pas opté pour le statut de travailleur libre, d’un congé d’une durée d’un mois en Allemagne. La date à laquelle le dit congé interviendra, dans les limites fixées ci-dessus, sera fixé d’un commun accord entre l’employeur et le salarié.

Rupture de contrat
Les litiges relatifs à l’application du contrat susceptibles de s’élever entre employeurs et salariés doivent être immédiatement signalés au directeur départemental du travail et de la main-d’œuvre.
Dans le cas où le conflit ne pourrait être résolu à l’amiable, le travailleur a la faculté de porter le différent devant les tribunaux compétents en la matière, c’est-à-dire le Conseil des prud’hommes, ou à défaut, la Justice de paix devant laquelle il lui est assuré des garanties analogues à celles des travailleurs français. Il ne peut être que condamner à des peines légères uniquement en espèces, telles qu’elles sont prévues par les lois françaises à titre de délits ou de non-observation d’une convention. Si la rupture du contrat est occasionnée par la faute de l’employeur, le travailleur peut être, s’il le désire, replacé chez un autre employeur de la même profession.

Expiration et renouvellement du contrat
À l’expiration du contrat, celui-ci pourra être renouvelé par accord tacite entre le travailleur et son employeur. S’il le désire, le travailleur allemand pourra changer d’employeur tout en restant dans la même profession, sauf autorisation du Ministre du Travail et de la Sécurité sociale.

Transfert de fonds
Le travailleur libre pourra procéder à des transferts de fonds au profit de sa famille, le montant en mark mis à la disposition de celle-ci en Allemagne ne pouvant être toutefois supérieur au salaire d’un ouvrier de même catégorie travaillant en Allemagne.

Vêtements
Lors de la signature du contrat, il sera procédé, à titre gratuit, à l’échange des vêtement que porte actuellement le prisonnier de guerre contre un vêtement civil.

Correspondances
Le travailleur libre aura toute liberté de correspondre. Il pourra recevoir des colis.

Venue des familles
Le travailleur qui serait désireux de faire venir sa femme et ses enfants, devra en faire la demande aux autorités françaises, lesquels examineront et tiendront informé le travailleur des décisions prises, en fonction des possibilités de logement. Dans ce cas, la femmes et les enfants donneront droit au bénéfice des allocations familiales prévues pour les étrangers par la législation française.

Liberté de circulation. Carte de travailleur étranger
Le travailleur allemand jouira de la liberté de circulation dans les limites du département dans lequel il exerce son activité professionnelle. Ce droit lui sera confirmé par la délivrance d’une carte de résident temporaire, délivrée par la Préfecture du département. De plus, il lui sera remis par la Direction départementale du travail et de la main-d’œuvre, une carte temporaire de travailleur étranger qui lui donnera le droit d’exercer la profession indiquée sur cette carte pour une durée maximum d’un an. Ces cartes sont renouvelables dans les mêmes conditions, ainsi qu’il a été dit ci-dessus.

Protection du travailleur. Droit syndical
Le service du Ministère du Travail et de l’Agriculture, et plus particulièrement les inspecteurs du travail et les contrôleurs des lois sociales en agriculture, qui sont chargés des conditions de travail, protégeront au même titre que les travailleurs français, les ex-prisonniers de guerre qui auront opté pour le travail libre.
D’autre part, les prisonniers de guerre transformés en travailleurs libres ont également la possibilité d’être protégés et défendus par les organisations syndicales, auxquelles ils peuvent adhérer.
Enfin, le Comité international de la Croix-Rouge et ses délégués continueront à exercer à l’égard des prisonniers transformés, un rôle correspondant à celui de la puissance protectrice dans la défense de leurs intérêts.




Textes consignés par Brigitte Mangeot Bulik



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En 1949, l'association "Les Amis du Vieux Réolais" crée une revue historique trimestrielle  Couverture du cahier n°1   ...

Les Cahiers du Réolais (Historique)

En 1949, l'association "Les Amis du Vieux Réolais" crée une revue historique trimestrielle 
Couverture du cahier n°1

 Lucien Jamet, est le premier président, Pierre Laville assure les illustrations et R. Aramburu en est le rédacteur.


Les membres et le bureau en 1949
Cette revue tirée à 250 exemplaires paraîtra jusqu'en 1974 et s'arrêtera au numéro 100.
Il y a quelques années le Groupe Archéologique et Historique du Monségurais (GAHMS)¹
a entrepris la numérisation d'une grande partie des Cahiers du Réolais.( J'ai rajouté les numéros qui manquaient)
Grace au travail de Jean Pierre Morineau, voici les Cahiers du Réolais. 

Tous les numéros sont disponibles dans une page spécifique dans le menu du blog. (Ici)

Le Mot de la Fin : voici la transcription de l'éditorial du bureau de Amis du Vieux Réolais expliquant l'arrêt des Cahiers lors du n° 100 :
LE MOT DE LA FIN 
Ces cahiers sont donc les derniers....
    Ce n'est pas sans regret que nous avons pris la décision d'arrêter notre publication trimestrielle, après vingt-six ans d'existence. Les circonstances nous y ont conduits.
    Au point de vue financier d'abord : l'abonnement de 6 Fr par an permettait tout juste, avec les subventions, de couvrir les frais, si tous les abonnés avaient réglé leur cotisation, mais que de difficultés pour faire rentrer cette modeste somme!
    En cette année 1974, 28 sociétaires sont encore restés sourds à tous les appels (tout en acceptant les CAHIERS 97 et 98 qui leur ont été expédiés !). Ajoutons que nous échangions notre publication avec les Bulletins de 14 Sociétés, et que nous devions envoyer une douzaine de N° à des Archives et à des Bibliothèques.
    Cela fait à peu près le huitième tirage servi gratuitement..... Il est juste de dire que nous recevions les publications des Sociétés correspondantes, que nous déposions à la Bibliothèque Municipale de La Réole.
    Ajoutons encore l'augmentation régulière du prix du papier, de l'impression, des frais d'envoi, etc. et l'on ne sera pas surpris si notre annuelle déclaration de bénéfices se réduisait à une indication très brève : Néant.
    Ne parlons que pour mémoire du travail (non rétribué, puisqu'il était exécuté par des sociétaires) que nécessitait la rédaction d'un numéro : frappe des stencils, brochage des feuilles ronéotypées, mise sous couverture puis sous enveloppe (près de 200 envois par Poste chaque fois), distribution en ville, etc.
    Si nous avons pu "tenir si longtemps”, nous le devons :
- d'abord à nos collaborateurs qui nous ont toujours aidé bénévolement et fournit en abondance textes et documents de valeur ;
- ensuite aux subventions accordées par le Conseil Général de la Gironde et la Municipalité de La Réole nous les en remercions bien vivement... comme nous remercions ceux de nos Amis qui, par des dons importants ou des "cotisations de soutien" nous ont manifesté de l'intérêt et nous ont aidés sur le plan matériel et moral.
Avant de terminer, saluons la mémoire de nos collaborateurs :

Mlle Thérèse NADEAU (†1949), Mlle DUTRIAC (1969), M.M. Camille BIOT (1950), MANLEY-BENDALL (1966), Georges LANOIRE (1969), CHADELLE (1969), baron du FOUSSAT (1974), Pierre DUPOUY (1974).
Leur amitié nous était précieuse et nous avons durement ressenti leur perte.
Les Cahiers du Réolais ne sont plus ...
Peut-être les verra t-on renaître un jour, avec une rédaction plus jeune et dynamique !
    En attendant nos lecteurs pourront retrouver dans LES CAHIERS du BAZADAIS les articles d'histoire locale et régionale qu'ils appréciaient.
    LA RÉOLE, on s'en souvient, faisait partie du diocèse de Bazas.
On ne perdra pas au change : les CAHIERS DU BAZADAIS ont plus de 60 pages, sont remarquablement imprimés, et leurs articles ont une haute tenue littéraire et historique. 

¹ GAHMS :  gahms@outlook.fr       www.monsegur-tourisme.fr/les-loisirs-la-culture/


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Sommaire-tous-les-articles      De 1909 à 1931 un riche banquier, Albert Khan , se propose de faire un inventaire visuel du monde qu'il ...

Autochromes 1920 - La Réole il y a un siècle.


    De 1909 à 1931 un riche banquier, Albert Khan, se propose de faire un inventaire visuel du monde qu'il nomme : "Inventaire de la planète".
    Son projet s'arrête avec sa ruine  en 1931.
Un Musée Albert Kahn  a été créé dans les Hauts de Seine et les autochromes¹ réalisés à cette époque sont mis à la disposition du public.
    C'est Jean Pierre Teissier qui m'a fait connaître cette collection.
En juin 1920 une série d'autochromes a été réalisée à La Réole : en voici les copies.

¹ Autochromes : L'autochrome est un procédé de restitution photographique des couleurs breveté le 17 décembre 1903 par les frères Auguste et Louis Lumière et mis au point par Gabriel Doublier.



Extrait de : "Les couleurs de la Gironde en 1920"
Les Éditions du Ruisseau. Collection Paesina

LE VIOLET DU RAISIN

    Bleu horizon et rouge garance: on savait que les uniformes des soldats de 14 étaient en couleurs. Peut-être était ce même un peu trop voyant. Malgré les gravures colorisées, notre perception du début du XXe siècle paraissait condamner l'époque au gris. Le succès des cartes postales et des photographies dont la pratique se démocratisait laissaient des images, nombreuses, définitivement en noir et blanc.     Contrairement à la représentation colorée que l'on peut avoir du XVIIIe siècle, grâce à la peinture !
     Avec cette formidable collection récemment disponible, nous assistons à une véritable résurrection chatoyante des terres du Sud-Ouest (et d'ailleurs).
    La discordance entre l'horreur passée de la guerre et la vie quotidienne qui reprend tout doucement dans les années 20 met en lumière les origines du projet d'Albert Kahn (1)

    Le jeune Abraham Kahn (qui abandonnera son prénom biblique) devait précocement quitter son Alsace natale, annexée par le Reich allemand après la défaite de Sedan. 
    Il fait vite fortune dans la banque et s'engage très tôt, dès 1898, dans de nombreuses fondations philanthropiques qu'il créé, répondant à un unique objectif : “connaître le monde et ses évolutions pour favoriser la paix”...

    À partir de 1909, et jusqu'en 1931 quand il est brutalement ruiné par la crise financière venue des États-Unis, il envoie donc des opérateurs un peu partout dans le monde, ainsi que dans la plupart des départements. Français, pour constituer “les archives de la planète”.
    À l'instar d'un Jaurès, on n’oppose pas à cette époque patriotisme et internationalisme : il s'agit d'un même élan d'affection pour les siens et pour les autres, rêve de fraternité universelle qui sera bientôt brisé par les haines nationalistes.

    Cette guerre qui devait ravager une première fois le continent européen n'a pas anéanti ce désir de rapprocher les peuples. Ses voyages au Japon, en Chine, en Amérique du Nord puis du Sud confirment Albert Kahn dans son projet résumé par la devise: “voir, savoir, d'abord par les images”. 
    Et il pense que la connaissance et l'attachement passent d'abord par les images. Le banquier philanthrope avait été séduit en 1908 par les Visions d'Orient, projections de photographies couleurs réalisées par Jules Gervais-Courtellemont, première exposition publique des fameuses plaques autochromes inventées par Auguste et Louis Lumière (brevet déposé en 1903, début de la commercialisation en 1907). D'autres tentatives en photographies en couleurs avaient déjà été testée comme les photochromes² de l'imprimeur suisse Orell Füssli (1889) ou encore la trichromic inventée en 1901 par l'allemand Adolf Miethe et pratiquée par le russe Sergueï Mikhailovitch Procoudine-Gorsky³. Mais l'autochrome des frères Lumière, utilisant des trames colorées composées de fécule de pomme de terre sur les plaques de verre, est le premier procédé véritablement industriel de photographie en couleurs. Très au fait des dernières inventions, Albert Kahn décide donc d'avoir recours aux deux brevets majeurs des industriels lyonnais - le cinématographe et l'autochrome - pour “fixer, une fois pour toutes, les aspects, les pratiques et les modes de l'activité humaine dont la disparition fatale n'est qu'une question de temps”. 
    Ces Archives de la planète, conservées désormais dans le beau musée qui porte le nom du philanthrope, situé à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), comptent donc plus de 72 000 autochromes, une centaine d'heures de film et 4000 plaques stéréoscopiques. À ne parcourir même qu'une part limitée de ces images, on est émerveillés par la production de ces opérateurs à qui Albert Kahn avait simplement dit : “je ne vous demande qu'une chose, c'est d'avoir les yeux grands ouverts”.

    Pour la Gironde (384 autochromes), c'est le Bordelais Fernand Cuville qui est envoyé par Albert Kahn. Son passage sur ses terres d'origine en 1920 vient presque clore sa longue expédition qui s'est déroulée sur plus d'une année dans le sud de la France, juste après sa démobilisation. Il était d'abord passé dans le midi toulousain, couvrit les Hautes-Pyrénées et le Béarn puis remonta en Gironde avant de terminer sa mission en Charente-Maritime. En dehors des vues obligées de la capitale aquitaine (monuments, places, quais), il manifeste un souci ethnographique affirmé en s'attardant sur le bassin d'Arcachon et dans le vignoble de Saint-Émilion, deux espaces aux activités “ typiques” de l'identité girondine.
    Cette collecte, initiée dès 1909, était encadrée scientifiquement par le grand géographe Jean Brunhes. À partir de 1912, Albert Kahn avait financé pour ce dernier une chaire de géographie humaine au Collège de France, alors qu'il occupait déjà le poste de recteur scientifique des Archives de la planète.     Jean Brunhes s'intéresse à la complexité des relations entre l'homme, la société et son environnement.  La photographie s'impose lui comme un outil fiable de la connaissance du terrain et comme un support didactique efficace à son enseignement. Il est lui-même photographe et accompagne parfois certaines expéditions, ce qui ne semble pas être le cas pour celle-ci. 
    Afin de comparer les différentes sociétés photographiées sur plaques de verre, il faut imposer certaines normes aux opérateurs, que ces derniers s'attacheront à respecter : intérêt pour les particularités géologiques et la physionomie des paysages, l'aspect des rues, l'évolution de l'outillage agricole et des modes de transport, enfin une attention particulière à l'extrême variété des habitats et des activités traditionnelles. 
    Pour les portraits, les sujets sont toujours photographiés frontalement en plan moyen, en rang lorsqu'ils sont plusieurs. Jamais les personnages ne sont fixés en train de travailler car le procédé nécessite un certain temps de pose (une à quatre secondes selon la luminosité) pour photo-sensibiliser la plaque autochrome. Les sujets se figent donc pour l'opérateur, ce qui explique peut-être les vues volontairement vides de Bordeaux: les passants en mouvement seraient flous, ce que l'on aperçoit ici ou là, place de la Victoire ou devant le Grand Théâtre.
    Le recensement opéré par la Mission héliographique de 1851 s'était concentré surtout sur les monuments du patrimoine national. Cet inventaire régional des Archives de la planète se situe dans sa filiation mais s'attarde aussi au cadre et la vraie vie des gens, dans leur chatoyante diversité. Ainsi peut-on le constater des portraits touchants de vendangeurs et d'ostréiculteurs, déjà familiarisés avec la photographie par la présence de plusieurs ateliers dans nos petites cités et par l'incroyable succès des cartes postales à cette époque (4). Hélas, le répit des années 20 fut court, la décennie suivante annonçant tragiquement la seconde guerre civile européenne, selon les mots d'Enzo Traverso (5). Et la modernité technico-économique de finir d'araser les singularités provinciales. Heureusement en Gironde, certaines traditions gourmandes ont su mieux résister à la normalisation. Heureusement enfin, villes et villages du Bordelais sont restés dans leur jus, un jus couleur grenat, violet ou couleur d'or.
    C'est une vraie chance qu'Anne-Marie Cocula-Vaillières, la grande historienne du Sud-Ouest, accompagne ces images et partage avec nous sa connaissance intime des lieux. Nous lui adressons notre profonde gratitude.
Romain Bondonnera

    1- Différentes publications récentes détaillent la biographie d'Albert Kahn et les contours de son projet, en particulier “Les Archives de la planète”, sous la direction de Valérie Perlès (éditions Liénart, 2019) ou encore “Albert Kahn-Le monde en couleurs” par David Okuefuna (éditions du Chêne, 2008). D'autres s'intéressent à une part géographiquement limitée des images comme Paris 1910-1937 (collectif, éditions Liénart, 2020). Enfin, un travail plus profond écrit par Adrien Genoudet (L'Effervescence des images - Albert Kahn et la disparition du monde, éditions des Impressions nouvelles 2020) dévoile des aspects moins connus et souligne la magnifique singularité du projet des Archives de la planète.
    2- Photochromes présentés à l'exposition.
Ce que la Palestine apporte au monde, Institut du monde arabe, 2023.
    3- Photographies présentées à l'exposition Voyage dans l'ancienne Russie, musée Zadkine de Paris en 2013-2014.
    4- Dès 1911, la France produisait environ 800 millions de cartes chaque année !
    5- à feu et à sang la guerre civile européenne 1914-1945 (éditions Stock, 2007)






Autres autochromes dans la région
Bazas

Langon


Bordeaux

Bordeaux Porte Cailhau



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 Monographie du Collège de La Réole Par Lucien Jamet en 1947 La publication numérisée complète Converti en texte ci dessous : CHAPITRE PREMI...

a finir L'instruction à La Réole de 1518 à 1946 ()

 Monographie du Collège de La Réole

Par Lucien Jamet en 1947


Converti en texte ci dessous :

CHAPITRE PREMIER
AVANT LA REVOLUTION DE 1789

La "Grande Ecole" et les essais d'établissement d'un collège

Donner aux enfants de leurs concitoyens une éducation et une instruction convenables paraît avoir été, de bonne heure, le souci des jurats de La Réole. Dès 1518, un immeuble appartenant à la Commune, sis dans la rue Sainte-Colombe, et alors appelé « Ecurie du Roi, fut aménagé pour servir de logement à un régent de latin. Ce bâtiment porta le nom de "Grande Ecole".
Sans doute existe-t-il auparavant, comme en bien d'autres villes, de "Petites Ecoles" où étaient enseignés les rudiments: lecture, écriture, calcul et grammaire française. Cette désignation de " Grande Ecole" permet de supposer que l'établissement municipal, plus important, accueillait des élèves ayant déjà franchi ce stade de connaissances. Quoi qu'il en soit, cette initiative des jurats, au début du xvr siècle, marque le premier essai d'enseignement supérieur à La Réole.
Un seul maître suffisait à la tâche l'enseignement étant uniquement donné en latin et ne comprenant guère que du latin. Ce pédagogue, choisi par les jurats, payé par eux, logé dans l'Ecole, devait prouver sa valeur et l'étendue de ses connaissances au cours d'un examen que lui faisait subir l'Ordinaire, ou autorité ecclésiastique. Il recevait des élèves âgés de dix ans au moins, tous de famille réolaise.. 

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Ces écoliers venaient en classe chaque jour, sauf le dimanche. Ils n'avaient pas de longues vacances en été, quelques jours seulement pour les vendanges. Ils chômaient la fête de Saint-Nicolas, leur patron, ainsi que les fêtes mobiles.
Quant aux méthodes, le fragment suivant des Mémoires de Henri de Mesme, qui, à dix ans, pouvait réciter l'Iliade par cœur, nous montre que, vers 1545, maîtres ni parents ne se souciaient beaucoup du surmenage :
Nous étions debout à 4 heures, et ayant prié Dieu, allions à 5 heures aux estudes, nos gros livres sous le bras, nos écritoires et nos chandeliers à la main. Nous ogions toutes les lectures (= leçons) jusqu'à dix heures sonnées, sans nulle intermission, puis venions disner. Après disner, nous lisions, par forme de jeu... Cicero, Virgilius, Horatius. A une heure, aux estudes; à cinq, au logis, à répéter et à voir dans nos livres les lieux allégués ( les passages indiqués), jusqu'après six. Puis nous soupions et lisions en grec ou en latin (1).
En 1638, les jurats sollicitèrent du supérieur général des Bénédictins, la création, au prieuré de Saint- Pierre, d'un collège destiné à l'enseignement élémentaire et supérieur pour les jeunes gens de la ville. L'évêque de Bazas ayant refusé son autorisation, le projet dût être abandonné.
Les jurats essayèrent alors de donner plus de développement à leur « Grande Ecole » et firent appel, quelques années plus tard, aux Jésuites de Bordeaux, On envisagea même la construction d'un bâtiment. 

(1) D'après les Mémoires de Henri de Mesme, édition Fournier, Variétés historiques, tome X. Henri de Mesme (1532-1500, conseiller à la Cour des Aides à 20 ans, conseiller au Grand Conseil et maître des requêtes à 21 ans, fut nommé en 1556 par Henri II, podestat de la République de Sienne, qui avait demandé son rattachement à la France ; plus tard conseiller d'Etat, chancelier da royaume de Navarre et surintendant de la maison de la reine Louise, épouse de Henri III.

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Une délibération de la Jurade, de 1680, relative au nettoiement des places et lieux publics, porte que les débris seront versés "à la place Saint Pierre et au devant le chasteau de ceste ville, affin de combler les fossés et trous quy sont dans ladite place, pour qu'elle soit plus comode pour se promener et pour que ladite place soit assés grande à l'établissement d'un collège". Après de longues hésitations, pour des raisons qui restent inconnues, les Jésuites refusèrent de venir.
On s'adressa de nouveau aux Bénédictins, et, en 1684, un traité fut conclu entre les moines de Saint- Pierre et les administrateurs de la Commune pour l'établissement d'un collège dans le couvent. Les religieux se chargeaient de l'enseignement moyennant une subvention de 700 livres par an. Le contrat fut homologué par arrêt du Parlement en septembre de la même année, mais le projet ne fut jamais exécuté. 
Les chanoines de l'église paroissiale Saint-Michel s'y étaient violemment opposés et avaient sans doute manœuvré pour empêcher l'expédition des lettres- patentes du Roi. Chaque fois qu'on faisait appel à une communauté religieuse, on se heurtait à des communautés rivales qui faisaient échouer le projet.
Quatre ans plus tard, en 1688, les jurats acceptèrent les propositions d'un certain Dandy, clerc tonsuré : aidé de professeurs laïcs, Dandy se chargeait de cours comprenant l'ensemble de l'enseignement jusqu'à la philosophie. Chaque maître devait recevoir de la Ville une somme de 50 livres par mois.
On congédia le régent Mouchy qui exerçait dans la "Grande Ecole", et Dandy ouvrit son collège.
Mais, au bout de quelques années, la Jurade cessa de verser le traitement des professeurs, et ceux-ci se dispersèrent.
Dandy avait appliqué les règlements en usage à son époque, qui prescrivaient l'assistance quotidienne à la messe, la prière en commun tous les soirs à la chapelle, et la lecture de l'Ecriture Sainte aux repas que maîtres et élèves prenaient en commun. Tous les congés se passaient au collège; les écoliers n'avaient pour voir leur famille qu'un mois de vacances, septembre.

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L'enseignement se servait alors de méthodes curieuses. Quicherat précise que les principaux exercices étaient la dispute et la « réparation ». La "dispute" était le moyen d'instruction le plus efficace que l'on connut. Dans la "dispute", les écoliers argumentaient deux à deux, se partageant les rôles, et prenant l'un le pour, l'autre le contre des questions posées par le maître. Un élève des classes supérieures était présent pour redresser les erreurs résultant d'une leçon mal comprise, pour empêcher la "dispute"  de dégénérer en querelle, ou pour noter les paresseux qui se seraient refusés à prendre leur tour de parole. Par la "réparation", les élèves "se recordaient" mutuellement l'objet de la leçon, jusqu'à ce qu'ils fussent en état de la répéter tous à peu près dans les mêmes termes (1).
En 1703, le régent de latin fut réintégré dans l'immeuble de la rue Sainte-Colombe. 
Ses appointements furent fixés à 304 livres par an, et on lui adjoignit un maître écrivain, ou régent de français, logé et salarié par l'administration municipale. Ce dernier recevait par an 200 livres.
Le prieur claustral Favier, sollicité par la Commune, accepta, en 1764, de fonder au prieuré un cours complet, élémentaire et supérieur: les Réolais, hostiles aux moines, firent à ce projet une opposition si vive qu'il fallut y renoncer.
Nouvelle tentative en 1772 : la Jurade demande au prieur l'ouverture d'un collège. Le prieur accepte et décide de fonder un établissement d'enseignement "à l'instar de Sorèze", célèbre collège des Dominicains dans l'arrondissement de Castres (Tarn). On devait y enseigner le grec et le latin, le français, l'anglais et l'allemand, les sciences naturelles, le dessin, la musique et la danse. Le projet échoua encore: l'Etat refusa de restituer des terres, à Duras et à Meilhan, dont la communauté avait jadis été dépossédée, et que le prieur réclamait comme seule rétribution. Ne pouvant obtenir satisfaction, ce dernier se montra intraitable.

(1) D'après Jacques Mironneau. Foyer de notre culture, pp. 170-171.

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Le Conseil général de la commune délibéra, en 1790, sur l'établissement d'un collège national.
Le moment était peu favorable, et ce projet n'eut pas de suites. On conserva le régent de la rue Sainte-Colombe jusqu'en mars 1792, année où, par mesure d'économies, fut votée la suppression de son traitement. La délibération porte toutefois que le régent Barrère a mérité l'estime et la confiance par le progrès des élèves qu'il a formés, et exprime les regrets de la commune de se voir forcée à cette "parcimonie".
Enfin, en 1794, un professeur de Limoges, M. de Bord, vint exercer à La Réole. Il fit savoir au Corps municipal qu'il s'installait dans un immeuble mis à sa disposition par M. de Verduzan, pour y enseigner les mathématiques, l'arithmétique et la théorie des changes. Le Conseil enregistra sa déclaration "avec la satisfaction la plus vive", et vota des remerciements à M. de Verduzan.

Le Collège des Bénédictins
Les Bénédictins, de leur côté, donnaient dans leur couvent, depuis 1640, des cours de théologie et de philosophie. Les leçons se faisaient en latin, le latin étant alors "le véhicule de l'enseignement tout en- tier".
De nombreux élèves, clercs et laïcs, fréquentaient ces cours; aussi l'enseignement fût-il peu à peu développé. En 1720 fut créée une chaire de rhétorique, et en 1751 un cours de "physique", ce dernier terme désignant une partie de la philosophie. Les études philosophiques, en effet, avaient surtout pour but de faire connaître les doctrines des grands penseurs et de fortifier les croyances religieuses.
Elles duraient deux ans la première année était employée à la philosophie proprement dite (logique, morale et métaphysique) : la deuxième année était consacrée à la physique, physique philosophique et abstraite.

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Quelques années avant la Révolution, le prieur claustral Uteza avait confié à des maîtres renommés l'enseignement du grec et du latin.
Ainsi, à la veille de la Révolution, co-existaient à La Réole deux établissements d'enseignement supérieur la "Grande Ecole" fréquentée par les fils des bourgeois ou les enfants des classes moyennes, et le Collège des Bénédictins qui recevait plutôt des jeunes gens se destinant à l'état ecclésiastique. Avant même que la Convention ne fermât tous les collèges, la tourmente avait dispersé les moines, tandis que le mauvais état des finances faisait supprimer l'emploi de régent municipal: les deux écoles disparurent.
La quartier de l'Annonciade au XVIIe Siècle

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CHAPITRE II
L'ANCIEN COLLEGE
Le bâtiment
En 1602, les Dames de l'Annonciade (1) de Bordeaux avaient obtenu des jurats de La Réole l'autorisation de construire un couvent dans cette ville. Elles achetèrent dans la rue des Juifs une vaste maison qui appartenait indivisément à MM. Ogier de Gasc de Razac, Jean de Gasc de Baulieu, Henri de Verdus et l'épouse de ce dernier, Jeanne de Bacanan. L'immeuble fut rapidement aménagé, et, en avril 1603, l'évêque de Bazas, Arnaud II de Pontac, venait en bénir solennellement la chapelle.
Les religieuses s'installèrent l'année suivante. Elles étaient au nombre de treize en 1618, année où, pour aider à leur subsistance, elles ouvrirent une école de filles dans leur communauté.
Elles n'étaient plus que dix en 1791, au moment de leur dispersion.
Le couvent des Annonciades, vendu comme bien national, devint finalement propriété de la ville.
Lorsque fut promulguée la loi de 1802 qui créait les Écoles Secondaires et les Lycées, grande fut l'émulation parmi les communes de France. C'était à qui offrirait le local le plus vaste et la subvention la plus élevée pour posséder au moins une "École Secondaire" (on ne disait pas encore un "Collège"). 
(1) Les Dames de l'Annonciade (Annonciation) ou Annonciades de Bourges, congrégation instituée par Jeanne de France, fille de Louis XI, en 1500, après son divorce d'avec Louis XII.

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La municipalité de La Réole proposa le couvent des Annonciades, désaffecté depuis plusieurs années, en faisant valoir qu'une école y avait déjà fonctionné.
Mais l'activité administrative ne répondit que lentement à l'impatience des communes, et l'Ecole Secondaire de La Réole n'ouvrit ses portes qu'en 1807, le 15 octobre.
L'année suivante, le décret impérial du 17 mars créait l'Université de France. Les Écoles Secondaires furent désormais désignées sous le nom de Collèges, nom porté sous l'ancien régime par des établissements analogues.

L'enseignement. La discipline
Quel était l'enseignement donné dans ces Collèges ?
La loi de 1802 avait prévu deux sections distinctes : l'une de latin, l'autre de mathématiques.
Le règlement de 1809 ne conserva qu'une seule section, où le rôle principal fut accordé aux lettres.
Il y avait six années. d'études secondaires deux de grammaire, deux d'humanités, une de rhétorique, une de mathématiques spéciales (on dirait aujourd'hui mathématiques élémentaires). Vers latins, discours latins, thèmes el versions étaient les exercices habituels. Pas d'histoire ni de géographie. Quant aux langues vivantes, elles étaient tenues pour un luxe inutile: les enfants, désireux d'apprendre l'anglais ou l'allemand, étaient invités à se faire donner des leçons particulières.
Sous le Premier Empire, le baccalauréat, sanction de ces études, était un grade peu recherché.
Il était accordé après une épreuve très sommaire, purement orale, les examinateurs étant souvent les maitres mêmes des candidats. Du reste, les études secondaires attiraient peu la jeunesse les futurs conscrits estimaient qu'il n'était point besoin de savoir le latin pour se bien comporter sur un champ de bataille. Aussi notre Collège ne compta-t-il, à ses débuts, que vingt-trois élèves, tous de La Réole ou des environs immédiats.
Ces collégiens se levaient à 5h30 en été, à 6 heures en hiver. Toilette, prière et étude les occupaient jus- qu'au petit déjeuner, pris à 7 h30. 

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Classe de 8 à 10, étude de 10 à 11 h30, écriture de 11 h 30 à 12 h 30, déjeuner de 12 h 30 à 1 h15 :  le déjeuner était accompagné d'une lecture édifiante; il était interdit aux convives de parler; ils devaient réclamer par signes les objets dont ils avaient besoin. Après le déjeuner, récréation jusqu'à 2 heures, étude de 2 à 3 et classe de 3 à 5. Goûter un morceau de pain sec, puis étude jusqu'à 7 h.
Une récréation de 30 minutes précédait et suivait le diner pris à 7 h30. A 9 h30, prière et coucher.
La discipline, toute militaire, était, comme dans les établissements du même ordre, particulièrement sévère. Toujours en uniforme, les élèves exécutaient les divers mouvements au roulement du tambour. Ils devaient marcher en rangs et au pas. Un officier instructeur apprenait aux enfants de plus de 12 ans le maniement des armes et l'école de peloton. Les châtiments corporels étaient en vigueur, et les pensums alternaient avec les coups de férule (a).
L'année scolaire s'ouvrait dans les premiers jours d'octobre pour se terminer fin août.
Quelques jours de congé seulement permettaient de passer en famille les fêtes de Pâques et de Noël.
La distribution des prix avait lieu à la fin de l'année scolaire, en présence des notabilités de la ville.

Le Principal
Dans un Collège communal, la valeur personnelle du Principal assurait le succès ou l'échec. Souvent il gérait l'établissement à ses risques et périls, et devait joindre les talents d'un économe habile à ceux d'un bon éducateur. Il lui fallait plaire à la fois aux familles et à la municipalité, dispensatrice de subventions annuelles. La plupart de ces maîtres eurent conscience de leurs responsabilités et comprenaient la grandeur de leur tâche. Le Principal Orcibal, prononçant le discours à la distribution des prix du 29 août 1838, exposait combien les devoirs de sa profession étaient délicats et graves ses responsabilités. Il les résumait en ces termes :
(a) Petite palette avec laquelle on frappait la main des écoliers en faute

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"La tendre mère me demande pour son fils chéri des soins, des vertus, de l'instruction.
La société réclame des hommes à talent qui, plus tard, puissent payer la dette que nous lui devons tous. L'Etat m'impose enfin l'obligation de disposer mes jeunes élèves à devenir des citoyens utiles à la Patrie."

Orcibal, qui resta vingt ans à La Réole, et dont le nom fut donné à une rue de la ville, laissa le souvenir d'un éducateur parfait et d'un homme du monde accompli.
L'installation d'un nouveau chef d'établissement se faisait avec assez d'éclat. Le journal "Les Tablettes de l'arrondissement de La Réole" relate en ces termes, à la date du 5 novembre 1839, l'installation du Principal Launay :
" Un auditoire assez nombreux, surtout composé de l'élite de notre population, assistait à cette cérémonie. L'assemblée était présidée par M. le Sous-Préfet, et le bureau de composait de M. Duran de Laubessa, maire, de M. l'Adjoint, de M. le Procureur du Roi et de M. le Curé de la paroisse.
Vers trois heures, notre premier magistrat, accompagné de MM. les Conseillers municipaux, est allé chercher M. le Principal, qui, un instant après, a été introduit au sein de l'Assemblée.
M. le Sous-Préfet prononça un discours de bienvenue, auquel M. le Principal répondit en termes gracieux."

Le Prospectus
Chaque Principal nouveau prenait soin de publier un Prospectus dans lequel il exposait aux familles ses conceptions pédagogiques et disciplinaires. Les articles du règlement rédigés par ce même Launay fournissent de précieux renseignements sur l'éducation, sous le règne du Roi Citoyen.

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REGLEMENT intérieur du Pensionnat, applicable en ce qui les concerne à tous les élèves du Collège.

Dispositions générales
La discipline intérieure du Pensionnat comprend les devoirs religieux, le travail de l'étude et des classes, les repas, les récréations et les promenades, enfin le lever et le coucher. Ces différents exercices commencent et finissent au son de la cloche (1).
L'élève doit y apporter les dispositions convenables à chacun d'eux, de manière à n'en retarder ni troubler l'exécution.
L'amour de l'ordre, la décence dans l'extérieur, la retenue dans le langage et les manières, la propreté dans les habits, annoncent dans l'élève des mœurs paisibles, et disposent son esprit et son cœur à la science de la vérité et à l'amour de la vertu. Il lui faut donc veiller sur lui-même pour conserver ou acquérir ces précieuses qualités.

ARTICLE PREMIER.
Les devoirs religieux
La prière commence et termine la journée, les études, les classes et les repas; elle est précédée, le jeudi et le dimanche soir, d'une lecture ou d'une instruction dans la Bible, l'Imitation ou la Vie des Saints.
Le matin de ces mêmes jours, une heure est consacrée, avant la messe, à l'enseignement du catéchisme, pour les enfants qui n'ont pas fait la première communion, et à l'explication de l'Evangile pour tous les internes. D'une semaine à l'autre, ils rapportent sur cahier l'analyse de l'instruction donnée.
Les élèves catholiques sont astreints à tous les devoirs extérieurs de la religion: ils s'y disposent spécialement au moins aux fêtes principales de l'année. A l'église, ils suivent dans leurs livres, avec recueillement, les chants et les prières, se tiennent avec respect, sans détourner la tête, n'oubliant jamais que Dieu, présent sur les saints autels, attend de sa créature non des insultes, mais des hommages ; que la piété nourrit et fortifie le cœur; que toujours les progrès dans la science suivent les progrès dans la vertu.
(1) La cloche avait été substituée au tambour en 1814. Cette année-là. le régime militaire fut aboli dans les Collèges: en revanche, la messe quotidienne fut rendue obligatoire pour tous, maitres et élèves.

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ARTICLE DEUX.
Le lever et le coucher
Le lever a lieu à six heures moins un quart depuis la rentrée des classes jusqu'au premier avril, et à cinq heures le reste de l'année. Le coucher, précédé de la prière, a lieu immédiatement après le souper.
Les élèves se couchent et se lèvent en silence; ils s'habillent et se déshabillent hors du lit, promptement, avec décence, et sans quitter la place qui leur assignée. Ils montent au dortoir et en descendent dans l'ordre où sont rangés leurs lits respectifs. Dans tout autre temps, le dortoir est interdit aux pensionnaires, excepté le vendredi et le lundi, où ils s'y rendent après le diner, avec un maitre d'études, pour brosser et ployer leurs habits.

ARTICLE TROIS.
Les repas
Les pensionnaires entrent au réfectoire et en sortent avec le silence qui précède et accompagne tous les autres exercices. Les bruits de fourchettes, d'assiettes, et toute autre cause de trouble, doivent être soigneusement évités, et afin de maintenir le silence nécessaire, le couteau levé est le signe de demande pour les besoins de la table.
La durée du diner et du souper est au plus d'une demi-heure; celle du déjeuner et de la collation est d'un quart d'heure.
Ce dernier repas se fait, comme tous les autres, dans le réfectoire, et sous les yeux du maître.
Tout accessoire pour ces deux repas n'est que de tolérance, et doit avoir l'agrément du Principal.

ARTICLE CINQ
Promenades et récréations
Les récréations se prennent dans la cour, le temps de pluie seul excepté.
Les jeux admis exclusivement sont ceux qui tendent à donner de l'activité au corps et de la gaité à l'esprit.
Les cris bruyants, les querelles, et généralement tout ce qui peut occasionner du désordre, en sont absolument exclus.
Les lieux de promenade sont préalablement désignés par le Principal. Les élèves sortent en rangs de la maison, traversent la ville en silence, et ne rompent leurs rangs que sur le commandement du maître. 

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Arrivés au but fixé, si le temps permet qu'ils s'y arrêtent, ils jouent tous en commun, sous les yeux du maître, sans s'isoler ni s'écarter les uns des autres.
Si le temps ne permet ni la récréation dans la cour, ni les promenades, les jeux ont lieu dans la salle de récréation.
Les récréations comprennent le temps entre l'étude et la classe. Les promenades, hors de l'établissement, n'ont lieu que le jeudi et le dimanche dans l'après-midi.

ARTICLE SIX.
Punitions de discipline
Toutes les punitions pour infraction aux règlements s'infligent par le Principal, sur les notes du maitre.
Un tableau de ces notes reste annexé à l'établissement, et un autre est envoyé tous les trois mois aux familles, avec les notes sur le travail et les progrès.
L'élève coupable d'une faute grave sera immédiatement séquestré de ses condisciples, jusqu'à ce qu'il ait été prononcé sur sa faute.
A moins de circonstances atténuantes, l'excitation à un acte répréhensible, tout exemple scandaleux contre les mœurs ou la subordination, seront punis par le renvoi du coupable. Toute dégradation faite par un élève aux murs, bancs, tables, sera réparée aux frais de l'élève, indépendamment de la punition toujours proportionnée au caractère du délit.
Il n'était survenu, en trente ans, aucun changement appréciable dans le régime intérieur du Collège, et la discipline y était encore dure. Quant aux études proprement dites, le programme n'en était pas modifié. Il est permis de se demander, cependant, si ces principes excellents étaient bien mis en pratique et si les règlements du Prospectus étaient toujours observés à la lettre. Deux échos dans la presse locale permettent d'en douter.
Le journal l'Union du 16 juin 1844 rend compte en ces termes de la procession de la Fête-Dieu à La Réole:

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"Au tour (sic) du dais suivaient, dans un profond recueillement, les élèves de notre Collège communal. Cette place avait été bien choisie; c'est une innovation que nous désirions et que nous constatons avec plaisir; car ces jeunes gens ne représentent-ils pas notre société future? 
Seulement nous n'avons pu nous empêcher de faire une pénible remarque, et nous allons la dire bien bas à M. le Principal, pour qu'il en fasse son profit. Toutes les fois que les élèves du Collège paraissent en public, nous voudrions que leur tenue fut parfaite, et, sous ce rapport, ils laissent souvent à désirer. Ainsi, à la procession, on voyait des habits d'uniforme non boutonnés, des enfants en paletots, d'autres en gilets ronds, etc...; cependant le Prospectus dit que l'uniforme est de rigueur !"
Le même journal, à la date du 11 mai 1845, fait entendre un autre cri de vertueuse indignation, dont les causes sont plus graves:
"...Les élèves du Collège né nous paraissent pas suffisamment surveillés. Il faut dans la tenue une certaine rigueur et une certaine propreté qui n'existent pas toujours; nous voudrions ne pas voir ces enfants en uniforme courant seuls dans les rues, criant, chantant et fumant comme de véritables mauvais sujets. Ce sont des externes, nous le savons bien, mais ils sont en uniforme et ils le compromettent. Il faut empêcher cela."

Les professeurs
On sait que par le décret du 17 mars 1808, les Principaux et les régents des Collèges étaient "astreints au célibat et à la vie commune". Mais cette règle ne fut jamais strictement appliquée.
Le Collège de La Réole avait été pris en régie municipale en juillet 1839, et une somme de 5.000 franes allouée pour assurer le traitement annuel du Principal et des professeurs, alors au nombre de trois.
Cette subvention était encore, en 1845, la plus considérable des dépenses de la Ville, bien que la somme inscrite au budget ait été réduite à 4.200 francs. La municipalité accordait en outre 200 francs pour la distribution des prix.

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Malgré son effectif de 54 élèves, et en dépit de l'ordonnance royale du 29 janvier 1839 dont l'article 10 indiquait: Aucun régent ne pourra, dans les Collèges communaux, être chargé de plus d'une classe, le Collège n'avait pas de revenus suffisants pour employer un seul maitre par classe. Le même professeur enseignait les mathématiques, la chimie, la physique et le français en 3°. Il ne disposait d'ail- leurs ni d'instruments, ni de produits pour les expériences. Le Principal Launay s'était chargé du latin et du grec, faisait un cours spécial d'anglais et fit créer, en décembre 1839, une chaire de philosophie dont il fut nommé titulaire.
La même ordonnance royale de janvier 1839 fixait comme suit les traitements annuels du personnel :

Principal 2.000 fr.
Professeurs d'humanités 1.400 fr.
Professeurs de grammaire. 1.200 fr.
Professeurs d'études élémentaires.. 1.000 fr.

A La Réole, les traitements étaient :
Principal. 1.800 fr.
Régent de rhétorique et de 2. 1.100 fr.
Régent de mathématiques et de 3º. 1.100 fr.
Régent de 4º et de 5º.. 1.000 fr.
Un maître d'études, chargé en outre des classes élémentaires, recevait par an 900 francs.
Prospectus de 1860. Programmes

Le Moniteur du 26 août 1854 publia la nouvelle organisation des Académies. Les départements de la Gironde, des Landes, de la Dordogne, du Lot-et-Garonne et des Basses Pyrénées, formèrent l'Académie de Bordeaux. Le Collège de La Réole fut reconnu "Collège de plein exercice".

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Un tel Collège menait jusqu'au baccalauréat et devait posséder un nombre minimum de maîtres, fixé par l'Etat. Il fallut donc appliquer l'ordonnance royale de janvier 1839 et créer des chaires nouvelles. 
En 1859, l'enseignement donné par notre collège est, suivant le Prospectus, aussi complet qu'on peut le désirer. Les élèves sont préparés au baccalauréat ès lettres et au baccalauréat ès sciences, ainsi qu'aux écoles de Saint-Cyr, de Marine, de Polytechnique, Centrale, Normale primaire, etc... 
Les succès remportés aux examens, surtout au baccalauréat, témoignent du savoir et des qualités pédagogiques des maitres; le Collège connaît alors une période de grande prospérité.
Le Principal est, en 1860, l'Abbé Saubestre, ex directeur de l'Ecole Normale de Dax. Son Prospectus mérite d'être cité intégralement pour les précisions qu'il apporte sur les programmes et les méthodes.

PROSPECTUS
"Former des citoyens utiles à la société et des chrétiens sincères, tel est le but que l'on se propose dans l'établissement. Pour y parvenir, on ne néglige rien de ce qui peut, dans un système d'éducation bien combiné, former l'esprit et le cœur des jeunes gens à la science et à la vertu. Tous n'ayant pas, plus tard, la même carrière à parcourir, on dirige leurs efforts (en leur inspirant le goût du beau, du vrai et du bon) de manière à ce qu'ils soient en mesure de répondre aux vues d'avenir que la Providence et leurs parents peuvent avoir sur eux.
A l'aide d'une surveillance active et d'une sollicitude toute paternelle, on tâche de prévenir les écarts de conduite pour n'avoir pas à les punir. On s'attache, sous les influences de la religion (1), à faire contracter aux élèves des habitudes d'ordre, de travail, de propreté et de bon ton.
Le local du collège, situé à l'une des extrémités de la ville, déjà fort bien distribué pour la commodité et la régularité du service, vient de recevoir de notables améliorations (1), grâce au généreux concours de M. Deynaut, maire, et de la municipalité.
(1) Institué par arrêté du 19 frimaire an XI (10 décembre 1802), P'enseignement religieux ne cessa jamais d'être en faveur, et il y ent toujours un aumônier catholique au Collège, parfois un pasteur, même après la loi de séparation.

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Les cours de récréation des petits et des grands sont plantées de tilleuls dont l'ombrage épais garantit pendant l'été des ardeurs du soleil. Deux fontaines leur (2) versent constamment une eau fraiche et pure. Quand il pleut, les élèves prennent leurs ébats dans une vaste salle très spacieuse. Pendant l'hiver, les salles d'études sont bien chauffées.
Les dortoirs, toujours entretenus dans un grand état de propreté, sont fort bien aérés.
La nourriture est saine et variée.
La santé des élèves est l'objet d'une attention toute spéciale de la part du Principal et des personnes attachées au service de la maison.
L'enseignement religieux, proportionné à l'âge et au degré de développement des élèves, est donné par deux ecclésiastiques approuvés, pour leur direction spirituelle, par Mgr le Cardinal Archevêque de Bordeaux, qui honore Collège d'une bienveillance toute paternelle.
On assiste aux offices et on remplit ses devoirs de religion dans une chapelle nouvellement établie dans la maison.
Le plan des études est celui qui a été adopté par l'autorité supérieure pour l'enseignement secondaire.
Il comprend:
1º la langue française, la langue latine et la langue grecque;
2" la géographie et l'histoire;
3º la littérature et la logique;
4° les sciences mathématiques, physiques, cosmographiques et naturelles;
5° les langues vivantes anglaise, espagnole et allemande;
6° le calcul, l'écriture;
7" les arts d'agrément la musique, l'escrime, la gymnastique, le dessin d'imitation et le dessin linéaire.

Outre l'enseignement secondaire, il y a dans l'établissement un cours professionnel, où l'on donne aux élèves qui se destinent au commerce, à l'industrie ou à l'agriculture, les notions fondamentales des sciences usuelles, la connaissance de la tenue des livres, du calcul et de la langue française.

(1) Il s'agissait simplement de réparations de détail et de l'aménagement de la chapelle; mais le Principal saisit l'occasion de faire sa cour à la puissance municipale. 
(2) Le Principal veut parler vraisemblablement des élèves.

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On fait connaitre aux parents, dans un bulletin trimestriel, la conduite, l'application, le succès et la santé de leurs enfants. Selon le désir des parents, les élèves seront mis sur la voie de la préparation:
1° du Baccalauréat ès Lettres;
2º du Baccalauréat ès Sciences;
3º aux écoles de Saint-Cyr, de Marine, de Polytechnique, Centrale, Normale primaire, des Eaux-et-Forêts, Vétérinaire, des Arts et Métiers;
4º aux carrières du commerce et de l'industrie.

Le Collège se compose d'élèves pensionnaires, demi-pensionnaires, externes surveillés et externes libres.
Le prix de la pension pour l'année scolaire est de 500 francs; la demi-pension, de 275 franes.
L'externat est, pour la première catégorie d'élèves, de 140 francs, et pour la deuxième, de 100 francs.
Les payements s'effectuent autant que possible par tri- mestre et d'avance. Tout trimestre commencé est acquis à l'établissement.
Sont à la charge des parents les arts d'agrément, le blanchissage et le raccommodage, les frais d'infirmerie, l'abonnement du médecin (qui est facultatif), les fournitures de livres, de plumes, d'encre et la literie.
La maison fournit une couchette en fer.
On laisse aux parents le soin de former le trousseau de leurs enfants comme ils l'entendent. 
Les objets suivants sont seulement de rigueur:
1° Un uniforme qui comprend une tunique en drap bleu, un ceinturon avec une plaque aux initiales de la maison, un pantalon de même drap que la tunique, un pantalon blanc pour l'été, un képi (1).
2º Un couvert d'argent ou argenté, un verre et un couteau de table.
Enfin, les enfants de 7 ans sont admis dans des classes où ils apprennent à bien lire (chose très importante !), à écrire, à réciter, à être polis, prévenants, à avoir de jolies manières, en un mot à tout ce qui comporte et exige une bonne éducation première.
Le Principal : SAUBESTRE, prêtre, 
licencié ès Sciences Mathématiques.

(1) On ajouta plus tard à cette liste deux pantalons gris et deux blouses noires.

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Ce Prospectus mentionne les disciplines nouvelles introduites par la réforme de 1852 langues vivantes et dessin sont devenus obligatoires. A cette époque, la philosophie est à peu près abandonnée; les sciences, "mathématiques, physiques, cosmographiques ou naturelles tenues dans un certain mépris. Le latin est toujours roi ! Les devoirs fort nombreux comportent, chaque semaine un discours latin, une version et un thème, une pièce de vers latins, un discours français, une version grecque, un devoir de mathématiques, deux devoirs de langues vivantes, sans parler des innombrables pensums qui punissent la moindre incartade ! 
Condamnés à onze heures d'immobilité par jour, les enfants n'ont pour se détendre qu'une heure de gymnastique par semaine considéré comme "art d'agrément" à la charge des parents, ce dernier enseignement était presque absolument négligé (1).
La musique, au contraire, était fort en honneur, et comme on avait compté près de 100 élèves à la rentrée de 1861, on put créer une fanfare : le chef en fut l'élève Canivet, dont la laideur est restée long- temps proverbiale à La Réole. Cette fanfare donna pendant plusieurs années des concerts publics aux Tilleuls et se faisait entendre naturellement aux distributions des prix, où elle "contribuait par ses symphonies à donner à la fête un éclat des plus vif". Mais l'effectif des élèves ayant, par la suite, considérablement diminué, elle disparut... faute d'exécutants !

L'enseignement spécial
Le Prospectus de l'Abbé Saubestre mentionne, оп vient de le voir, un "cours professionnel" où sont enseignées "les notions fondamentales des sciences usuelles". Cette amorce d'enseignement nouveau allait recevoir bientôt une consécration officielle.
En effet, reprenant et complétant les projets de ses prédécesseurs, M. de Vatimesnil et M. de Salvandy, le ministre Victor Duruy, par la loi du 27 juin 1865,
(1) II ne devint obligatoire qu'à la rentrée d'octobre 1871, lorsque fut appliquée la réforme de Jules Simon

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créa dans tous les Lycées et Collèges communaux un enseignement secondaire spécial.
Il s'agissait d'en finir avec les vieux programmes et les méthodes surannées. et, tout en conservant le grec et le latin, d'introduire dans les études secondaires des programmes plus nettement utilitaires. Suivant l'auteur de la loi, il ne s'agissait point de préparer "des hommes qui fassent des plus hautes spéculations de la science ou des lettres leur étude habituelle, mais des industriels, des négociants, des agriculteurs" (1)
Le Prospectus du Principal Chouzenoux, publié à la rentrée de 1869, tient compte de cette réforme. L'enseignement, y voyons-nous, est divisé en trois parties :
Enseignement religieux, donné par les vicaires de la paroisse;
Enseignement secondaire les élèves qui, au sortir de la 4, veulent continuer leurs études classiques, reçoivent des leçons particulières du Principal. Les autres, abandonnant le classique pour le moderne, reçoivent un
Enseignement spécial grammaire française, analyse et préparation d'auteurs français, exercices de style; histoire et géographie; philosophie; arithmétique, géométrie, algèbre; cosmographie; physique; chimie, astronomie, botanique; cubage, arpentage, dessin; langues vivantes; gymnastique; agriculture; commerce et industrie.
Ce dernier programme comportait d'ordinaire trois ans d'études, mais des dérogations étaient admises pour les enfants pauvres, qui pouvaient quitter le Collège au bout de deux ans.
Mal accueillie partout, celle réforme fut violemment combattue par le clergé, à cause de son  "modernisme". Du reste, on n'eut pas le temps nécessaire pour en étudier les résultats, car la section spéciale, telle que l'avait conçue Duruy, ne survécut pas à la défaite de 1870.
(1) Instruction ministérielle du 6 avril 1866.

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Projet de construction d'un nouveau Collège

Le vieux couvent des Annonciades n'avait jamais été honoré de réparations importantes, et depuis longtemps la nécessité d'un bâtiment plus vaste et plus salubre se faisait sentir. Comme toujours, là-dessus, l'opinion publique était divisée. Devait-on élever un nouveau Collège sur un autre terrain, de préférence en dehors de la ville? Fallait-il abattre le vieux collège pour en rebâtir un autre au même emplacement ? Se contenterait-on, enfin, de réparer et d'agrandir l'immeuble deux fois centenaire ?
Le dernier point de vue ralliait peu de partisans et fut bien vite abandonné. 
Les discussions que suscitaient les deux autres furent au contraire vives et passionnées.
A l'appui du premier projet, construction d'un "Collège extra-muros", on faisait valoir les arguments suivants :
Un vaste espace libre, situé près de la porte Saint-Martin, entre le chemin de ronde et la promenade des Justices, était propriété de la ville depuis la construction de la voie ferrée; il avait été échangé par la Compagnie des Chemins de Fer contre des terrains communaux pris sur les quais ou à l'Ilet. En l'utilisant, pas d'expropriations, nombreuses au contraire, et onéreuses! si le Collège était reconstruit sur l'emplacement, agrandi, du vieux couvent.
Le maire Deynaut fit sien ce point de vue, et, au cours d'une séance publique du Conseil Municipal, fut votée à l'unanimité, au début de décembre 1860, "la réédification du Collège sur le vaste et bel emplacement du terrain appartenant autrefois à M. Renou, et situé à la porte Saint-Martin" (!)
Ce n'était qu'un vote de principe; aucune mesure ne fut prise pour lui donner un semblant d'exécution. Peut-être les oppositions, tout de suite nombreuses et violentes, en furent-elles quelque peu la cause. 

(1) L'entrepôt des tabacs occupe aujourd'hui cet emplacement.

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Le futur Collège, en effet, serait beaucoup trop loin du centre de la ville, et les enfants du Martouret ou de la Porte-de-Gironde feraient, plusieurs fois par jour, un interminable trajet! Et puis, les leçons ne seraient- elles pas gênées par le bruit des trains sur les voies de garage toute proches, ou par le roulement des voitures sur la route nationale?!!
Le projet resta donc en suspens, au grand détriment du Collège dont les effectifs se mirent à décroître brutalement. En 1881, plus que 28 élèves! Les chaires de mathématiques et d'anglais étaient sans occupants: il fallait fermer ou agir. La municipalité, présidée par M. Jean Renou, ayant pour adjoints MM. Vigouroux et Réglade (8º municipalité depuis le vote de décembre 1860) se décida à l'action.
De nouvelles délibérations eurent lieu, nous dirions aujourd'hui que la question fut "reconsidérée". 
Des experts, chargés de visiter le vieux bâtiment, déclarèrent, dans leurs rapports, que les réparations urgentes entraîneraient plus de frais qu'une reconstruction totale! Le maire Renou sut persuader son Conseil Municipal que l'emplacement des Justices était trop excentrique, sans qu'il fut une seule fois question du bruit des trains ou des chevaux, argument dont on se gaussait!
La démolition du vieux Collège et de tout le pâté de maisons compris entre le Saut et la Promenade des Tilleuls fut décidée et votée à l'unanimité.
Un Collège neuf serait construit sur cet emplacement.  La municipalité invita les architectes de La Réole et du département à soumettre leurs plans à la mairie.

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CHAPITRE III
LE NOUVEAU COLLEGE

Des divers projets qui lui avaient été soumis, la Commission municipale compétente retint celui de M. Fauchez, architecte réolais, dont les vues paraissaient larges, et les conceptions pratiques et neuves. Signe des temps ses plans ne prévoyaient pas de chapelle, et ce simple détail contribua beaucoup, dit-on, à orienter le choix de certains commissaires.
L'adjudication des travaux eut lieu le 7 février 1884. L'entrepreneur Ballet, de Bordeaux, fut chargé des démolitions, des terrassements et de la maçonnerie, ainsi que de la charpente et de la couverture. 


Les travaux de zinguerie revinrent à M. Navarre, de La Réole; de menuiserie, à M. Moutet, de Bordeaux; de ferronnerie et de serrurerie, à M. Bardon, de La Réole; de peinture et papiers peints, à M. Rooy, de La Réole; de plâtrerie, à M. Bardon, de La Réole (1).
Les premiers coups de pioche furent donnés le 20 mars 1884. Activement menées, les démolitions durèrent à peine quelques mois, et dès la fin juillet, le couvent des Annonciades avait complètement disparu. Ces premiers travaux avaient coûté 120.000 francs d'expropriations et de journées d'ouvriers. Quatre années devaient s'écouler avant que la Ville ne prit possession du nouvel immeuble.
Le mobilier du Collège avait été transporté dans l'ancien couvent des Bénédictins, où les cours se firent pendant la durée des travaux. 

(1) En 1887, l'adjudication du mobilier fut faite à M. Bédat, de La Réole, et celle des lits, au nombre de 30, à M. Edmond Cornette, de Bordeaux

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La Salle des Fêtes aujourd'hui Salle des Conférences devint le dortoir des internes, et les pièces qui la précèdent, de part et d'autre du couloir, servirent d'études ou de classes. Le petit nombre d'élèves et de maîtres avait rendu facile ce changement de local.
Quand démolitions et terrassements furent terminés, les Réolais découvrirent soudain quel admirable paysage leur était ainsi révélé. Au lieu du lacis de ruelles malpropres et malodorantes, rues de l'Hort, des Teysseneys, du Collège, des Gentils, des Juifs, qui cernaient de sordides constructions plus que centenaires, s'étendait une large esplanade d'où le regard pouvait embrasser, "mieux que depuis les Tilleuls", la riche plaine de la Garonne.
L'ancien jardin de la maison Saint-Mézard, concédé à la Ville en 1864 par la Compagnie des Chemins de Fer, était déjà transformé en promenade publique (1): pourquoi, pensaient nombre de Réolais, ne pas l'agrandir de ce nouvel espace libre el faire une promenade dominant les quais et arrivant jusqu'au Saut? Le Collège pourrait aussi bien s'élever à la porte Saint-Martin, comme il en avait été d'abord décidé. On disposerait de plus de place pour les cours de récréation, et, de toute façon, une école est plus logiquement située hors d'une ville qu'en plein centre. Ainsi les langues allaient leur train...
M. Renou, qui a laissé le souvenir d'un maire énergique el volontaire, coupa court aux discussions. 
Il déclara qu'il n'admettait aucune pétition ni changement de programme et fixa au mois de septembre 1884 la pose de la première pierre.
Peut-être faut-il déplorer son obstination qui a privé La Réole d'une merveilleuse promenade? La situation de la ville aurait permis d'établir là des jardins en terrasse, d'où la vue sur la campagne eût été unique. Mais pourquoi s'arrêter à d'inutiles regrets ?
La cérémonie fixée eut lieu le 27 septembre, à 10 heures du matin. La pierre de fondation fut posée à droite de ce qui devait être la porte principale, par

(1) C'est l'actuel Jardin Public, sur le tunnel.

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M. David Raynal, député de la Gironde et ministre des Travaux Publics, en présence de MM. Ouvré, Recteur de l'Académie de Bordeaux: Roumestan, Inspecteur d'Académie; de Mouy, Secrétaire Général du département de la Gironde; Issartier, sénateur; Armand Caduc, député de La Réole; Nadaud, sous- préfet; Renou, conseiller général, maire de La Réole; A. Réglade et Vigouroux, adjoints.
Le Conseil municipal en entier, les notabilités de la ville et une foule de curieux assistaient à la cérémonie, ainsi que MM. Fauchez, architecte; Ballet, entrepreneur: Pazat, appareilleur, et Descorps, surveillant des travaux.
Le gros œuvre était achevé en 1885, et l'on pouvait prévoir pour une date prochaine la réception définitive des travaux et l'inauguration du bâtiment. Chacun se plaisait à reconnaitre le bel équilibre de la façade et souhaitait de voir élargir la rue du Collège (1) qui donnerait plus de recul à l'ensemble de l'édifice.
Soudain, en 1886, à la suite de pluies abondantes, le mur de soutènement de la cour, longeant le Jardin Public, s'écroula, entraînant une partie de l'aile orientale dont la façade du côté du Saut, lézardée, menaçait ruine.
Qui était le responsable? Pour essayer de l'établir, des experts, appelés contradictoirement par le maire et par l'architecte, fournirent à l'envi rapports et contre rapports, sans qu'on fût bien plus avancé. 
M. Fauchez et M. Renou échangèrent une série de lettres ouvertes dont le ton se faisait chaque fois moins amène, et finalement un long procès s'ouvrit entre la Ville et l'architecte. Débouté une première fois par le Conseil de Préfecture en juillet 1887, ce dernier se pourvut en Conseil d'Etat, et fut condamné par cette juridiction, en 1888, à reprendre à ses frais les travaux: on avait estimé que le mur de soutènement, appelé à subir l'énorme pression des terres de la cour, avait reçu une base trop mince, et, dans son ensemble, manquait d'épaisseur. Il fallut donc 
(1) Aujourd'hui rue Jean-Renou. Elle ne fut effectivement élargie qu'en 1913, dans la partie qui comprend le Collège

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consolider une partie de l'aile Est et bâtir un mur plus solide. Pour diminuer la pression des terres, on établit, au fond de la cour, vers le mur de soutènement, un jardin en pente douce. Le mur, réduit de hauteur, devait supporter une grille.
La mise en service définitive eut lieu en avril 1888, bien que la cour de récréation fût encore encombrée de matériaux et débris divers. On avait profité des vacances de Pâques pour mettre la dernière main à l'installation des classes. Peu après, on s'aperçut qu'aucun moyen de chauffage n'avait été prévu ! Un nouveau conflit allait-il éclater? L'architecte et la Commune étaient sans doute l'un et l'autre las des procès, car ils s'entendirent aisément, et bientôt des poêles de fonte et de tôle ceux qui y étaient encore en 1939 étaient installés dans chaque classe ou étude.
Le plan initial comportait un gymnase, qui fut effectivement élevé au fond de la cour, en face de la porte d'entrée. Assez inesthétique, ce petit bâtiment fut démoli en 1903.
L'édifice, dans son ensemble, n'a pas été modifié depuis sa construction.
Un projet, dont l'étude est déjà très avancée, consisterait à adjoindre au Collège une section technique. On envisage la construction d'ateliers entre les deux ailes du bâtiment, avec plancher au niveau du Jardin Public et toit en terrasse prolongeant la cour de récréation. Nous ne pouvons qu'applaudir à ce projet, dû à l'initiative de M. le Principal Gozzi et approuvé par M. le Maire Delsol et la municipalité, qui donnera un essor nouveau à notre Collège.

En janvier 1889, furent créées trois chaires :
1º Rhétorique et seconde; titulaire M. Decoly;
2° Sciences physiques et naturelles, titulaire : M. Gayet;
3º Langues vivantes, anglais et allemand; titulaire: M. Pagès.

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Un an plus tard, en janvier 1890, la chaire de philosophie et d'histoire, nouvellement créée, était confiée à M. J.-C. Weiss, qui en resta titulaire jusqu'à sa retraite, en 1927.
Le Collège avait alors 92 élèves dont 41 internes et 11 externes surveillés. Il cessa d'être en régie municipale à cette date. Par suite du traité passé entre l'Etat et la ville, le personnel fut ainsi composé à partir du 1er juillet 1891:
Un Principal, logé au Collège;
Un aumônier catholique (vicaire de la paroisse);
Un professeur de mathématiques;
Un professeur de physique et de sciences naturelles:
Un professeur de philosophie et d'histoire;
Un professeur de rhétorique et de 2;
Un professeur de 3 et de 4";
Un professeur de 5 et de 6';
Deux professeurs de langues vivantes (anglais - allemand);
Un professeur d'enseignement spécial (sciences);
Un professeur de dessin (1);
Un professeur d'exercices militaires et gymnastique;
Un maître répétiteur;
Deux répétiteurs stagiaires.
Soit un personnel de 16 maîtres, professeurs ou répétiteurs, à peu de choses près l'effectif actuel.
Une chaire d'agriculture, créée par arrêté ministériel au mois d'octobre 1893, fut supprimée lors de la fondation de l'Ecole d'Agriculture. Rétablie momentanément pendant la guerre 1914-1918, elle disparut sous le principalat de M. Anstett.
Les classes primaires commencèrent à fonctionner en 1908.
Par la suite, les grandes réformes de 1902 ni de 1925 n'entraînèrent de changement notable dans le personnel.

(1) Cette chaire ne fut pourvue d'un titulaire qu'en 1996.

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Vint la guerre 1914-1918, et la plupart des professeurs partirent aux armées.
Le Collège lui-même, transformé en hôpital complémentaire, ne put accueillir les internes à la rentrée d'octobre. Seuls furent laissés à la disposition du Principal, M. Ensales, les appartements qu'il occupait avec sa famille, et deux ou trois pièces sous les combles, où M. Ensales donnait des leçons de mathématiques. Le reste du mobilier fut transporté dans les cloîtres: l'ancien couvent des Bénédictins recueillait une fois encore maîtres et écoliers chassés de leur logis.
Dans un entassement pittoresque, mais qui ne permettait pas toujours une discipline bien stricte, pupitres et bureaux s'alignèrent au premier étage du bâtiment, dans le couloir précédant la Salle des Conférences, les pièces voisines et cette salle elle-même, promue au rang de grande étude.
Les classes primaires de Mme Capela allèrent se loger dans le vestiaire de MM. les Juges, à droite du grand escalier dit « du Moine ».
Les internes prirent pension chez les habitants. Pour remplacer les professeurs mobilisés, les restants firent des heures supplémentaires; les retraités reprirent du service; les réfugiés des régions envahies reçurent des chaires provisoires; on fit appel, surtout après 1915, à un personnel féminin; bref on utilisa toutes les bonnes volontés.
Les anciens élèves qui se trouvaient au Collège en 1917 se rappellent sans doute encore: M. Hacks, réfugié belge, professeur d'allemand, suppléant M. Ragon; M. Sawinski, sergent infirmier, prêtre d'origine polonaise, délégué en 5 et 6°; Mue Guérit, suppléant M. Capela à la chaire d'anglais; M. Vigouroux, professeur honoraire, qui enseignait le latin et le français en 4.
La dureté des temps, l'angoisse du futur, l'incertitude du présent, toutes ces conditions particulières firent baisser sensiblement le niveau des études. Les grands élèves, susceptibles d'être appelés aux armées avant leurs examens, se souciaient peu d'un diplôme de bachelier, et l'on retrouve chez eux la même mentalité qu'un siècle plus tôt, sous l'Empire.

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 Le plus grand encouragement au travail, a dit Michelet, n'est-ce pas d'être certain de vivre? (1)
La guerre finie, avant de réintégrer le Collège où quatre ans d'occupation militaire avaient rendu des réparations indispensables, les classes furent transférées pour quelques mois dans la maison Moussillac, au n° 67 de la rue Armand-Caduc (aujourd'hui Cercle Gambetta).
A la rentrée de 1939, les classes se tinrent dans les locaux de l'ancienne Sous-Préfecture, mais les cours reprirent normalement au Collège le 1er octobre 1940 : devenu hôpital comme à la précédente guerre, le Collège n'abrita cette fois que quelques malades et des services administratifs.
Lorsqu'en novembre 1942, les troupes de la Wehrmacht franchirent la ligne de démarcation, elles ne firent que traverser La Réole la ville ne fut pas occupée à cette époque ; mais partout, comme en zone Nord, se manifesta bientôt la volonté des Allemands de détruire ce qui constituait la richesse spirituelle de la France: écoles et collèges réquisitionnés furent transformés en casernes ou en magasins et adaptés aux besoins de l'occupant.
Le 1er février 1943, le Principal du Collège recevait l'ordre de déménager dans les 24 heures.
Le gros du matériel fut réparti entre l'ex école libre Saint-Pierre et l'école communale des filles; professeurs et élèves se rendaient de l'une à l'autre, suivant les nécessités de l'emploi du temps.
Cet état de choses dura jusqu'en juin 1944: les classes furent licenciées dans l'ensemble du territoire après le débarquement des Alliés en Normandie.
Les occupants partirent avec quelque précipitation le 21 août 1944, jour où La Réole fut libérée. 
Les F.F.I. vainqueurs s'installèrent dans le Collège, dont ils firent à la fois une caserne et une prison: des collaborateurs durent venir s'y expliquer devant leurs juges et parfois subir une détention qui fut, pour la plupart d'entre eux, assez brève.

(1) Michelet, Ma jeunesse.

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Ces occupations successives laissaient le bâtiment dans un lamentable état. Bien qu'il fût impossible d'y faire même les réparations les plus urgentes, la rentrée s'effectua normalement dans le courant de l'année 1945.
De grandes réparations sont en cours à l'heure actuelle, qui rajeuniront le Collège et lui rendront sa physionomie. Est-ce pour de bon qu'il sera, cette fois, rendu à sa destination première ?
Bien des villes plus importantes ou plus peuplées que La Réole voudraient s'enorgueillir de posséder un établissement secondaire aussi beau. Combien de grands Lycées n'ont que des caves obscures en guise de classes, pour dortoirs des galetas (a) bas de plafond, et pour cours de récréation des préaux de prison sans arbres ni lumière! Ici, au contraire, les salles sont éclairées par de larges baies.
Toutes les classes sont au rez-de-chaussée et donnent sur une cour que les arbres du Jardin Public paraissent prolonger encore. Les dortoirs occupent au premier étage toute la longueur des ailes ; l'air et le soleil pénètrent partout à profusion.
Et pourtant, notre collège fut plusieurs fois menacé de suppression pour des raisons d'économie.
Le Conseil de la Commune, qui renvoya, en 1792, le régent de latin Barrère, créa, sans s'en douter, un précédent fâcheux tous les Gouvernements qui essayèrent de réaliser des économies dans le budget, ne frappèrent ils pas d'abord et surtout l'Instruction Publique?
Efficacement défendu par les parlementaires et les municipalités successives, le Collège est aujourd'hui assez prospère pour ne plus se sentir menacé. Il compte, en effet, d'après les plus récentes statistiques de l'Université, 255 élèves parmi lesquels 65 internes (année scolaire 1946-1947).
Nous nous plaisons à reconnaître ici le bon sens de nos concitoyens. Loin de sacrifier au snobisme qui
(a) Logement très pauvre, sordide

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pousse certains parents à confier leurs enfants à de lointaines pensions à la mode, la plupart savent apprécier l'enseignement donné au Collège et ne vont pas chercher à grands frais, à Toulouse, Agen ou Bordeaux, ce qu'ils ont ici sous la main. Les générations de Réolais anciens élèves, qui tous ont su tracer leur chemin dans la vie, tiennent à voir leurs fils ou leurs filles préparer leurs examens dans le cadre même qui vit s'écouler leur propre jeunesse studieuse.
Les succès remportés chaque année montrent que les maîtres sont à la hauteur de leur tâche.
La proportion des reçus est bien souvent plus élevée dans les Collèges que dans les Lycées, et les mentions assez bien ou bien sont loin d'être chez nous exceptionnelles.
Les jeunes filles, admises d'abord uniquement dans les classes primaires et le 2 cycle, sont reçues depuis 1926 dans toutes les classes. Contrairement aux prédictions de certains esprits chagrins, la discipline générale ne s'en est point ressentie et l'on a pu constater, au contraire, chez les garçons, plus d'émulation et une tenue meilleure.


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Principaux du Collège

VERGUIN 1807-1813
BRAS 1813 1819
ORCIBAL 1819-1839
LAUNAY 1839-1842
NICOLAS 1842-1846
ROYERE 1846-1853
PUJOL-MONTSALES 1853-1855
SIMONNET 1855-1860
Abbé SAUBESTRE 1860-1861
CHOUZENOUX 1861-1876 
HARTENSTEIN 1876-1882
PIET 1882-1886
PINTURAUD 1856-1888
BOSCH 1888-1893
ANSTETT 1893-1920
ENSALES 1920-1924
BONIFACY1924-1937
MAURT 1937-1944
MEYER 1944-1946
GOZZI 1946


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CHAPITRE IV
L'ASSOCIATION DES ANCIENS ELEVES

Le 28 août 1862, se tenait à La Réole une réunion préparatoire à l'organisation d'un banquet des anciens élèves du Collège. Le 19 octobre de la même année, ce banquet était servi à 1 heure de l'après-midi, dans la Salle des Fêtes (aujourd'hui Salle des Conférences).
La cotisation était fixée à 8 francs par tête.

Assistaient à ce banquet (par ordre d'inscription): MM. R. Beyé; Becquet; Rougier; Marceau; Maurin; Vigouroux (Martial); Braylens (Camille); Riffaud, avocat; Tournié (Edmond); Réglade; Gallaud; Pouvereau (V.); Beyé (Pierre); Laffon; L. Vincent, de Bordeaux; J. Sarrazin, de Cocumont; Larrieu, de Lamothe; Pépin, de Mongauzy; Audureau, de Landerrouet; Seguès, de Pondaurat; F. Despin, de Mongauzy; Chadelle, de Monségur; Pouverreau, de Baleyssac; Bénac; J. Renou; E. Favereau; Jaganneau; Mondiet; Baudichon, de Sainte-Bazeille; Ulysse Brassens; V. Champétré, de Langon; Léonce Cazenave, de Libourne; L. Antony, notaire à Bordeaux; Orcibal aîné, notaire à Paris; Champeau, de Bassane; Dubory; Grangey; Birac aîné; Goyneau, de Bazas; Bazilet, de Bordeaux; Bentéjac, avoué à Bazas; Philippe Bellot-des-Minières, chanoine honoraire, secrétaire de Mgr Donnet; Antoine Bellot- des-Minières; F. Gautier; Moussillac, de Pellegrue; de Bonneau, de Sauveterre-de-Guyenne; Léon Laroze, de Saint-Martin-de-l'Herm; P. Broize; Alcide Gélineau; Perpezat, négociant à Bordeaux; Charles Mouïs; Mau- rice Moussillac fils; Orcibal jeune, de Libourne; Pémagre: R. Guérin, professeur au Collège; Barbe, de Floudès;

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 Octave Gauban; Ducros, médecin; F. Moussillac, médecin; Sanson; Perrein; J. Pinès; L. Charlot, médecin à Caudrot.
Des toasts furent portés par MM. Jaganneau, ancien élève et ancien professeur, doyen de l'assistance; Gauban, membre du Conseil d'administration; Moussillac, membre du Conseil d'administration, et médecin du Collège; Camille Braylens, banquier à La Réole; L. Antony, notaire à Bordeaux; Chouzenoux, principal, et Champêtré, maire de Langon.
Une quête faite par M. Antony rapporta 116 fr. 25. L'excédent des cotisations pour le banquet était de 111 fr. 60. Il restait donc aux organisateurs une somme de 227 fr. 85 qu'ils répartirent de la façon suivante : 28 francs aux pauvres de la ville, et 200 francs aux anciens condisciples dans le besoin.
Après le banquet, une soirée musicale et vocale, avec le concours d'artistes amateurs, obtint un vif succès. Les dames étaient venues en grand nombre; la fête se termina par un bal.
Telle fut la première manifestation des Anciens Elèves, dont l'association fut fondée l'année suivante, en 1863.
Les statuts indiquent notamment:
" L'association amicale des anciens élèves du Collège de La Réole a son siège dans cette ville, dans les locaux du Collège.
Elle a pour objet :
1° d'entretenir des relations d'amitié qui se sont formées au Collège, et de venir en aide, par tous les moyens dont elle dispose, aux membres de l'association.
2º de fonder des bourses ou portions de bourses au profit, autant que possible, des fils d'anciens élèves; de fournir gratuitement aux élèves qui en sont jugés dignes, des fournitures classiques.
3° d'exercer une surveillance salutaire sur les élèves, soit en instituant des prix destinés à stimuler leur

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ardeur au travail, soit en favorisant à la sortie du Collège leurs débuts dans la carrière où ils sont entrés.
Sont aussi admis à faire partie de l'association, moyennant une cotisation de 3 francs, les professeurs ou fonctionnaires anciens ou actuels du Collège, et comme membres honoraires les personnes qui s'intéressent à la prospérité de l'Association... 
La Société des Anciens Elèves versa, le 10 septembre 1870, une somme de 300 francs à une souscription au profit des Mobiles de la Gironde.
La tradition du banquet annuel, reprise après 1918, est interrompue depuis plusieurs années.
Les Anciens Elèves de fraîche date, attirés par les sports, ne se souciaient pas de perdre un dimanche en compagnie de leurs aînés, et, le nombre des convives diminuant chaque année, on a jugé plus sage de ne pas persister.
L'Association contribuait à l'achat de livres de prix et de fournitures classiques pour les élèves du Collège.

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NOTES SUR QUELQUES PERSONNALITES 
ayant appartenu au Collège.

Professeurs
ROYER ERNEST (1820-1886), professeur de mathématiques au Collège de La Réole, de 1847 à 1850. Fils d'un soldat de la République et de l'Empire. Après février 1848, membre du Comité Républicain de La Réole, présidé par Bellot-des-Minières. Essaye de résister au Coup d'Etat du 2 décembre et de soulever la population contre la municipalité bonapartiste de La Réole. Proscrit à Jersey avec Armand Caduc, il devient l'ami de Victor Hugo. Rentré en France en 1856, il s'établit professeur à Bordeaux. Président, en 1866, de la Société des Sciences Physiques et Naturelles de Bordeaux, Vice-Président de l'Académie de Bordeaux. Chef d'escadron d'Etat-Major de la Garde Nationale de Bordeaux, en 1870. Membre du Comité de Défense de la Gironde en 1871.
Conseiller municipal du Bouscat, où il meurt en 1886.

JAGANNEAU ETIENNE, né à La Réole en 1819, mort à La Réole en 1877: Ancien élève du Collège. Professeur de Lettres et Histoire au Collège. Rédacteur en chef du journal local L'Union, pendant quelques mois, en 1848. Proscrit en Espagne en 1851, il rentre en France on 1870 et prend une part héroïque à la défense de Paris. Son nom a été donné à une rue de La Réole (anciennement rue Porte-Pinte).

BUCHOT AUGUSTE (1851-1882), professeur au Collège de La Réole, puis au Collège de Libourne. Homme de lettres, auteur de nombreux poèmes groupés sous les titres. "Les Gelées tardives", "La Maison écroulée, Fanchette", etc... A sa mort, une souscription ouverte à La Réole permit d'élever un monument sur sa tombe et de donner une édition complète de ses œuvres.

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DALBARET CHARLES, Professeur d'Histoire au Collège. Publia en 1894 « Un assassinat juridique », ouvrage très documenté sur les frères Faucher, les Jumeaux de La Réole, fusillés à Bordeaux sous la Terreur Blanche, en 1815.

MESSIER JEAN-HECTOR (1810-1887), Professeur au Collège de La Réole de 1833 à 1836. Chef de cabinet du maire de Bordeaux, de 1861 à 1869. Conservateur de la Bibliothèque Municipale de Bordeaux de 1869 à 1885. Erudit, bibliophile, a fourni de nombreux articles de critique littéraire à diverses revues du département.

MARCEL LÉOPOLD, ancien répétiteur au Collège, lieutenant au 401° Régiment d'Infanterie, tué à l'ennemi le 5 juillet 1916 en Alsace.

TALET JULES, ancien répétiteur au Collège, capitaine au 206 Régiment d'Infanterie, tué à l'ennemi le 3 septembre 1916, à Verdun.

Anciens élèves

BRAYLENS CAMILLE, né et mort à La Réole (1830- 1878), banquier et homme de lettres. On a de lui divers récits de voyage: Croquis pyrénéens », « Dix minutes d'arrêt », « Un pied en Espagne ». Conseiller municipal de La Réole, conseiller d'arrondissement, sous-préfet au 4 septembre 1870, conseiller général de 1871 à 1878. Son nom a été donné à une rue de La Réole (anciennement rue du Cugey).

Mgr BELLOT - DES - MINIERES PHILIPPE-HENRI (1822-1888), fit ses études au Lycée de Bordeaux et au Collège de La Réole. Ordonné prêtre en 1847, vicaire à La Réole l'année suivante, devient en 1857 secrétaire particulier de Mgr Donnet. cardinal archevêque de Bordeaux. Chanoine honoraire en 1861; vicaire général en 1875; évêque de Poitiers en 1880. A publié de nombreux recueils de poésies. Président de l'Académie de Bordeaux de 1876 à 1881. Mgr Bellot-des-Minières a laissé le souvenir d'un homme de cœur d'une grande intelligence et d'une profonde charité.

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BELLOT DES MINIERES ANTOINE-ALCIDE-HENRI, frère cadet du précédent, né à La Réole en 1828, mort à Bordeaux en 1892. Grand voyageur, s'intéressa à toutes les questions touchant le commerce maritime. Eut le premier l'idée de créer au Verdon un immense port militaire et marchand, tête de ligne des grands courriers transatlantiques. En 1872, il se consacra à la viticulture et planta, en pleine lande, un vignoble dont il fit, en quelques années, l'un des premiers crus de France. Etudia les maladies cryptogamiques de la vigne et fit employer avec succès l'ammoniure de cuivre qui sauva le vignoble bordelais. On lui doit une série de publications sur les questions viticoles et une brochure sur Les parasites de la vigne (1887). (La rue Bellot-des-Minières porte le nom du père des précédents, qui joua un rôle politique important en 1848 et fut proscrit après le 2 décembre 1851.)

GAUBAN OCTAVE, né à La Réole en 1813. Avocat, historien, auteur d'une Histoire de La Réole et notice sur toutes les communes de l'arrondissement (1873); Commentaire historique sur l'Esprit des Lois; Biographie complète des frères Faucher (1889), et de nombreux articles publiés dans la Revue de Numismatique, la Revue de l'Agenais, et divers journaux.

MATHERON LAURENT, né à La Réole en 1823, mort à Lyon en 1892, journaliste et homme de lettres. Auteur d'un Mémoire sur l'histoire des Beaux-Arts (couronné par l'Académie de Bordeaux en 1851); Les Salons de Bordeaux en 1852 et 1853, et une remarquable étude sur le peintre Goya (1858). Chevalier de l'ordre de Charles III d'Espagne, membre de l'Institut de Genève et de l'Académie de Savoie.

L'Abbé JEAN-BAPTISTE RENARD-MANCEAU, né à La Réole en 1812, mort à Castres (Gironde) en 1879. Elève au Collège de La Réole, puis au petit séminaire de Bordeaux. Prêtre en 1838, professeur au petit séminaire de Bordeaux jusqu'au 1852, curé-doyen de Castres en 1861. On a de lui plusieurs volumes de vers: Les Hirondelles de Mussonville; Les Fleurs de

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Bethléem; Les Echos des sanctuaires de Marie dans le Bordelais, etc... Dans ses Causeries du Lundi (tome V, page 385), Sainte-Beuve dit de l'Abbé Renard-Manceau: "Deux petits volumes modestes me sont venus de Bordeaux, Les Hirondelles de Mussonville et Le Glaneur de Mussonville. Mussonville, c'est l'agréable maison de campagne du Petit Séminaire de Bordeaux. L'auteur... dans ses vers faciles, animés d'une douce gaîté et d'une piété riante, a quelque chose d'un Gresset resté au séminaire... A défaut de l'Hymette, il aspire à être l'abeille du Carmel; ce sont des vers aimables et bien nés."

L'Abbé PARDIAC
, né à Fontet en 1818, mort à Bordeaux en 1891. Auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire et le culte de Saint Jean-Baptiste: Notice sur les herbes et croix de Saint Jean; Notice sur les feux de Saint Jean; Histoire de Saint Jacques le Majeur et du pèlerinage de Compostelle: Vie de Saint Pierre, martyr; Vie de Saint Mommolin, patron de Bordeaux; Histoire de Saint Abbon, martyr de La Réole, etc...

LAROZE LÉON (1835-1912), homme politique, vice- président de la Chambre consultative d'Agriculture, de La Réole; a contribué largement au progrès agricole et viticole dans l'arrondissement; a travaillé avec une activité infatigable à propager les idées libérales et républicaines en Gironde. Député de la Gironde de 1885 à 1893.

LAROZE PIERRE (1869-1943), fils du précédent, député de la Gironde de 1893 à 1897. Docteur en droit. Auditeur au Conseil d'Etat. Gouverneur du Crédit Foncier de France. Président ou administrateur de nombreuses sociétés commerciales ou industrielles.

BENAC ANDRÉ, né à La Réole en 1858, mort à Paris en 1937. Docteur en droit, auditeur au Conseil d'Etat, chef de cabinet du ministre des Travaux Publics (1882-1883). Directeur du personnel au Ministère de l'Intérieur. Directeur du mouvement général des fonds (1890). Grand Croix de la Légion d'honneur. Membre du Conseil de l'Ordre. Directeur des Forges et Aciéries

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du Nord et de l'Est (1904). Gouverneur du Crédit Foncier de France. Président de Conseils d'administration de nombreuses sociétés. Une rue de La Réole porte son nom depuis 1937 (anciennement rue Sainte-Colombe).

CHAIGNE GEORGES, élu député de La Réole en 1914. Lieutenant au 367 Régiment d'Infanterie, tué en Argonne le 5 avril 1915.

ELOGE FUNEBRE de M. Georges CHAIGNE
Prononcé par M. P. DESCHANEL, Président de la Chambre des Députés, le 29 Avril 1915.
Extrait du Journal Officiel:
Mes chers Collègues,
Les représentants de la France continuent de faire voir comment on meurt pour elle. La fin héroïque de Georges Chaigne, député de La Réole, tué en Argonne, à 27 ans, nous apporte une nouvelle fierté.
Il était parti comme sous-lieutenant, dès le début de la mobilisation. Blessé, il avait été fait lieutenant sur le champ de bataille.
Le 4 avril, son régiment est prévenu qu'il partira dans la nuit, pour donner l'assaut à l'un des points les mieux organisés, les plus solidement défendus des lignes allemandes. Cinq fois déjà, depuis octobre, nos troupes avaient attaqué ce bois toujours elles avaient été arrêtées par de formidables barrages d'artillerie dissimulés dans les ravins de la forêt.
Georges Chaigne sait l'importance capitale de cette mission. Il en connait le péril. Il est, comme toujours, plein de bravoure et de flamme; avec sa grâce juvénile, il annonce la victoire. Méprisant le danger pour lui-même, a écrit son commandant, il était soucieux d'épargner à ses hommes les risques de la guerre c'est la principale qualité du chef qui doit se montrer prodigue de ses peines, avare du sang de ses soldats.
A l'aube l'ordre d'assaut est donné. Chaigne enlève sa troupe, mais les obus pleuvent sur nos lignes; il est frappé au cœur, il expire dans l'enthousiasme et ses yeux voilés reflètent la justice.
Nous le pleurons avec ses chefs, avec ses compagnons d'armes qu'animait sa foi, avec la Gironde qui perd un de ses plus nobles espoirs, avec son jeune frère, qui avait obtenu l'honneur de servir sous ses ordres. En sa mère, nous saluons ces femmes françaises aussi admirables que

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leurs fils, leurs époux, leurs frères, et qui, chaque jour, illustrent de traits sublimes la pensée de Michelet: " Les femmes vaillantes sont mères de héros". 
Georges Chaigne était un fils de parlementaire, et ce parlementaire nous est une fierté de plus d'unir à la gloire des fils la mémoire des pères et de nous dire que ceux qui ont vécu notre vie, qui ont partagé nos travaux et nos luttes, ont formé de telles âmes et légué à leurs enfants de si éclatantes vertus.
Grande leçon de respect, Messieurs, et grande leçon de tolérance ! Puissent-elles apprendre aux Français à ne se point dénigrer et à garder leur haine pour les ennemis de la patrie !

OLIVIER MARCEL, né à La Réole en 1887, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, agrégé de lettres, capitaine au 151 Régiment d'Infanterie, chevalier de la Légion d'honneur, tué le 25 septembre 1916 à Verdun.

COSTES RENÉ, de Bergerac, agrégé de l'Université, professeur à l'Institut Français de Madrid, blessé mortellement le 23 octobre à la Malmaison, mort à l'ambulance le 31 octobre 1917. 3 citations. Croix de guerre avec palme.

MOUTY JEAN, de La Réole, sous-lieutenant au 61 Bataillon de Tirailleurs Sénégalais. 4 citations. Croix de guerre avec palme, médaille militaire. Tué le 30 mai 1918 à la défense du Mont-Saint-Thierry (Reims).

GOUTEREAU CHARLES, né à La Réole en 1873, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, agrégé de sciences à 21 ans, collaborateur d'Eiffel dans ses études d'aérodynamique à l'observatoire de la Tour, di- recteur du Bureau des Longitudes à l'Observatoire de Paris. Mort à Paris en 1925.

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ANCIENS ELEVES MORTS POUR LA PATRIE

Guerre 1914-1918
Jean CASTAY.
Pierre de LANAUZE. Raymond LESPĖS. Raoul BOURGADIEU. Georges CHAIGNE. Gaston BARBOT. Louis MERLE. Claude FRUTIER. Robert BERTRAND. Louis MONDOU. René MÉGY. Gérard BALLAN. Maurice SOUAN Edouard DARQUEY. Marcel COURT. Georges DURROUX.
Marcel OLIVIER. Roger DUCROS. Albert BOUDEAUD. Alfred PILLET. Léon GARRIC. André PERRAIX.

Guerre 1939-1945
Guy MÉRIC.
Yves HAMON.
Jean-Rémi COULON.
Jean FABRE.
Marcel LUCRERT.
René COSTES
René DUPUCH. Jean MOUTY. Pierre LARTIGAU. Louis BOCQUENTIN. Yves DURAND.
Edouard BOYREAU. Roger LATRILLE. Edgard CHEVEAU. Pierre LATOUR. Gaston BARRIÈRE. Jean SAUVIGNAC. Pierre CROIZET. Raoul LAURENS. Edouard CHARDON. Edgard COURTIES.
Pierre COMIN. Fernand BRASSENS. Georges PERPEZAT. Jean POUVEREAU. François MARTIN. Edgard FERMIS.
Francis FOURNIER.
Christian FRITZ.
Pierre GEMIN.
Maurice LEHMANN.
Jean DESTRAC.
Commandant Jean DELMAS

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TABLE DES MATIERES

Chapitre I. Avant la Révolution                              Page 3
Chapitre II. L'Ancien Collège                                Page19
Chapitre III. Le nouveau Collège                           Page27
Principaux du Collège                                             Page47
Chapitre IV. L'Association des Anciens Elèves     Page38
Personnalités remarquables                                    Page41
Anciens Elèves morts pour la France                     Page47


BIBLIOGRAPHIE ET OUVRAGES CITES

Archives de la ville de La Réole. Michel Dupin, Notice historique sur La Réole. O. Gauban, Histoire de La Réole. Journaux locaux l'Union, les Tablettes de l'arrondissement de La Réole, le Commercial, l'Indépendant. Mémoires du Président H. de Mesmes (Variétés Historiques). Michelet, Ma jeunesse. F. Vial, Trois siècles d'Histoire de l'Enseignement Secondaire en France. G. Weill, Histoire de l'Enseignement Secondaire. J. Mironneau, Foyer de notre culture. E. Feret, Statistique générale de la Gironde (1889). Sainte-Beuve, Causeries du Lundi (Tome V). Ch. Malegarie, André Bénac.





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