Rechercher dans ce blog

Sommaire du blog Cahiers du Réolais par auteur  ICI   par article  ICI Historique des cahiers SOMMAIRE Couverture : Église de FONTET       ...


Cahiers du Réolais par auteur ICI par article ICI


SOMMAIRE

Couverture : Église de FONTET                 P .LAVILLE
Blaise Charlut :                                            C. BIOT
A Blaise Charlut                                           Th. NADEAU
Légende des cloches de FONTET                G. LANDIRE
Inondations de Garonne                                L. JAMET
Une paroisse du Réolais: St. MARTIAL       A. TOUZET
Les élections en 1848.                                  R. ARAMBOUROU
L'Eglise et le Prieuré de St. BRICE             P. HECAMPS

Tous droits de reproduction réservés. Adresser manuscrits et communications au Rédacteur :
R. ARAMBOUROU à LA RÉOLE
LES AMIS DU VIEUX REOLAIS
Bureau pour l'année 1950
Président : Monsieur Lucien JAMET
Vice-Présidents : Mlle. BROUSSIN, M. le Général COUNILH, M. VISSIERES-LAPORTERIE et FORTIN, adjoints au Maire,
Secrétaire : M. Pierre LAVILLE
Secrétaire-Adjoint : M. Henri DUBOURDIEU
Trésorier : Archivistę : M. Camille BIOT.
La cotisation, comprenant l'abonnement aux CAHIERS, a été fixée à 150 frs, pour l'année 1950.

Imposte 42, Rue des Ecoles

LA REOLE- Echelle 1/10°


BLAISE CHARLUT (1715-1792)

    Blaise Charlut s'est distingué dans les arts mécaniques
Quoique originaire de la Bourgogne, sa vie nous appartient.
    C'est dans l'étroite sphère de notre ville qu'il a passé ses plus belles années, cette époque de travail patient et de triomphes modestes..
    Il fut dans la destinée de CHARLUT de vivre pauvre et d'acquérir une réputation méritée par des productions que distinguèrent surtout la délicatesse et le fini des détails, les inflexions gracieuses et le relief savamment modelé des ornements, des feuillages, des acantes, .... etc...
    Que d'artistes, de nos jours, parviennent à la célébrité par des travaux moins remarquables. Mais telle est l'influence délétère des petites villes que les plus beaux talents y végètent, privés du stimulant que donnent les rivalités et la critique, éloignés des grandes entreprises qui développent la pensée.
    Cet artiste sacrifiait au perfectionnement des ses œuvres ses intérêts les plus chers.
Chargé par un noble périgourdin d'un travail à prix fait, il ajouta au plan une profusion d'ornements qui en doublait la valeur.
    Le gentilhomme le réprimanda vivement d'avoir outrepassé ses ordres, courant ainsi de lui-même un risque certain de perte, CHARLUT ne demanda que le prix convenu, et le noble, surpris de rencontrer tant de désintéressement, lui accorda une gratification de 3.000 livres.
    Au nombre des ouvrages les plus importants de CHARLUT, nous devons indiquer la grille du chœur, la balustrade du sanctuaire et le magnifique lutrin faits pour l'Église des Bénédictins de notre ville, enlevés et transportés à Bordeaux en 1803 et qui ornent aujourd'hui la Cathédrale Saint-André, la grille de la chapelle Saint-Clair en l'église Sainte-Eulalie de Bordeaux, le beau portail de la façade sud des Bénédictins de La Réole, la rampe de l'escalier allant à la salle des Conférences, du même monument, un balcon au Nº 7 de la Rue André Bénac, et les impostes des Nº. 33 et 42 de la Rue des Ecoles, 21 de la Rue Bellot-des-Minières, 26 de la Rue Numa-Ducros, etc... etc..., et bien d'autres œuvres qui peuvent avantageusement être comparées à celles des ferronniers les plus célèbres.
    CHARLUT s'établit à La Réole en 1748 d'après la tradition, son atelier se trouvait au N°8 de la rue qui porte aujourd'hui son nom.
    Il se maria deux fois et n'eut point d'enfants, termina sa carrière à l'âge de 77 ans, le 2 Juillet 1792, emportant dans la tombe les regrets de tous ceux qui connurent le noble désintéressement de l'homme et le beau talent de l'artiste.
    Un élégant balcon daté de l'An III, conservé au Musée de LA RÉOLE, montre que Charlut dut former des élèves qui continuèrent son art, et surent le faire apprécier même en ces époques troublées.
Camille BIOT

Balcon : 39, Rue Armand Caduc 



Imposte :10, Rue de la Mar


A BLAISE CHARLUT

Dans l'étroite ruelle, aux murs mystérieux,
Où la vigne suspend sa parure mouvante, 
L'atelier, qu'illumine une flamme vivante, 
S'éveille au bruit rythmé de coups impérieux.

L'artiste a dessiné d'un trait victorieux
La grille en fer forgé, d'une courbe savante, 
Qui viendra revêtir, de sa grâce émouvante,
Le chœur de la chapelle et l'orgue glorieux.

Tu composes, Charlut, avec ton art suprême, 
Des pinceaux enlacés, l'harmonieux poème,
Dont le charme fleurit notre vieux sol natal.

Et, si tu vis toujours dans notre âme gasconne,
C'est que tu sus fixer, au solide métal,
Les festons des coteaux mirés dans la Garonne.
Thérèse NADEAU

Imposte : 21, Rue Bellot-des-Minières.
échelle 1/10°

LÉGENDE DES CLOCHES DE FONTET

    Quand MESSIRE LE VENT va du côté de Saint-André-du-Garn, de Baleyssac ou de Monségur, il s'en retourne, c'est presque certain, toujours joyeux.
Au contraire, lorsqu'il va de l'autre côté de la Garonne, il revient maussade et le soleil ne se montre même pas pour recevoir son compagnon.
    Pourquoi cette différence de caractère suivant que ses pas s'égarent d'un bord ou de l'autre ? Peu de personnes, je parie, le savent. Eh bien, voici la légende!
"Sur l'autre rive du grand fleuve, un matin de printemps qu'il passait à Fontet, il tomba amoureux des cloches de la rustique église du XV° siècle, dont le fier pignon se dresse non loin du pont de pierre.
    La première fois, il n'osa point le leur dire, et se contenta de leur faire une niche en soufflant assez fort, il les fit sonner, au grand ébahissement des gens de l'Écluse, du Pigeonnier et du village du Cimetière. Deux jours après la première entrevue, il prit son courage à deux mains, et dit tout ce qu'il pensait. Malheureusement pour lui, son amour ne fut pas pris au sérieux, et de leurs volages carillons, les insouciantes filleules du vieux bourdon se moquèrent de l'étriqué gentilhomme..
    Il revient souvent leur faire sa proposition. Chaque fois, il se vit rebuté, et les deux petites sauvages chantonnèrent à son nez des couplets moqueurs.
Il chercha alors avec une opiniâtreté sans bornes un cœur qui l'aimât: de Loupiac à Mazerac, à Castets, même, nulle part son amour ne fut bien accueilli, il résolut alors de traverser les forêts d'Aillas, de Sendets, de Préchac, de Pissos, et, l'âme désolée, il vint se reposer sur l'une des dunes qui bordent l’Océan entre l'étang de Cazaux et celui de Parentis.
    Le voyant pleurer, une jeune fille vêtue d'algues marines s'approcha de lui et parvint à sécher ses larmes.
"Je suis la fille de la Mer" lui dit-elle.
"Je vous aime, m'aimez-vous ?" demanda-t-il.
    Alors un baiser couronna son front. Exultant de bonheur, il lui demanda si elle se déciderait à le suivre à La Réole.
"Parfois, fit-elle, je viendrai avec vous, mais je n'y resterai point toujours, car ce serait ma mort, loin du cœur de ma Mère. Il vous faudra revenir ici pour me chercher, car je ne connais pas la route.
"C'est entendu, mignonne, dit Borée, je viendrai. Lorsque tu entendras monter dans l'air calme les sons échevelés de clochettes mutines, tiens toi prête à partir, car ce sera mon signal d'arrivée".
    Le lendemain, ivre de joie, et espérant tirer vengeance : des "impolies", il passa par Fontet, Celles-ci, l'apercevant, se mirent à sonner à toute volée, si bien qu'on les entendit, paraît-il, autant sur les bords du lac de Cazaux qu'au faîte du Mirail, ou sur la place du Turon.
    A cet appel, la fille des eaux vint à la rencontre de son amoureux, et chargée d'une outre énorme, l'ouvrit et lança son contenu sur la campagne dès qu'ils eurent dépassé la village de Plantiers (Haut Loupiac).
Mademoiselle la Pluie avait vengé son futur époux, Messire le Vent...
C'est pourquoi l'on dit communément à La Réole, et l'on se trompe rarement, d'ailleurs :
"Entend-on de Fontet les cloches, Estimons les tempêtes proches!"
Georges LANOIRE

INONDATIONS DE GARONNE

    On dit chez nous "Garonne" autant que "la Garonne", comme s'il s'agissait d'un être vivant, personnage que l'on vénère et redoute à la fois, car s'il fait la richesse du pays, il est sujet à des caprices et des colères terribles....
    La Garonne, en effet, n'est pas toujours ce cours d'eau lent et paresseux qui, en été, roule de gravier en gravier des eaux maigres et troubles, Elle a des crues soudaines qui ravagent les campagnes, et les archives des villes et des villages en ont gardé, à travers les siècles, le souvenir rempli d'effroi..
Les inondations les plus lointaines se produisirent en 1177, 1220 et 1258, mais sur ces "AYGATS" les renseignements précis font défaut. On ne commence à trouver de détails qu'à partir de 1346, année d'un aygat qui fut, si nous en croyons la "Chronique de Bazas", le plus grand depuis le déluge...:
Major abundantiam aquarum quam unquam post diluvium."
    Octobre 1435 vit une crue de plus de 11 mètres au-dessus de l'étiage.. Nouvelle crue supérieure à 10 m., en 1565 venant après un hiver rigoureux et des gelées tardives, elle détruisit ce que le froid avait épargné, et une grande disette s'ensuivit. Le prix du sac de blé fut plus que quadruplé.Trois ans plus tard, en 1568, les pluies durèrent si longtemps que le fleuve resta plusieurs jours hors de son lit, et fit s'écrouler une partie des murailles de la ville
    Les crues de novembre 1604 et février 1618 dépassèrent 9 m. En 1627, les eaux recouvrirent la plaine 15 jours entiers, du 12 au 26 janvier. En juin 1652 1еs récoltes furent enlevées en quelques heures par une inondation imprévue; il en fut de même en juillet 1678, où un rapport de l'intendant de la province signale que: "La Garonne a envahi toute la pleine (sic) et a enlevé les foins coupés, le pays se trouve hors d'estat d'alimenter les bestiaux, les blés et les chanvres sont enterrés sous le limon".
Le 22 juin 1709, la plaine est de nouveau inondée, et les eaux ne s'écoulent qu'au bout de 4 jours.
Le 10 juin 1712, au cours du "grand aygat de la San Barnabé", on vit en une demi-journée le fleuve s'élever à 30 pieds (9,60m) au-dessus de son niveau normal, et les récoltes sont une fois de plus perdues.
En décembre 1769, se produit le cinquième débordement de l'année, et c'est encore une période de disette.
    Un plus grand désastre allait arriver l'année suivante avec l'aygat de Raméou (7 avril 1770, veille des Rameaux) l'un des plus terribles qui aient été enregistrés.
L'eau montant de 38 cm par heure s'éleva à près de 12 m, au-dessus de l'étiage. La crue fut si subite que la plupart des bestiaux ne purent être sauvés, et que les gens n'eurent que le temps de se réfugier sur les toits de leur demeure.
    Des débris de toute sorte, des poutres, des meubles, des barriques, des paillers, parfois avec de la volaille qui s'y était réfugiée, passaient sous les murs de la ville, emportés par un torrent furieux.
    52 maisons s'écroulèrent au Rouergue ou sur les quais. Il y eut des victimes, car la tempête faisait rage et empêchait les embarcations de se porter au secours des malheureux en péril. Des marins de Gironde, sous la conduite de l'Abbé BOY, curé de la paroisse, réussirent, au prix de mille efforts, à atteindre le village de Barie, où les habitants, sur les maisons, les arbres et les mattes, appelaient à l'aide.     Ils sauvèrent une centaine de personnes, dont une jeune mère et l'enfant qu'elle venait de mettre au monde sur un toit. Pour La Réole seule, les dégâts furent estimés à 35.000 livres. D'abondantes pluies avaient grossi à la fois le Lot, le Tarn et la Garonne, et provoqué la catastrophe.
    Il y eut 7 débordements de Garonne au cours de l'année 1770. Un dicton des bords de Garonne déclare que "si l'eau sort en décembre, elle sort 7 fois l'année qui suit". On ne manqua pas de rappeler la crue de décembre 1769 pour montrer que les observations dues à la sagesse populaire étaient exactes.
    Il arrivait si fréquemment que les récoltes fussent détruites que les propriétaires faisaient insérer dans les contrats de fermage, une clause spéciale leur permettant d'exiger le paiement quoi qu'il arrive. On lit par exemple dans un contrat de 1775 que les preneurs "règleront leur fermage par moitié à Pâques et à Noël et ne pourront prétendre aucun cas fortuit qui pourront arriver sur la récolte, soit par grelle, débordement de la rivière de Garonne, soit par quel autre évènement que ce puisse être".
    Deux débordements en 1771, en mai et juin, mais de peu d'importance. Un autre en septembre, (1772) premier connu en ce mois de décembre 1791, l’eau resta dans les maisons trois jours,
    En 1792, le 29 août, crue de 8,50 m. Le Charros qui, du château des Quat'sos longeait le chemin de l'Ilet avant de se jeter dans la Garonne, dévia de son cours ordinaire, et se creusa un passage en face du château celui qu'il n'a cessé de suivre depuis.
    Le 12 février 1793, Grand aygat de la Pacu (de la peur). Les eaux s'élevèrent à 9,65 m.
    En 1801, crue de 9,43 m. En 1807 et 1811, plus de 8 m. En mai 1827 et juin 1835, plus de 9 m. Le 18 janvier 1843, crue de 9m,62 m.
A Gironde, le Dropt, refoulé par la Garonne, s'éleva à 35 cm. plus haut que de mémoire d'homme. Plusieurs fermes furent détruites. La route de Bordeaux resta coupée deux jours,
Juin 1855 : crue de 9,70 m. En 1856, la plaine resta sous les eaux du 12 au 20 mai.
    Cette année-là le fleuve sortit 8 fois de son lit. 1866 eut une inondation en septembre ce qui n'était pas arrivé depuis 1772 et ne s'est pas produit depuis, 1875 allait laisser le souvenir d'une des plus grandes catastrophes connues.
    Après trois jours de pluies ininterrompues, l'eau s'éleva à La Réole 10,30m au-dessus de l'étiage.
Des Tilleuls, des Justices, les habitants voyaient, le cœur serré, passer au fil de l'eau, débris de maisons, objets mobiliers, bétail noyé et jusqu'à des cercueils arrachés par la violence du flot aux cimetières submergés.
    On raconte qu'un bœuf, emporté par le courant, réussit à atteindre à la nage les escaliers étroits appuyés à l'ancien rempart, au bas de la montée du pont, sur les quais et fut sauvé.
    Le 30 Juin, le Président de la République, le Maréchal de Mac-Mahon, vint visiter la région éprouvée. Il s'arrêta une heure à La Réole pour conférer avec les autorités locales, et remit au Maire, Deynaut, une somme de 500 frs. pour les sinistrés de la commune..(1)
    Le 20 Février 1879, crue de 10 m., si subite que les habitants de Bourdelles, Barie et Floudès, surpris dans les champs, purent tout juste se réfugier dans les arbres. Malgré la tempête et la violence du courant, de courageux sauveteurs se portèrent à leur secours; un réolais, Ferdinand Conil, sauva, au péril de sa vie, une vingtaine de ces malheureux.
    1889 : 7 crues au cours des cinq premiers mois de l'année. 1890 et 1891, crues en mai et juin.
Inondations de plus de 8 m, en juin 1900, mai 1905, décembre 1906, mai 1912, avril 1914, mai 1918, février 1919, mars 1927 (9,75 m) et mars 1930.
    La crue de 1930, avec ses 10,72 m à la Réole, fut supérieure à celle de 1875. D'abondantes pluies, de novembre à février, avalent saturé le sol, quand s'abattirent brusquement, au début de mars, des pluies diluviennes amenées par vent au Sud-Est. Le Lot et le Tarn entrèrent en crue, Moissac fut ravagé, des villages entiers détruits." Les dégâts furent considérables. La digue qui avait cédé en 1927 en face de la métairie de La Paluę fut encore emportée en plusieurs points et d'énormes trous creusés dans les terres, le Président Doumergue vint apporter aux victimes le salut du Gouvernement de la République,
Depuis 1930, la Garonne parait assagie et n'est sortie de son lit que 2 fois en 1936 et 1944. La sécheresse qui sévit depuis plusieurs années est à l'origine de ce calme. Différentes furent les années de 1825 à 1850, puisqu'en ce quart de siècle, on a compté à La Réole, 45 crues entre 6 et 7 m., et 115 crues de 1850 à 1880 !!!
De 1900 à 1920, il y eut 10 crues supérieures à 9 m., soit une tous les 2 ans. On compte en moyenne un débordement de plus de 10 m, tous les 20 ans.
    L'inondation la plus fréquente est celle du printemps, très rares en février, assez rares en mars, la plupart des crues surviennent en mai et juin, alors que les pluies abondantes se déversent sur les Pyrénées, la Montagne Noire et le Massif Central, faisant grossir à la fois la Garonne, et ses affluents de la rive droite.
    Les crues atteignent leur maximum de hauteur et de durée précisément entre Marmande et Castets, à cause du resserrement de la vallée vers l'aval, de la pente plus faible, et de la stagnation des eaux dans la plaine.
Comment lutter contre ce fléau ?

    Pour se protéger contre les eaux, on construisit les villages sur des buttes naturelles, qui sont à peine visibles aujourd'hui. Les apports de terre, à chaque inondation, ont exhaussé le niveau du sol environnant, et l'on ne distingue plus que sur les relevés topographiques, les éminences qui supportent Bourdelles ou Floudès. Jusqu'en 1850, la plaine fut couverte de prairies, il fallait un abri pour les bêtes : ce furent les mattes, buttes artificielles, îles-refuges où l'on rassemblait le bétail dès l'annonce du danger.     Les paillers, comme de nos jours, étaient supportés par des piliers de maçonnerie au-dessus du niveau moyen des crues. Les maisons des colons, à leur tour, s'installèrent sur des mattes, et parfois, surtout à partir du XVII siècle, des domaines entiers se protégèrent par des levées de terre, qui les clôturait entièrement. Les mattes se multiplièrent après le grand “aygat” de 1770, mais sans plan d'ensemble. 
    Les unes étaient plus solides ou plus épaisses que les autres; elles détournaient le courant vers des points plus faibles, et comme c'était à qui élèverait les plus hautes pour protéger son bien au détriment du voisin, leur multiplicité était devenue dangereuse. En 1776, plainte est portée à l'Intendant contre les habitants de Lamothe-Landerron qui ont élevé une diguę au lieu du Gros et causé de grands dommages aux terres voisines. Cependant, la situation ne subit pas de changement, mais dès l'an III, on en vient à la conclusion qu'il faudrait construire une chaussée continue pour maintenir le fleuve dans son lit,
    A partir de 1850 commence l'exploitation agricole intensive de la plaine. Si les petites inondations sont favorables à la culture par la lize fertile qu'elles déposent, les grosses crues qui découvrent les cailloux du sous-sol sont désastreuses. Il faut donc défendre la plaine, et comme cette protection ne peut être assurée par l'initiative privée, des syndicats s'organisent,
Le syndicat de Fontet à Bassanne fut créé en 1879 et la digue achevée quelques années plus tard. Elle s'appuie au canal latéral à Tartifume, longe la rive gauche sur 7 km et se termine à l'embouchure de la Bassanne.
    De là, elle est prolongée par une autre digue d'égale longueur, dont le syndicat de Barie à Castets a la charge. 830 hectares de terre particulièrement riche et fertile appartenant à 330 propriétaires sont ainsi protégés des crues inférieures à 9,25m. Un système d'écluses à l'embouchure de la Bassanne permet de laisser pénétrer l'eau derrière la digue et d'éviter les affouillements quand la crue est importante.
Les routes franchissent la digue par les "pas" qui les élèvent jusqu'à sa hauteur.
    Depuis 1932, la digue est recouverte de ciment dans sa partie amont de Tartifume au Rouergue.
Un conseil d'administration renouvelable tous les 5 ans, s'occupe de l'entretien de la digue, et de la bonne marche du syndicat. Tout propriétaire, homme ou femme, a droit à une voix par 5 ha, et fraction de 5 ha, avec maximum de 5 voix. Les petits propriétaires peuvent se grouper pour arriver à disposer d'une voix. Les deux Syndicats ont actuellement pour président M. Charles DUZAN, propriétaire au Rouergue, dont tous les riverains se plaisent à reconnaître la compétence et le dévouement désintéressé dans la défense de leurs intérêts. Il préside aux destinées du Syndicat de Fontet à Bassanne depuis 20 ans, et les électeurs, à chaque scrutin, lui renouvellent unanimement leur confiance.
    Chaque syndiqué paie une redevance de 100 frs par hectare, somme nettement insuffisante. L'État prélève sous forme de taxes diverses, 42% des cotisations recueillies. Alors qu'en 1918 on pouvait consacrer à l'entretien de la digue 1300 journées d'ouvriers, ce chiffre était tombé à 250 en 1939 et ne sera plus que de 190 en 1950.
    Il faut cependant couper les arbustes qui poussent dans la digue, boucher des trous, veiller aux tassements...etc... Ces huit dernières années de sécheresse exceptionnelle ont fait oublier quelque peu les fantaisies de notre beau fleuve, mais on aurait tort de lui accorder une confiance entière, car la Garonne pourrait encore, comme si souvent dans le passé, montrer la puissance de sa colère, et répandre sur ses berges la mort et la désolation,
L. JAMET

FOLKLORE LOCAL

Si vous voulez réussir vos couvées, il faut :
a) Que l'éclosion des œufs coïncide avec une période de pleine lune, sinon les poussins n'auront pas assez de force pour briser la coquille et meurent dans l'œuf..
b) Placer un morceau de fer sous la corbeille (fer à cheval de préférence) pour éviter que le tonnerre ne tue les poussins.
c) Mettre un nombre impair d'œufs, sinon il n'y aurait que des coqs ou une majorité de coqs.
d) Disposer les œufs dans la corbeille avant midi..
e) Ne pas les mettre à couver un vendredi (la poule abandonnerait avant le terme des 21 jours) ni un dimanche (les poussins seraient malingres et mal venus.)
f) Eviter, en portant les œufs, de franchir un fossé plein d'eau,
Ces prescriptions étant observées, votre "clouque" (poule couveuse) sera patiente, et vous ne trouverez pas d'œufs "clabots" (mauvais, gâtés).

UNE PAROISSE DU RÉOLAIS SAINT MARTIAL de 1809 à 1852 

    Ayant eu la bonne fortune de recueillir l'un des registres de la Paroisse de Saint Martial (canton de Saint Macaire), commencé le 30 Décembre 1809 et se poursuivant durant des années, il a paru intéressant de montrer comment s'administrait une petite paroisse, et comment s'employait ses maigres ressources, au lendemain de la Révolution et au début de l'Empire..
    Avant 1789, la paroisse de St Martial dépendait du diocèse de Bazas et de l'archiprêtré de Jugazan, dont elle était l'une des 49 rectories. Elle était comprise dans le Comté de Benauge et dans sa juridiction. Par suite d'une vente en l'année 1700, la paroisse de St Martial passe à Etienne de Gombaud, Conseiller au Parlement de Bordeaux. Dix-neuf paroisses furent ainsi distraites des 27 dont se composait le Comté.
Un peu plus tard, en 1782, cette paroisse comptait 109 feux vifs, 10 paires de bœufs, 4 paires de vaches et 14 charrues. Cette même année, les impôts, taille et capitation, s'élevaient à la somme de 2015 livres 5 sous.
    Le 25 Mars 1790, la première municipalité dont le maire fut Etienne Lannelongue, maître en chirurgie, prêta serment avec les 9 officiers municipaux, élus le 28 Février 1790 sous la présidence du curé Lussignet (†), devant l'église de St Martial à défaut de maison commune. Dès lors la paroisse se trouva transformée en commune et fut organisée suivant les lois nouvelles. Le 12 Décembre 1792, le curé Lussignet remit à la municipalité, après inventaire, les registres de l'église paroissiale: 6 volumes anciens et le registre courant, clos et arrêté par le maire. Ce curieux document permettra d'apprécier l'emploi des ressources de la fabrique : location des chaises, vente des fruits et de l'herbe du cimetière etc.
    Délibération des habitants de la commune de St Martial des trante (sic) des plus imposés pour l'établissement de la fabrique de l'église de St Martial du 3 Juin 1806. "Ce jourd'hui trois du mois de juins dix huit cent six, nous Pierre Lavergne et Pierre Guilbaud, habitant de la commune de St Martial, canton de St Macaire, département de la Gironde, étant compris sur la liste des trentes de plus imposés de la commune, et nommés, fabriciens par Monseigneur l'Archevêque de Bordeaux, le vingt-trois mai dernier, de l'église succursale de la commune de St Martial, en exécution de l'article 76 de la loi du 18 Germinal an X et du règlement des fabriques du diocèse confirmé par l'arrêté du gouvernement du 7 vendémiaire an 12 et en vertu de notre nomination de fabriciens, avons convoqué les trente portés sur la liste composant l'assemblée générale de la fabrique pour délibérer et régler à la pluralité des voix pour former et fixer les revenus de l'église, nous étant réunis dans l'église, Monsieur Lussignet, curé présidant l'assemblée, Elie Roche, maire, faisant les fonctions de secrétaire, avons délibéré:
1° Que les bans qui sont actuellement dans l'église seront sortis et qu'il sera fourni par la fabrique des chaises.
2º Prix des chaises et payé d'avance à commencer du jour de la Pentecôte: tous ceux et celles qui se fournissent une chaise pour un an: vingt sols. Si la fabrique les fournit, vingt-cinq sols; les chaises doubles vingt-cinq sols.
    Ceux qui n'afermeront pas les chaises un sou pour chaque fête qu'il sera loisible aux habitants de demander les bancs de l'église, qu'ils conviendront du prix avec la fabrique...
Les bancs du sanctuaire seront réservés pour les chantres ; ceux et celles qui prendront place, aux piliers et bancs de pierre, ils conviendront aussi, avec le fabricant, du prix par an. De plus a été arrêté et convenu que Monsieur le Curé continuera à jouir comme il a fait jusques à présent et même pendant l'an de son décès qu'il en charge ses héritiers + Pierre Lussignet, natif de Marcellus (Lot et Gne) était curé de St Martial au moment de la Révolution. Il prêta serment à la Constitution civile du Clergé. Il déclara cesser ses fonctions le 12e Floréal an II âgé de 73 ans. Il habite la commune depuis 37 ans, у exerçant son ministère. Il reprit ses fonctions en messidor an III à la demande des habitants et se trouvait encore à St Martial à la veille du Concordat.
    Et pour nous conformer à l'article 7 dudit arrêté, avons nommé pour fabricien comptable pris sur la liste des trentes Pierre Bouyre laboureur qu'il a promis de bien réagir et entretenir le devoir de sa place et avons signé.
        Signé : Dumas, Dumas, Chiron, Hameau, Grenier aîné, Peydecastaing, Guilhaut, Bouyre, Lussignet président, Roche maire, secrétaire.

(Le texte ci-dessus est reproduit in-extenso, et l'orthographe ainsi que dans les autres citations a été scrupuleusement respectée)
Suit le règlement de Mgr d’Aviau du Bois de Sanzay, archevêque de Bordeaux fixant le tarif des chaises et bancs dans les églises du diocèse, approuvé par le préfet 5 cent, aux messes basses, 10 cent aux grands messes etc.
Détail des recettes et dépenses pour l'année 1808
Recette faite par moi, fabricien de l'église de St Martial, pour l'an 1808, savoir :
Pour la vente de l'herbe, noix et prunes du cimetière ci 19,25
Restant en caisse en 1807 ci 5,60
Total de la recette : 24,85
Dépense pour ladite année 1808 savoir :
Payé les saintes huiles pour ladite année 5 .
Payé pour de la chaux pour recouvrir l'église ci 10
Total de la dépense 15.
Arrêté par nous...etc... le compte ci-dessus à savoir pour celui de la recette à la somme de 24,85 et pour celui de la dépense à la somme de 15 Frs. Reste en caisse la somme de 9,85.
St Martial, ce 30 Décembre 1808
Le maire : Lanelongue, Bouyre fabricien,
 
    Les années qui font suite présentent peu de modifications. Nous trouvons de ci de là quelques variantes: la location des chaises se monte pour l'année 1809 à 9 Frs. Dépense pour de la bougie 3 F. Petits clous pour la garniture du dais 15 Frs. Dépensé par moi fabricien pour aller chercher ces divers articles à La Réole : 1 Fr
Du 20 septembre 1810 payé pour recrépissage et blanchissage du clocher: 47,50
En 1816 pour recouvrir l'église, journées de l'ouvrier, tuiles et chaux : 26
Une journée d'ouvrier pour le monument du jeudi-saint 1,10
Une paire de burettes 0,15
Achat de 12 chaises 12
Comptes de l'année 1825 :
Reste l'année 1824 23,05
Vente d'un ormeau 70,00
Reçu d'une quête faite dans l'église 45
A domicile 36
Total 174 Frs qui ont été déposés par Monsieur le Curé dans les mains de Monsieur Dupin pour acheter des vases sacrés dont il sera rendu compte l'emplète faite.
-:-
Le 18 Décembre 1834, la commune, n'ayant ni desservant ni conseil de fabrique, a pris le parti d'en assurer elle-même la gestion.
On lit notamment, pour 1835 :
fourni par la fille Triant une journée et deux matinées de cotonnade pour le lit de la servante de M. le Curé...1,30 fr
Drouils d'arène (?) pour la maison curiale... 3 Frs.
Deux pierres sacrées pour les deux autels... 6,50
Payé à Comes, peintre, pour badigeonner l'intérieur de l'église et décorer les arceaux ...25 Frs.
Au percepteur la contribution personnelle de M. le curé pour l'année 1834...14,22
Le total des dépenses se monte à 174,47 ; celui des recettes à 224,28: il restait donc en caisse 49,81.
    Le 7 Octobre 1838, dans une délibération du Conseil de fabrique, il est relaté que la paroisse est annexée à St Germain de Graves. Le conseil procède ensuite à l'inventaire du mobilier de l'église et du presbytère.
L'année 1839 enregistre un déficit de 8,55 mais il est comblé par la générosité d'un des membres du conseil; la balance est égale.
    Le 12 Janvier 1844 le conseil de fabrique procède à l'inventaire du mobilier du presbytère. Ce mobilier s'est enrichi de 6 chaises peintes en rouge. Les ustensiles courants se sont augmentés d'une paire de mouchettes, d'une cuiller à tremper la soupe et d'une marmite et d'un pot en fer à deux jambes.
Nouvel inventaire en 1849 lors de l'installation d'un nouveau desservant. Quelques meubles raffinés sont venus s'ajouter aux précédents et nous trouvons des tables fines, 2 chaises fines en noyer et 2 fauteuils fins en noyer; une garniture de lit rouge avec rideaux blancs... dans la liste des ustensiles de cuisine: un poêlon, une bassinoire, un chaudron, tous trois en cuivre rouge; une casserole en cuivre blanchi; trois couteaux de table, 17 assiettes en faïence blanche dont 15 fendues; 3 plats ronds en faïence 6 tasses à café en grès avec soucoupes dont 3 fendues; huiliers montés; un salin (saloir); un charnier (garde-manger) et un soufflet; un verre à pied, 11 bouteilles de 2 litres et un miroir à cadre doré.
    Suit l'inventaire du mobilier de l'église, dressé le 12 Janvier 1852, à l'arrivée d'un nouveau desservant et qui clôt cet intéressant registre. On peut ainsi suivre pendant un demi-siècle la vie matérielle d'une petite paroisse du Réolais; le document, qui contient' de très nombreux renseignements sera communiqué et commenté lors d'une prochaine réunion de la société et fournira la matière d'autres articles que l'on aura plaisir à trouver dans ces CAHIERS.
Mme A. TOUZET

LES ÉLECTIONS DE 1848
dans le Canton de LA RÉOLE

    L'Exposition qui aura lieu lors du Congrès Départemental des Anciens Combattants les 29 et 30 Avril, permettra au public de voir parmi les marques postales rassemblées et offertes à sa curiosité, une pièce des archives municipales dont le cachet du 3 Septembre 1848 sollicitera son attention et dont la lecture l'intéressera sans doute.
    Il s'agit d'une lettre de Lamartine au Maire de La Réole; seule la signature est de la main du poète :
"L'honneur que j'ai eu d'être quelques jours le représentant de la Gironde m'autorise peut-être à vous adresser ma lettre aux électeurs de ce Département et à vous prier de bien vouloir lui faire donner la publicité dont vous pouvez disposer par les journaux de votre arrondissement.
Recevez, Monsieur le Maire, avec mes remerciements anticipés, l'assurance de ma haute considération”

LAMARTINE
    Lamartine en effet fut élu député de la Gironde en Avril 1848 quand on désigna au scrutin de liste les députés à l'Assemblée Constituante. Son nom figura avec celui de Billaudel, maire de Bordeaux en tête des deux listes départementales. Il figura aussi sur une troisième liste composée à La Réole par Bellot-des-Minières, avocat réolais devenu commandant de la Garde Nationale locale en Février 1848, puis nommé maire de La Réole, le 25 Mars, qui avait dès les premiers jours, manifesté ses sentiments républicains.
    Il avait, le 9 Mars, publié dans "l'Union", un assez long article sur la République: "République, ce mot est maintenant expliqué. Il n'y a pas huit jours ce que beaucoup d'âmes timorées entendaient par république, c'était l'anarchie, le sang, le pillage. Après trois jours de combat, la république est proclamée et ce que l'on voit partout, c'est l'ordre, le respect aux choses et aux personnes. Quelques jours encore et l'on comprendra que ceux qui rêvaient la République devaient le bonheur de la France. Quelle est la royauté qui a fait jouir le peuple de tous les avantages que la République lui promet ! "....
    Bellot-des-Minières avait formé un comité républicain dont il fut le Président, avec pour secrétaires, Armand Caduc avoué, (député, puis sénateur sous la III République) et Jaganneau, Professeur au Collège.
    Ce comité en relation avec le Comité Simiot de Bordeaux et le grand comité central de Paris, forma pour les élections d'avril une liste dont la tête était Lamartine suivi de Bellot-des-Minières, puis de Labrousse.
Contre ce Comité se créa un comité électoral républicain et relation avec le comité central républicain de la Gironde et groupant les noms de Larquey, Gauban, de Seguin, de Laubessa, de Tholouze, Delhomme et Gélineau. Aussi un nommé Albert posa-t-il à ce comité la question suivante: "S'il vous avait été possible d'étouffer la République dites, la main sur la conscience, ne l'auriez-vous pas fusillée au passage?”
    Le scrutin d'avril 1848 avait lieu au suffrage universel au chef-lieu de canton. Lamartine recueillit 99% et Bellot-des-Minières 91% des suffrages exprimés dans le canton de La Réole.
    Lamartine fut élu avec 94% des voix des électeurs du département. Bellot-des-Minières qui n'obtenait que 28% des suffrages départementaux, ne devait plus se représenter devant les électeurs ; se fit nommer juge au tribunal de première instance à Bordeaux en septembre 1848 et fut remplacé à la Mairie de La Réole par Broize, "Les modérés" accusaient d'ailleurs Bellot et son comité de favoriser le communisme, d'être partisan de Ledru-Rollin et d'avoir incité à crier : “A bas les riches, à bas les tyrans".
    De fait le comité Bellot soutiendra Ledru-Rollin en Décembre lorsqu'on élira le Président de la République, lui aussi au suffrage universel direct et manifestera ainsi son attachement à la république démocratique.
    Élu dans 10 départements, Lamartine abandonna son siège de représentant de la Gironde et opta pour la Seine. A cette occasion, le poète adressa une circulaire à ses électeurs girondins pour les remercier et expliquer les raisons de son choix. Cette circulaire fut envoyée dans les différents arrondissements au maire du chef-lieu avec la lettre citée plus haut, qui est une très banale prière de publier dans les journaux de l'arrondissement.
    Les électeurs girondins furent convoqués le 4 Juin 1848 pour élire le remplaçant de Lamartine. Nombreuses furent les abstentions: 64% pour le département, 86% pour le canton de La Réole.
Thiers républicain modéré fut élu avec 43% des votes départementaux. Il avait recueilli à peine le tiers des voix du canton de La Réole qui lui avait préféré Labrousse, candidat démocrate.
Thiers, à son tour, opta aussi pour un autre département où il avait été aussi élu: la Seine Inférieure. On consulta à nouveau les électeurs le 17 Septembre 1848 ; 26% du corps électoral vota et Molé obtint 51% des suffrages exprimés dans le département.
    En Décembre eut lieu l'élection du Président de la République, Lamartine était candidat. Il obtint 357 des voix des 133954 électeurs qui votèrent dans le département. Dans le canton de La Réole (3795 votants) il n'eut qu'une seule voix. Cet unique suffrage avait été exprimé à la section de vote de La Réole (1615 votants). 4172 voix au printemps, une seule à la fin de l'automne. C'était navrant. Les électeurs d'Avril, inexpérimentés, avaient suivi les chefs de file du nouveau régime, lecteurs enthousiastes de l'Histoire des Girondins et admirateurs dé l'orateur de Mâcon. Puis les cadres traditionnels avaient remis la main sur leurs troupes et, forts des difficultés du gouvernement, de la peur du socialisme, "les partageux" avaient reconstitué le parti de la conservation sociale et de la résistance aux innovations jugées dangereuses. Et ce parti de l'ordre soutint la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte, dont l'équivoque programme, et le nom prestigieux allait servir à rallier les masses : 72% des électeurs du canton votèrent pour le Prince.
    Les résultats ne furent connus que le 17 Décembre. Aussitôt la rente de 3% descendue à 41 frs 80 au début du mois, augmenta de 3 frs et atteignit, le 30 : 46,70 frs. Entre la Bourse et la Poésie, l'opinion avait fait son choix.
R. ARAMBOUROU

L'EGLISE ET LE PRIEURÉ DE SAINT BRICE
jusqu'au XVIIIe Siècle

I - L'EGLISE
    L'église de St Brice se dresse au sud du village à proximité de l'emplacement d'une villa gallo-romaine dont certains débris sont incorporés à la maçonnerie.
Remaniée ou reconstruite à la fin du XIV siècle ou au début du XV, elle ne conserve de cette époque que la base du clocher et une partie des murs ouest de la nef.
    Un plan dressé en 1867, à l'occasion d'une restauration importante, nous fait connaître approximativement la disposition de l'ancienne église.
Elle se composait d'un long vaisseau (24 m sur 7,6 m) terminé à l'ouest par le clocher actuel, à l'est par un chevet plat, auquel était adossé une petite sacristie. Sur le flanc sud était construit un bas-côté qui abritait l'autel de la Vierge. Ce bas-côté communiquait sur toute sa longueur avec la nef et un fort pilier bâti dans l'alignement du mur de la nef soutenait deux arcatures en ogive. C'est près de ce pilier qu'on enterrait, de même qu'auprès de la porte percée dans le flanc nord de l'église et "venant de la commanderie".
    L'église, actuelle, de style ogival, date dans ses parties les plus modernes, de 1860. C'est une construction régulière en forme de croix, composée d'une nef à trois travées d'un transept et d'une abside à cinq pans. Entre chacun des bras du transept et l'abside est logée une petite sacristie de même style que l'église.
    Dans cet ensemble un peu grêle, le clocher attire et retient l'attention. Sur sa base rectangulaire formant porche, soutenue par quatre énormes contreforts, il élève à près de dix-sept mètres sa tour octogonale du XVI° siècle. Les fenêtres qui ajourent certaines de ses faces, sont étroites et couvertes par un linteau entaillé en arc surbaissé. Ce moyen était selon Brutails, fréquemment employé, les baies à tête carrée n'étant pas dans le style religieux. Un large toit à huit versants inégaux coiffe cette tour et est soutenu par une charpente remarquable.
    Sur la face méridionale du clocher, percée d'une des fenêtres mentionnées plus haut, trois meurtrières ont été hâtivement creusées un jour d'alerte. Alentour une vingtaine de traces de balles témoigne de l'assaut que dut soutenir cette vénérable bâtisse au moment où les guerres de religion désolaient le pays. A la base de la tour s'ouvre une baie à cintre surbaissé, sans nul ornement.
    La porte qui la ferme est faite de planches épaisses, ferrées de gros clous. Ça et là, de nombreuses marques de tâcheron et notamment vers la gauche, un serpent aux extrémités pattées.
Sur le contrefort de droite, un rudimentaire cadran solaire avec festons est dessiné. Le contrefort de gauche est posé obliquement. Sur la partie inférieure de son larmier, émerge une pierre tronquée qui porte des traces de sculpture. Sur la face du contrefort tournée vers la route, croix pattée que l'on retrouve sur la face interne.
    La façade ouest du clocher est démunie de fenêtres. Toutefois, on y voit quatre meurtrières analogues aux précédentes. Cette face de la tour et celle qui lui est opposée sont de beaucoup les plus considérables de telle sorte que le plan de l'étage supérieur du clocher figure un octogone allongé.
A la base de la tour octogonale une forte rainure entaille les pierres et sé poursuit obliquement sur le contrefort ; quatre consoles placées au dessous indiquent la présence, à une certaine époque, d'un auvent qu'elles devaient soutenir. Quelques pierres évidées servaient de logement aux extrémités des supports en bois.
    Le portail s'ouvre sous des archivoltes à arc brisé. Sur les jambages sont figurées des colonnettes aux chapiteaux ouvragés formés de deux couronnes de feuillages frisé et une bague de pierre; la base est hexagonale. L'arc du portail est recouvert par une corniche qui le double; ses extrémités figurent un visage encapuchonné, très fruste. Deux croix pattées sont gravées sur la même pierre à hauteur des chapiteaux des fausses colonnettes. Deux autres croix apparaissent de part et d'autre de la porte.
    Le contrefort gauche est moins élevé que celui de droite. Son faîte est à deux versants, dont l'un, celui du sud, porte deux pierres sculptées et tronquées. Une croix pattée est gravée sur la face sud. Toutes ces croix, y compris celles de la porte, sont situées sur la même rangée de pierres, par conséquent à une égale hauteur du sol.
    La face nord du clocher est percée d'une fenêtre et de trois meurtrières. Nulle marque de tâcheron n'apparaît sur les pierres du mur qui sont de petit appareil à la base, ni sur celles des contreforts.
La voûte du clocher est soutenue par quatre liernes dont les bases sculptées représentent des feuilles (une à gauche, deux à droite). La clef de voûte est cylindrique, ornée d'une couronne dentée avec un écu figuré au centre.
    On accède au premier étage, c'est-à-dire sur la voûte du clocher au moyen d'une échelle placée dans l'angle occidental ; à droite de la porte. Une deuxième échelle permet d'atteindre le plancher au-dessus duquel est la cloche, dans l'angle sud, sur la panse de laquelle on peut lire :
SEINCT HILERE DE LA CERONA 1578.
    La charpente est un minutieux assemblage de nombreuses pièces de bois.
La partie méridionale de l'église est soutenue par cinq contreforts. Entre le contrefort d'angle et le second de moindre dimension, est percée une fenêtre haute mais étroite à arc brisé. Au niveau de la base de cet arc, l'épaisseur du mur s'accroît et forme un ressaut. Entre le deuxième contrefort et le troisième, s'ouvre une fenêtre de même style que la précédente, mais dont la base est irrégulière, du fait d'un amincissement brusque du mur. C'est là que se fait la soudure entre l'ancienne et la nouvelle construction. Une troisième fenêtre identique aux précédentes s'ouvre avant le transept.
    Celui-ci est soutenu à chaque angle par un contrefort posé de biais à trois larmiers. Le faîte du mur est triangulaire, le crépissage dissimule des pierres de petit appareil. La fenêtre qui éclaire le transept est plus large que les fenêtres de la nef et divisée en trois baies d'inégales hauteurs à deux meneaux à arête aiguë ; le sommet de la baie est à arcs brisés et trilobés; la base est en larmier.
    Une petite sacristie atteignant à peu près la moitié de la hauteur de la nef est construite entre le transept et l'abside; un petit contrefort soutient l'angle libre; une porte à cintre surbaissé s'ouvre à l'est, tandis qu'une petite fenêtre ajoure, la face sud.
    L'abside à cinq pans réguliers est soutenue par quatre contreforts de même style que les précédents. Les trois faces libres sont percées d'une fenêtre haute et étroite à arc brisé et trilobé, sur le bord interne.
L'angle nord-est abrite une petite construction identique à la sacristie; la porte en est murée..
    La partie nord de l'église est semblable à la partie sud; mais l'épaisseur du mur est constante ce qui semble indiquer que jusqu'au transept la maçonnerie n'a point été affectée par la restauration de 1860.
    L'église est voutée ; quatre croisées d'ogive s'appuient sur des colonnes formées de trois colonnettes accolées. Les chapiteaux sont décorés de feuillages, où l'on distingue notamment le chardon.
Une petite porte, dans l'angle sud-ouest de la nef, s'ouvre sur le jardin du presbytère ; c'est elle qui faisait communiquer l'église et la Commanderie et à laquelle il est fait allusion dans les registres paroissiaux.
    Nulle trace ne subsiste du dallage primitif qui recouvrait de nombreuses tombes de privilégiés ensevelis dans l'église..

II - PRIEURÉ ET COMMANDERIE
    Le prieuré de St Brice faisait partie du diocèse de Bazas et dépendait de l'archiprêtré de Jugazan. Celui-ci renfermait l'abbaye de Blasimon, les petites villes de Branne, Rauzan, Pujols, Sauveterre et quarante-sept paroisses. Au Nord, la Dordogne le séparait de l'archiprêtré de Entre-Dordogne, appartenant au diocèse de Bordeaux ; il touchait à l'est aux archiprêtrés de Rimons et de Juillac, au sud à celui de Cuilleron, à l'ouest à celui de Benauge et de l'Entre-deux Mers.
    L'archiprêtré de Jugazan était divisé en châtellenies et juridictions civiles sur lesquelles l'autorité religieuse n'exerçait aucun pouvoir. Les juridictions de Blaignac, Rauzan, Civrac, Rigaud, Sauveterre (dont dépendait St Brice) avaient leur territoire entièrement contenu dans l'étendue de l'archiprêtré.     Celles de Benauge, Saint-Macaire, Pommiers, Pujols y possédaient quelques paroisses ; l'abbaye de Blasimon avec la paroisse formait une juridiction. Les Templiers y avaient les Commanderies de Villemartin, Sallebruneau, Ruch.
    Saint Brice fut un moment une dépendance de la Commanderie de Montarouch.
Au début du XIIIe, des dîmes y étaient perçues par Bertrand (2) chevalier de Saint Jean de Jérusalem qui, en 1215, reconnut les tenir de Guillaume, évêque de Bazas, Un hôpital fondé par les Chevaliers de Malte, aurait existé à Saint Brice, au village de Lionnet, il n'en subsiste aucun vestige.
    Au XVIIe siècle, le prieuré de Saint Brice est entré les mains de Commandeurs dépendant du Monastère de Saint Antoine de Pondaurat. Les religieux de Saint Antoine constituaient une Congrégation fondée en 1070, dans le dessein d'apaiser les souffrances de ceux qui étaient atteints du mal des Ardents ou Feu de Saint Antoine, sorte de gangrène qui sous forme d'épidémie apparut en France, Allemagne, Espagne, Sicile, du XlI au XIII siècles. La première maison des Chanoines réguliers de Saint Antoine, établie près de Vienne en Dauphiné, possédait les reliques de Saint Antoine, apportées de Constantinople. Une filiale de Saint Antoine de Viennois existait à Pondaurat, où l'hôpital obtint des lettres de protection des rois d'Angleterre.
    Notons cependant que le Commandeur de Montarouch continuait de percevoir des droits seigneuriaux à Saint Brice (1649).

III - DESSERVANTS
Du XVIIe siècle à la Révolution, dix-sept prêtres ont successivement dirigé le prieuré de Saint Brice.
Heyraud en 1658 et au début de 1659.
Dumartin de 1659 à 1667; pendant son ministère cinq religieux président aux enregistrements des baptêmes, mariages et inhumations : Courault, Brudoux, Charrier, Ducasse; la plupart signent : religieux de Saint Antoine. Le 6 mai 1666, le prieur note laconiquement: "L'étoile de Sauveterre morte".
Était-il astrologue ?
    En 1668, les curés Agès et Aleman, ce dernier, curé de Coirac, remplacent le prieur de Saint Brice.
Costes dirige le prieuré de 1669 à 1671. C'est à cette époque que surgit le différend entre ce prêtre et celui de Coirac, ce dernier ayant, le 9 juillet 1671, baptisé Antoine Ringran, sans y avoir été autorisé par le curé de Saint Brice. Cette affaire eut son dénouement le 24 Juillet 1671, date à laquelle "le dit Aleman curé de Coirac feust cité en Congrégation à Bazas pour avoir fait le susdit baptême dans son Église de Coirac et fut condamné à demander au vicaire de baptistaire la permission de luy escrire le baptesme qu'il disoit avoir fait par nécessité de maladie et danger de mort, ce qui estoit faux".
Rouffranges, curé de Daubèze, supplée le prieur de St. Brice en 1669 et Prat, curé de la même paroisse, enregistre jusqu'en 1672.

(1) Bertrand de Puch, seigneur de Brugnac, percevait les dîmes de Pujols, Brugnac, Ruch, Pey de Castets, Sallebruneau, Coirac et Saint Brice, au devoir envers l'évêque de Bazas de 8 poignées de froment de rente annuelle portée à Sainte Radegonde, et une lance en fer doré.
A partir de cette date et jusqu'en 1691, De Planis, Bourniol, Frère Charles Hardy se succédèrent.
Ce dernier, qui signe religieux de Saint Antoine de Viennois est aidé par Frère François Thomé et Frère Claude Hessler.
Desartines, chanoine régulier de Saint Antoine de Vienne, lui succède le 8 octobre 1691 et cède, en juin 1695, la direction du prieuré à François Clavel, chanoine régulier du même ordre, curé de la commanderie de Saint Antoine. Il accueille le 15 mai 1697, "veille de l'ascension de Notre-Seigneur", Monseigneur l'évêque de Bazas, Jacques Joseph de Gourgue, qui visite l'église. En avril 1701 a lieu le Synode, "pendant lequel un enfant de Nicolas Garliaud reçut l'eau baptismale et fut enseveli sans prêtre".
    Le curé Carel, 1704-1702, fut aidé par Duvignac, curé de Coirac, Décemps curé de St. Genis et Frère Fournet, religieux de Saint Antoine.
Fayard, Commandeur de St. Brice, Frère Charles Le Jeune (1717-1720) et Canat se succèdent de 1712 à 1735. Ce dernier note dans son registre: "La nuit du 15e au 16e jour de décembre, nuit fort pluvieuse, on entra dans la commanderie par la fenêtre qu'on enfonça, où l'on prit toutte la vaisselle d'estain et deux chandeliers de laiton et autres (choses) à manger."
    Le prieur Janat meurt à Saint Brice, le 16 mai 1735, à l'âge de 70 ans. Une grande cérémonie eut lieu le lendemain à l'occasion de ses funérailles, auxquelles assistèrent dix curés et de nombreuses personnalités des paroisses voisines, parmi lesquelles Monsieur de La Motte, seigneur de Martres et Pierre Desnoues, bourgeois. La messe fut dite par Ciguès, curé de Frontenac ; le défunt fut enseveli près du Chœur, du côté de l'Epitre, dans l'église paroissiale de Saint Brice ; il avait reçu les derniers sacrements "avec une édification exemplaire et une grande piété, digne fruit de sa patience et de sa résignation au milieu de douleurs très longues et très aigües".
Mayeur (1735-1738), Frère Desportes (1738-1750) et Rigot (1750-1760), dirigèrent successivement le prieuré. Le curé Rigot mourut à la tâche et fut enseveli le 29 octobre 1760 dans l'église paroissiale, "Les sieurs De Gros et La Grange, commandeurs et curés l'un de Clérac, l'autre de St. Antoine assistèrent à ses funérailles. Le curé Massé, qui succédait au défunt, inscrivit sur son registre:" Après avoir donné durant les quinze années de son ministère, des preuves sensibles de son amour extrême pour la régularité et de son zèle infatigable pour le salut des âmes confiées à ses soins, il continua à édifier dans les derniers instants de sa vie, par sa patience dans ses maux, par sa piété dans la réception des Sacrements et par sa soumission à la volonté qui l'appela à lui à l'âge de 49 ans." (3)
P. BECAMPS
(1)  C'est le président Mac-Mahon, venu constater les dégâts causés en 1875 par une crue de la Garonne, qui se serait exclamé, sans beaucoup d'imagination : « Que d'eau, que d'eau ! ». La légende veut qu'un préfet fort zélé lui ait répondu : « Et encore, Monsieur le Président, vous n'en voyez que le dessus…" (A La Réole ??).
(3)  Archives Municipales. de St. Brice : Registres paroissiaux

Cahiers du Réolais par auteur ICI par article ICI

Sommaire du blog   Cahiers du Réolais par auteur   ICI     par article   ICI Historique des cahiers LES AMIS DU VIEUX REOLAIS EXTRAITS DES ...

Cahiers du Réolais par auteur  ICI   par article  ICI


LES AMIS DU VIEUX REOLAIS


EXTRAITS DES STATUTS
Article 2 - La Société a pour but de rechercher, conserver et faire connaître au moyen d'expositions, conférences, publications etc. tout ce qui, dans la région de La Réole se rapporte au passé au point de vue historique, géographique, littéraire, folklorique ou anecdotique, et ceci dans un but désintéressé.

Article 3 - La Société comprend :
a/ Des Membres d'Honneur (ce titre est accordé aux personnes qui se sont distinguées par les services rendus à la société ou dont le haut patronage est souhaitable. Aucune cotisation n'est exigée des Membres d'Honneur).
b/ Des membres actifs payant une cotisation annuelle.
c/ Des membres correspondants.
Article 6-Le montant des cotisations est fixé chaque année par l'Assemblée Générale, sur proposition du bureau (cotisations des membres actifs pour l'année 1949 : 120 Frs.)

Comité d'Honneur
Monsieur SOURBET, Député de la Gironde, Maire de Morizès
Monsieur le Sous-Préfet de l'Arrondissement
Monsieur le Maire de La Réole

Membres d'Honneur
Monseigneur Jean GUYOT, Evêque Auxiliaire de Coutances
M. M. Aussaresses à Bordeaux
le Général Boucard, Commandant Supérieur du Train, à Paris
le Professeur Pierre Broustet, de la Faculté de Médecine de Bordeaux
Georges Dupont, Directeur de l'Ecole Normale Supérieure
le Professeur Guyot, Professeur Honoraire Faculté de Médecine de Bx
Loirette, Archiviste Honoraire, à Bordeaux
Jean Merlaut, Ancien Bâtonnier, à Bordeaux
Guillaume Saget, Sculpteur, à Paris
Roger Simon, Président de Cour d'Appel

Bureau actif, élu pour l'année :
Président : Lucien Jamet
Vice-Présidents : Mlle Thérèse Nadaud (+1949), M. le Général Counilh
M. Vissières-Laporterie, Adjoint au Maire, M. Fontain
Secrétaire : M. Pierre Laville
Secrétaire Adjoint ; M. Henri Dubourdieu
Trésorier : M. Maurice Abadie
Archiviste et Conservateur Musée : M. Camille Biot
Sommaire
I - In Memoriam  Thérèse Nadeau 
La Procession sur l'eau (Sonnet), La Vieille Fontaine (Sonnet)
II - Essai sur la Population Réolaise
Renseignements divers
Cahiers de Doléances de la Commune de Loupiac-de-la-Réole 1789
Jean de La Réoule
Les Amis du Vieux Réolais : extraits des Statuts Administration

Le Bureau : Thérèse Nadeau, R. Arambourou,  G. Dumeste,  L. Jamet
Tous droits de reproduction réservés
Dépôt légal conformément à la loi.
Adresser manuscrits et communications au Rédacteur :
R.ARAMBOUROU à La Réole

I - IN MEMORIAM : THÉRÈSE NADEAU

    A peine notre Société venait-elle de constituer son Bureau, que nous apprenions avec une pénible surprise la disparition de notre première Vice-Présidente, Mlle. Thérèse NADEAU, qu'une brève maladie venait d'enlever à l'affection de ses parents et de ses amis.
    Mlle NADEAU était une personnalité sympathique de notre ville. Par son père, Président du Tribunal Civil, et son Grand-Père Jean Renou, Maire de La Réole à plusieurs reprises et pendant plus de quinze années consécutives, elle appartenait à une vieille famille de chez nous. Elle-même avait passé toute son existence à La Réole, où elle était connue de toute la population, et où tout le monde l’estimait parce qu'on avait pu, à maintes reprises, apprécier son bon cœur et son dévouement.
    Elle avait prouvé son dévouement d'abord au cours de la guerre 14-18 en servant comme infirmière bénévole dans nos hôpitaux militaires. Elle avait eu l'occasion de le montrer plus récemment en aidant à accueillir les repliés de l'Est et les réfugiés, en s'occupant avec zèle du Colis du Prisonnier et de toutes les œuvres de la Croix-Rouge. Elle accomplissait ces tâches avec une invariable bonne humeur, un optimisme jamais en défaut ce qui n'était pas un des moindres charmes de son caractère.
    Ceux qui la connaissaient plus intimement, savaient quelle finesse d'esprit et quelle érudition dissimulaient sa modestie naturelle. Elle connaissait à fond le passé de notre ville, son folklore, ses coutumes et quand on voulait préciser un détail sur quelques points d'histoire locale, on était sûr de trouver chez elle des renseignements précis et des documents de valeur. Présidente des "Réoulès", presque depuis les débuts de cette société, elle avait tenu, malgré les fatigues des voyages, à accompagner nos jeunes compatriotes dans toutes leurs sorties, partout où ils allèrent faire connaître danses et chants de notre terroir.
    Notre ville, notre fleuve, nos coteaux, nos paysages lui avaient inspiré des vers charmants pour lesquels elle avait obtenu de hautes récompenses aux Jeux Floraux d'Aquitaine.
    Elle fut une des premières à répondre à notre appel lorsqu'il fut question de fonder “Les Amis du Vieux Réolais” et se faisait une joie de participer aux travaux de notre société. Son concours, dans toutes nos manifestations, eut été précieux, et nous n'en ressentons que plus vivement sa perte.
    Il est légitime que soient consacrées à Thérèse NADEAU les premières feuilles de ces Cahiers auxquels elle eût si volontiers collaboré, et nous lui rendons un dernier hommage en publiant ici deux Sonnets inédits où se retrouve toute la délicatesse de pensée et d'expression de notre regrettée compatriote.
Le Bureau.

LA PROCESSION SUR L'EAU
Sur le fleuve où se mire un ciel bleu de printemps
Le bateau pavoisé glisse avec nonchalance ;
De sa corne effilée ainsi qu'un fer de lance
Tombé un long pavillon de la couleur du temps.

Sur la proue, abrité de grands volumes flottants,
Parmi les rameaux verts que la brise balance,
Jaillit le crucifix qui vers le ciel s'élance
Au-dessus des clergeons en habits éclatants.

Le fifre fait entendre avec des notes claires
Le plus aimé de tous nos vieux airs populaires
Aux purs accents gaulois, laudatifs et railleurs.

Et le vent qui l'emporte au lointain de la rive
Mêle en trainant sur l'eau les refrains gouailleurs,
Les souvenirs anciens à l'heure fugitive.

LA VIEILLE FONTAINE
Arrête toi, Passant, près de cette fontaine
Dont l'eau claire qui fuit au ruisseau chevrotant
Coule d'un bronze ancien, mascaron jabotant,
Comme on les ciselait naguère, en Aquitaine.

Ses degrés de granit s'ornent de marjolaine ;
Son bras de fer s'élève et s'abaisse en chantant ;
Sur la face que dore un soleil éclatant
On lit, presque effacés, une date lointaine.

Souvent, comme autrefois, une cruche à la main,
On voit une fillette au fin profil romain
Ecouter un galant alors que la nuit tombe,

Et la flèche d'Eros blesse un cœur tous les jours 
Près de la source claire ou s'ébat la colombe
L'Amour est d'aujourd'hui, de jadis, de toujours.
Thérèse Nadeau,
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

ESSAI SUR LA POPULATION DE LA RÉOLE -

    A s'en tenir aux chiffres bruts, la population de La Réole s'est accrue de 20% de 1821 à 1946.
La guerre de 1870-71 et le phylloxéra ont légèrement ralenti un mouvement croissant jusqu'en 1901, celle de 1914-18 a brutalement accentué un mouvement descendant amorcé après 1901, enfin celle de 1939-45 a exagéré la lente reprise constatée entre 1921 et 1936.
    L'excédent des naissances sur les décès de 1946 à 1948 inclus doit assurer au prochain dénombrement un total au moins égal au précédent sinon supérieur.
    On pourrait donc être optimiste sur les perspectives de développement de la ville et à bon droit estimer que la guerre de 1939-1945 a largement compensé au seul point de vue numérique les pertes du premier conflit mondial Cette impression est-elle bien fondée ?
    Si nous comparons les résultats officiels des dénombrements de la population et l'effectif calculé en fonction des naissances et décès enregistrés par l'état civil au cours des mêmes périodes, nous voyons que sauf en 1831, 1841, 1861 et 1891 où il y a l'émigration, l'effectif constaté étant supérieur à l'effectif calculé il y a une importante arrivée de gens venus habiter La Réole.
Cette immigration apparente est responsable de l'accroissement général.

    De 1881 à 1936 l'origine des populations étant indiquées nous remarquons une progression constante du nombre des étrangers et des Français nés hors de la commune. Pour ces derniers le maximum est atteint en 1926. Il n'est pas sans intérêt de constater que parmi les immigrants issus du département de la Gironde (les plus nombreux) l'effectif des habitants originaires des communes de la rive gauche de la Garonne est plus important que celui de la rive droite pourtant légèrement supérieur jusqu'en 1906 : moins du tiers de la population est originaire de La Réole, en 1926.
    Si nous examinons maintenant la structure de cette population, trois remarques s'imposent à nous.
D'abord la répartition par âge des habitants nous montre de 1851 à 1946 une diminution des jeunes (jusqu'à 19 ans) et des adultes (de 20 à 59 ans) respectivement de 30 à 28% et de 56 à 54% du total et une nette augmentation du nombre des personnes de plus de 60 ans de 14 à 18%.
La population réolaise vieillit.

    Au cours de ces 95 ans, la proportion des éléments féminins passe de 51 à 55% et cet accroissement affecte toutes les catégories d'âge : les adultes et surtout les plus de 60 ans, ce qui est normal car la mortalité masculine est la plus forte, mais aussi les moins de 20 ans dont l'effectif féminin passe de 49,5 à 55%, ce qui n'est pas pour atténuer dans l'avenir l'écart dans la répartition par sexe.
Enfin le classement professionnel de la population fait apparaître des modifications non moins importantes: 61% de la population travaillait en 1851, 50% seulement en 1946. Si le nombre des rentiers et retraités est resté à peu prés stationnaire, celui des femmes et des enfants sans activité professionnelle est passé de 34,5 à 45,6 % traduisant une amélioration notable du niveau de vie, encore que la diminution considérable du nombre des domestiques de 164,6% indique que, si le sort des enfants s'est amélioré, celui de la femme a dû diminuer de l'accroissement de toutes les charges ménagères.

    Non moins significative est l'évolution des professions fonctionnaires et employés triplent leurs effectifs, mais les agriculteurs s'accroissent à peine d'un tiers, surtout les commerçants et artisans passent de 28 à 12,6% du total de la population active. Cette diminution est le symptôme le plus évident d'une concentration de ces professions et le fait est souligné par l'accroissement considérable du nombré des employés.
    La fortune est moins partagée qu'autrefois. Il est frappant de constater que l'ensemble fonctionnaires, commerçants et artisans et employés est presque identique à 95 ans de distance : le salarié de l'Etat ou d'un patron a donc remplacé le petit entrepreneur indépendant.
    Si nous envisageons enfin la répartition des habitants sur le territoire communal, nous constatons que pour les quartiers situés entre la Garonne et les rues Gambetta et Gabriel Chaigne d'une part, et d'autre part la rue de l'Abattoir à l'Ouest et le chemin de ronde à l'Est la population croît jusqu'en 1901, puis diminue ensuite.
    Au nord de cette première zone, en gros la vieille ville, le quartier à l'Ouest de l'avenue Carnot atteint son maximum en 1891, à l'Est seulement en 1911. Hors les murs le Rouergue décroît à partir de 1906 mais le territoire rural est en progrès, sauf dans la partie à l'Est de l'ensemble Justice Recluse.
    Le Mahon où il y a régression de 1891 à 1936 avec ensuite un brusque accroissement.

Quelles conclusions tirer de ces sondages?
    La population s'accroît alors que celle du canton diminue exprimant ainsi le rôle urbain de la Réole dont la croissance est due à l'exode rural. Mais cette augmentation est faible au regard de celle des autres villes du département de 1820 à 1946, alors que la Réole augmente de 20% ; Libourne s'accroît de 230% et Bordeaux de 284 %. C'est là le symptôme grave du déclin dans lequel sommeillent tant d'autres vieilles petites villes, simples et brèves haltes des ruraux dans leurs marches vers les grands centres urbains ; car la circulation intensifiée a accéléré ce mouvement très lent jadis de centre de transit, fonction normale d'une ville.
     Ce renouvellement de la population pose la question de l'absorption des immigrants, ou de l'altération progressive jusqu'à sa disparition, du caractère particulier de l'agglomération. Retenant peu, les éléments jeunes ne restent pas à la Réole et la proportion âgées augmente dangereusement pour l'équilibre biologique, économique et financier de la commune et de ses habitants dont les charges s'accroissent d'autant plus que le nombre des producteurs diminue par émigration et surtout par baisse de la natalité.
    Ainsi se trouve réalisé "ce fameux cycle infernal" dont le déficit budgétaire, l'équilibre des salaires et des prix ne sont que des aspects. Combien plus grave est la menace qui pèse sur l'existence même de l'espèce humaine simplement pour avoir essayé de mesurer la vie à l'aune de l'égoïsme individuel.
    Pourtant la nature semble contrebalancer ces calculs en faisant naître plus de filles que de garçons, accroissant ainsi les chances de maternité et opposant là comme dans tous les domaines au malthusianisme des hommes la grande loi universelle de la fécondité.
    Malgré tout, la répartition des habitants, par la décongestion du vieux noyau de peuplement et l'augmentation de la population hors des anciennes limites montre l'urbanisation de l'ensemble du territoire communal.


    Et cela est aussi un phénomène caractéristique de l'existence des villes à l'époque contemporaine.
Cette extension dans l'espace, l'immigration constante des ruraux, l'accroissement du nombre des salariés sont les caractères généraux des villes. Mais la faiblesse du développement numérique de la population, l'absence presque totale d'industrie moderne, la diminution des fonctions administratives depuis le transfert de la sous-préfecture à Langon montrent que la ville disparaît peu à peu, remplacée par un bourg rural.
    Brutalement, les faits sont là, bien différents sans doute des impressions éprouvées par les Réolais de vieille souche dont l'amour de leur petite patrie transpose la réalité qu'ils voient à travers leurs souvenirs.
    La question de la population est fondamentale, elle conditionné tout, du bien-être familial jusqu'à la paix.
De l'intérêt qu'on y porte dépend en définitive la vie ou la mort.
    Certes, la natalité s'est considérablement relevée. C'est la première fois depuis un siècle que pendant trois années consécutives le nombre des nouveau-nés dépasse celui des morts. Mais ne nous y trompons pas, chaque après-guerre apporte toujours un accroissement de naissances, celles qui n'ont pas pu avoir lieu au cours du conflit des naissances différées. L'avenir seul nous confirmera si ce mouvement est temporaire ou non, et si la volonté de vivre prendra enfin le pas sur les petits calculs égoïstes et mortels.

R. ARAMBOUROU

-:-DIVERS-:-

ARMOIRIES : Les armoiries de la Réole sont d'azur à la porte de ville flanquée de tours d'argent sommée de deux autres tours du même, le tout maçonné de sable et surmonté de trois fleurs de lys d'or rangées en chef, avec la légende :
URBS REGULA DUCATUS AQUITANIAE     
    Octave Gauban, dans son “Histoire de la Réole” (1873) attribue la concession de ces armoiries à Louis XIII, lorsque ce prince fit reconstruire le château des Quat ’Sos en 1224
Les fleurs de lys furent accordées en 1453 par Charles VII pour récompenser les Réolais de leur fidélité à la cause royale, lorsque la trahison du Sire de Lesparre rappela les Anglais en Guyenne.
    Ces armoiries furent confirmées le 3 Avril 1824, par lettres patentes de Louis XVIII dont l'original a été confié par la Municipalité au Musée de la ville.

POPULATION :  4.491 habitants. (Recensement de 1946) 
ALTITUDE : au perron de la Mairie 36 mètres, à la porte d'entrée de l'Hôpital: 49 mètres.
LATITUDE  : 44° 22′ 30″
LONGITUDE OUEST : 2° 22' 30"
Le méridien O de Greenwich passe un peu à l'Est de la ville.


------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
CAHIER DES PLAINTES ET DOLÉANCES DE LA PAROISSE DE LOUPIAC 
représentée par Pierre LABARDE et Pierre DUZAN, leurs députés pour être porté à l'Assemblée Générale devant M. le Grand SÉNÉCHAL de BAZAS le dix du courant.

Article 1.
Que les impositions royales soient réparties sur les trois ordres de l'Etat par proportion et égalité, et qu'elles soient comprises dans un seul et même rôle, pour être perçues sans le ministère d'huissier par un préposé établi dans chaque paroisse muni de pouvoirs, à aussi moins de frais qu'il sera possible.
Article 2.
Que les vingtièmes, capitations et industrie soient abolies de même que les droits sur les vins, viandes et sur les cuirs.
Article 3.
Que la corvée se fasse par les trois ordres de l'État par proportion et égalité sans distinction, et à portée des chantiers, le plus près possible des endroits.
Article 4.
Qu'il sera fait un arpentement général des biens pour être encadastrés afin de distinguer les fonds du 1º, 2º, 3º degré afin d'associer l'impôt avec proportion et égalité.
Article 5.
Que la dîme soit abolie, n'étant pas d'institution divine mais usurpée ; les curés pensionnés par proportion et suivant l'étendue de leurs paroisses et travaux spirituels.
Article 6.
Qu'il soit permis aux vassaux de se racheter de leurs rentes et agrier envers les seigneurs ou amortissement en payant un certain capital dans un long délai.
Article 7.
Que les Bureaux de Ferme soient transportés sur les frontières du royaume pour y être perçus les droits d'entrée et de sortie et le commerce libre dans l'intérieur
Article 8.
Que la justice s'expédie gratis et que lesdits procès ne puissent durer qu'un an en première instance.
Article 9.
Que la justice criminelle ne soit pas confiée à un seul officier, qu'il y ait au moins trois juges pour instruire les procès à cause des abus qu'un seul officier peut commettre,

Cahier de plaintes et doléances présenté par Pierre DUZAN et Pierre LABARDE députés par la paroisse de LOUPIAC pour se rendre au Sénéchal de BAZAS le 10 Mars 1789.
signé : DUZAN
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Ce cahier est accompagné du procès-verbal de nomination des délégués de la paroisse.

    Aujourd'hui 4 Mars 1789, par devant Nous Pierre DELOUSTAU, avocat au Parlement, Conseiller du Roi, Juge Royal en chef de la ville et Prévôté de La Réole, Commissaire à ce député par Monsieur le Grand Sénéchal de BAZAS, ont comparu en l'hôtel commun de la présente ville, 
    sieur Pierre LABARDE, agent de M. le Président de PECHARD, Pierre BROUSTET, François BROUSTET, Henri CONSTANT, Jean BARON, Pierre DUZAN et Jacques BOUCHE, Michel R..UT, autre FRANÇOIS BROUSTET et François PICON, 
    les tous habitants de la paroisse de LOUPIAC, en cette juridiction, tous nés français, ladite paroisse composée de soixante pieds de feux ; lesquels après avoir mûrement délibéré sur le choix des députés qu'ils sont tenus de nommer en conformité des lettres du roi, ont unanimement et d'une commune voix nommé ledit sieur LABARDE, Agent et Pierre DUZAN, faiseur d'araires, qui ont accepté ladite commission et promis de s'en acquitter fidèlement.
    Ladite nomination ainsi faite, lesdits habitants ont en notre présence remis audit Pierre LABARDE et DUZAN, leurs députés, leur cahier afin de le porter à l'assemblée qui se tiendra à BAZAS le dix de ce mois devant Mr DE PIIS, Grand Sénéchal d'Épée du BAZADAIS, auxquels ils donnent pouvoir de proposer, remontrer, aviser et consentir tout ce qui peut concerner le bien de l'Etat, la réforme des abus, l'établissement d'un ordre fixe et durable dans tout le royaume. De laquelle délibération et nomination octroyons acte avons signé.
signé: DELOUSTAU

    Il est intéressant de constater l'intérêt soulevé dans une petite paroisse du Réolais par la convocation des Etats Généraux de 1789 et de noter que dans le cahier de plaintes et de doléances, les revendications d'ordre local (perception des impôts, proximité des chantiers pour la corvée ...) se retrouvent parmi des revendications d'ordre plus général.
A noter également le petit nombre d'électeurs, 8, pour une population de 60 pieds de feux et qu'un seul délégué, Pierre DUZAN savait signer son nom.
A signaler que les descendants de Pierre DUZAN habitent actuellement à Loupiac de La Réole un lieu-dit "l'ARAYEY", mot patois signifiant "faiseur d'araires".
    G. DUMESTE
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
-:-:-:-:-JEAN DE LA REOULE:-:-:-:-:-

LA STATUE :
    Faut-il voir dans le petit guerrier, moustachu, en uniforme de garde française, qui est de faction à l'angle du Turon et de la Rue des Frères Faucher, l'image d'un Réolais héroïque dont le nom exact et les exploits sont aujourd'hui perdus dans l'oubli ?
    C'est l'opinion de Dupin et Gauban, les deux érudits historiens de La Réole. Ils rapportent qu'en 1210, millésime gravé sur le socle de la statuette La Réole était en guerre avec Agen. Il se peut qu'un habitant de notre ville se soit rendu célèbre par son courage et ses faits d'armes au point que ses concitoyens reconnaissants lui aient élevé une statue.
    Placée aux limites de la ville, sur une Porte du Turon, face au levant d'où pouvaient venir les ennemis, cette statuette, en bois, y serait restée jusqu'en 1764, année où la Porte fut démolie.
    Comme elle tombait en vétusté, après cinq siècles d'existence, on la remplaça par une autre mais si l'on prit soin de reproduire la date de 1210, et peut-être le socle lui-même, l'image nouvelle fut celle d'un soldat de l'époque, sans que l'anachronisme parut choquant.
    Depuis lors, Jean de La Réoule, en son bel habit bleu, surveille la route d'Agen, pique en main et tricorne au chef.

    Aucune pièce de nos archives, aucune tradition locale qu'un chercheur comme Michel Dupin n'eut pas manqué de recueillir, n'a gardé le souvenir du soi-disant héros réolais.
Aussi est-on porté à se demander s'il ne s'agit pas d'un personnage imaginaire, comme semblerait l'indiquer par ailleurs son prénom si commun, quelque cousin des légendaires Jean de Nivelle ou Jean de la Lune?
    La vieille statue de bois primitive fût-elle placée sur la route du Turon en commémoration d'un fait d'armes ? Était-ce plus simplement une quelconque image, très antique, fixée sur la muraille lors de sa construction, et baptisée "Jean de La Réoule" par les habitants pour donner un visage et un corps au personnage de la chanson? On pense à la tête du "Moyssac" qui orne la façade de la vieille église de Moissac, et au buste de cette "Dame Carcas" si peu historique à l'entrée de la Cité de Carcassonne ...

    En l'absence de documents, il est impossible de choisir parmi des hypothèses diverses: Jean de La Réoule continue sa garde séculaire et ne se soucie point de savoir si le secret de son existence sera ou non percé un jour.

LA CHANSON :
Réel ou imaginaire nous retrouvons "Jean de La Réoule” dans une chanson très ancienne et très gaillarde.
    Il ne s'agit plus cette fois, d'un héros légendaire, statufié par ses concitoyens, mais plutôt d'un personnage un peu naïf, mari infortuné et dont chacun se gausse. 
    "Jean de La Réoule" est ce qu'on appelle une chanson de ”ville", ou chanson particulière à une communauté urbaine, créée par ses habitants, et complément habituel de toutes les manifestations collectives de la vie publique. Elle rentre par certains côtés dans le cycle des compositions populaires portant sur des types un peu ridicules ou singuliers, mais sympathiques cependant.
    L'air en est entraînant, les paroles alertes et légères. Tel qu'il nous a été transmis, le texte en est certainement incomplet. Le premier couplet, sans rapport avec les suivants, devait appartenir à une version primitive, chanson de mariniers, très probablement série de strophes où Jean de la Réoule faisait des réponses plaisantes ou grotesques aux questions saugrenues qui lui étaient posées. Dans cette version n'a été conservée qu'une strophe, la première sans doute, puisqu'on se rappelle toujours plus facilement le début d'une chanson, et l'on a brodé sur les autres strophes des variations qui ont complètement modifié l'ensemble.
    La préférence pour cette deuxième version, l'oubli presque total de la première, dut être favorisée par un fait local, sans qu'on puisse aujourd'hui en trouver trace. Mais il est facile d'imaginer quelque personnage connu de tous, un peu "idiot-de-village", que l'on prenait plaisir à faire enrager en lui serinant ces couplets moqueurs peut-être un ménage, mari benêt, femme simplette, dont une aventure fit du bruit en son temps, et fut pour les Réolais le prétexte de plaisanteries nombreuses.
Que nous voilà loin du vaillant guerrier auteur d'exploits étourdissants !

La première strophe de la chanson est la suivante :
Jean de La Réoule, moun amio, (bis)                      Jean de La Réole, mon ami, (bis)
A quale hore soun les mareyes?(bis)                       A quelle heure sont les marées? (bis)
-A queste neyt, à mige-neyt,                                    Cette nuit à minuit
A toute hore, à toute hore,                                      À toute heure, À toute heure
A queste neyt, à mige-neyt,                                    Cette nuit, à minuit,.
A toute hore de la neyt                                            À toute heure de le nuit

On chantait ensuite :
Jean de La Réoule, moun amic, (bis)                      Jean de La Réole, mon ami,
Ahl que ta femme est maou couhade (bis)              Ah! que ta femme est mal coiffée !
Mène-me là, te la couherey,                                     Amène-là moi, je te la coifferai
A l'oumbrette, à l'oumbrette,                                   A l'ombrette...
Mène-me là, te la couherey                                      Amène-là moi, je te la coifferai
A l'oumbrette daou perseguey.                                 A l'ombrette du pêcher.

    La femme de Jean de La Réoule était ensuite déclarée "maou cintade" (mal attifée), "maou justade" (mal ajustée),"maou jupade" et "maou caoussade", et on insistait toujours dans les mêmes termes, auprès de son mari, pour lui faire confier à un autre le soin de mieux l'attifer, l'ajuster, lui arranger sa jupe ou ses chaussures.
    A la strophe "Ah! que ta femme est maou couhade (mal coiffée), la malice populaire eut vite fait, vers la fin du XVIº siècle vraisemblablement, de substituer une variante "maou couyade" (mal...besognée), d'où est sortie une troisième version, qui est la version actuelle :

Jean de La Réoule, moun amic,                              Jean de La Réole, mon ami,
Ah! que ta femme es maou couyade!                    Ah! que ta femme est mal... besognée!
Mène-me là, te la couyerey,                                    Amène-la moi, etc…
A l'oumbrette, à l'oumbrette,
Mène-me lå, te la couyerey,
A l'oumbrette daou perseguey,

II
Puisque te trobes décidat,                                          Puisque te voilà décidé,
en douman matin à boune hore,                                 Viens demain matin de bonne heure,
Te la couyerey à ton agrat,                                         Je te la .... besognerai à ton gré,
A toun plesi et à la mode,                                          A ton plaisir et à la mode,
En puy li baillerey lou plec                                       Et puis je lui donnerai le pli etc... ...
De la couyure, de la couyure,
En puy li baillerey lou plec
De la couýure daous Réoules.

III
Tu quès un guerrier distinguat,                                  Toi qui es un guerrier distingué,
Counserbe lou fruyt de ta femme;                              Conserve le fruit de ta femme;
Hey tchaou que ne s'aborti pas                                  Prends garde qu'elle n'avorte pas,
Qu'harès une porte bien grande !                              Tu ferais une bien grande perte.
Car ère te pourte un gouyat,                                      Car elle te portera un fils,
Qu'hara la glouare, qu'hara la glouare,                      Qui fera la gloire, etc...
Car ère te pourte un gouyat                                       Car elle te portera un fils,
Qu'hara la glouare de la cioutat.                               Qui fera la gloire de la cité

IV
A la nechense de soun hill                                      A la naissance de son fils,
Quand celebreran lou bateyme,                              Quand on célèbrera le baptême,
Hey ourna la gleyze de lis,                                     Fais orner l'église de lys,
Maride lou d'amb une reyne,                                  Marie-le avec une reine.
Et la peis per lors règnera                                       Et désormais la paix règnera
Deden La Réoule, deden La Réoule,                     Dans La Réole...... etc.
Et la peis per lors règnera                                      Et désormais la paix règnera  
Deden La Réoule tent que bioura.                         Dans La Réole, tant qu'il vivra

    Avec les mariniers qui la chantaient en manœuvrant leur bateau, cette chanson remonta la Garonne et fut transportée bien loin des limites de notre ville.
    Nous la retrouvons d'abord à Toulouse où, jusqu'à la Révolution on l'entendait couramment dans les rues, à la rentrée des étudiants et des magistrats, vers la mi-octobre. 
    On raconte qu'un membre de la famille de Seguin, de La Réole, ayant acheté, au début du XVIII Siècle, une charge de Capitoul à Toulouse, fut accueilli, le jour de son entrée en fonctions, par l’orchestre de la ville jouant "Jean de La Réoule” preuve que cet air était déjà connu et populaire en Languedoc à cette époque. Plus on s'écarte de son point de départ, plus grandes sont les altérations que subit le texte. En languedocien, le premier couplet devient :

Jan de La Rioule es arribat                                 Jean de La Réole est arrivé
Amb uno grosso troupo d'azes,                          Avec un grand troupeau d'ânes,
D'ases, Messius, toutis cargats                          D'ânes, Messieurs, tous chargés
De canounyés et de meynades,                          De chanoines et de filles
D'azes, Messius, toutis cargats                          D'ânes, Messieurs, tous chargés
De canounyés et d'aboucats.                              De chanoines et d'avocats.

--------------
Dans le Lodévois, ce couplet est devenu :
Jan de La Riula est arrivat                              Jean de La Réole est arrivé
Amb una carga de balajas.                              Avec un chargement de balais.
Quan les vendès? Quinze dignès                     Combien les vendez-vous? Quinze deniers
Soun trop cadas, soun trop cadas!,                  Ils sont trop chers bis
Quan les vendès? Quinze dignès.                    Combien les vendez-vous? Quinze deniers
Soun trop cadas! Causissès.                             Ils sont trop chers.  Choisissez !

    Peut-on voir là autre chose qu'un dialogue entre un marchand de balais - la fabrication des balais fut toujours une importante industrie réolaise- et un acheteur éventuel qui s'amuse, pour obtenir un prix meilleur, à déprécier ce qu'on lui offre ? Là encore, la déformation locale doit provenir de la présence d'un individu particulier qui a servi de cible à l'esprit satirique des populations.
    Au contraire, le second couplet, concernant la femme du mari berné, est conservé presque intégralement dans la version toulousaine, et reproduit même dans les vers 5 et 6 la version réolaise la plus ancienne :

Jean de La Rioule, moun efant,                      Jean de La Réole, mon enfant,
Has ta femmo mal coufade;                           Tu as ta ferme mal coiffée;
Baillo-la mé, la couferei,                                Donne la moi, je te la coifferai etc ...
A touto ouro, à touto ouro,                             etc ...
Baillo-la mé, in coufereï,
A touto ouro de la neït.

    De Toulouse, la chanson gagna les localités voisines, et traversa même tout le Bas-Languedoc pour atteindre, par Castres (1) la région de Lodève et de Clermont l'Hérault. Du Bas-Languedoc, par déformations successives, elle atteint le Roussillon : de nos jours encore, à Perpignan, Céret, Prades et les villages d'alentour, on clôture les danses, les soirs de fête, par une sorte de quadrille ; parmi les morceaux exécutés à cette occasion, on peut entendre un "En Jean del Riu" qui n'est autre que notre "Jean de la Réoule".

    La musique est la même, mais les paroles sont réduites aux huit vers suivants qui comportent du reste des variantes :
En Jan del Riu n'es arribat Jan del Riu                        (Jean de la Réole) est arrivé
Amb una carga de monines;                                        Avec un chargement de singes;
En Jan del Riu es arribat                                             Jan del Riu est arrivé
Amb una carga d'escarbats.                                         Avec un chargement de scarabée.
N'ha comprat un biolon                                               Il a acheté un violon
Per fer balla las ninetes,                                              Pour faire danser les jeunes filles,
N'ha comprat un biolon                                              Il a acheté un violon
Per fer ballar les minyons.                                          Pour faire danser les garçons.

Le second vers est parfois "Amb un pot de confitura" ou" Amb una bota de vi ranci" (une bouteille de vin ranciot) et au lieu du quatrième vers, on peut dire: "Amb lou pot de rasinat" (le pot de raisiné) ou "Amb una bota de muscat" (une bouteille de vin muscat).


(1) Elle est citée dans les "chants populaires du pays castrais" d'Anacharsis Combes (Castres 1862).

I - 1958 - Une culture abandonnée : le chanvre (Manley-Bendall) Cahiers du Réolais n°33 II - 2025 - Le chanvre, une culture d'avenir ? L...




I - 1958 - Une culture abandonnée : le chanvre
(Manley-Bendall) Cahiers du Réolais n°33
II - 2025 - Le chanvre, une culture d'avenir ?

Le chanvre (Cannabis sativa) est une plante annuelle dioïque à l'état normal, à tiges dressées de 2 à 4 m de haut en moyenne, pouvant s'élever jusqu'à 6 à 10 m ; le diamètre à la base des tiges est de 20 à 30 mm ; la tige comporte, dans sa partie libérienne, les fibres. L'aire de culture est très étendue, des zones tempérées aux zones subtropicales. Son cycle de développement est très court, de 50 à 160 jours. La culture du chanvre est en régression. Essentiellement produit pour sa fibre (toiles, cordages), le chanvre a été fortement concurrencé par des fibres issues d'autres plantes (sisal, jute) et par les fibres synthétiques. La Chine, la Roumanie et l'Inde sont les premiers producteurs mondiaux. (Larousse)

I - Une culture abandonnée : le chanvre
Cahiers du Réolais N° 33 - 1958
    Le chanvre (Canabis sativa) était autrefois cultivé dans toute la région, et il y a un siècle encore, le Bordelais en était grand producteur.
M. de Tourny (1743-1747) encourage une industrie toute locale, mais qui s'avéra bientôt de première importance pour l'économie domestique.
    Toutes les communes du Réolais avaient leurs chènevières placées dans les terrains "frais", auprès du Dropt ou des affluents, jamais sur les hauteurs, trop sèches et convenant mieux à la vigne.
    Le grand intendant de Guyenne fut le protagoniste de cette culture dans sa généralité, et il y a seulement soixante-quinze ou quatre-vingt ans, chaque propriétaire "faisait son chanvre" comme de nos jours il "fait son vin". La production était limitée à ses besoins personnels ; en cas de surplus, celui-ci était vendu.
    Plante annuelle, les semis se faisaient très drus, au printemps, de mars à mai, à la grande joie des oiseaux, friands de chènevis, et auxquels les enfants faisaient peur en attendant que la terre soit retournée. La récolte avait lieu de fin juillet à la mi-août; le rouissage  suivant le plus tôt possible afin d'obtenir des chanvres très blancs.
Cette opération séparait la fibre textile ou chènevotte de la gomme résineuse qui la fixe à la tige.
    Dans le Dropt ou la Garonne, les touffes de chanvre réunies en radeaux restaient maintenues sous l'eau par des poids pendant cinq ou six jours; cette fermentation microbienne dégageait la fibre du mucilage qui l'entoure. Puis on l'épandait sur un pré pour la sécher et la blanchir, en la retournant pendant quinze ou vingt jours.
    Le Dropt, à courant continu malgré les écluses, enlevait assez vite ce qui pouvait offenser les narines de nos ancêtres, car l'odeur nauséabonde était jugée nocive, à tort d'ailleurs.
    Le broyage, le teillage (enlèvement de l'écorce) et le peignage produisaient la filasse. 
A la veillée d'automne ou d'hiver, les femmes filaient les fibres sur fuseaux, les plus adroites au rouet, appareils qu'on ne trouve plus que rarement dans les familles. Puis le fil était mis en pelote et remis aux tisserands qui travaillaient à façon les diverses étoffes qu'on leur demandait : tissage sur métier Jacquart, à bras, que l'on voyait encore à la génération précédente.
    Le fil de chanvre mélangé au fil de coton se muait en grisette pour pantalons et vêtements de travail. Le coton teint à l'indigo laissait de fortes empreintes sur la peau, et deux lavages de l'étoffe étaient nécessaires pour arrêter cette coloration. On mélangeait parfois chanvre et laine, on faisait alors des "cadis"(2).
    Mais c'était surtout la toile pour draps et serviettes qui était prisée comme inusable.
Certains ménages possèdent encore des draps entièrement neufs, n'ayant pas été encore utilisés.
Le stock ancien étant plus que suffisant. On trouve des pelotes de fil dans des tiroirs; elles y font figure de fossiles, car on ne songe plus à les utiliser pour le tissage.
    Les tisserands toiliers produisaient de la toile de " brin " faite du chanvre le plus fin, d'une aune de largeur et valant, à cette époque, 40 sous l'aune. Le " boisradis" était une seconde qualité à 30 sous l'aune; le "terlis " était une grosse toile pour les sacs. Les sergeurs fabriquaient les " cadis " très employés, les cordelats et des droguets de fil et de laine.
    Au XVIII° siècle, le chanvre était cultivé un peu partout en France et, grâce à Tourny, dans les environs de Bordeaux, dans le Réolais et aussi en Agenais.
L'exportation en nature était interdite et la plus grande partie des "cherves"(3) reçues à Bordeaux était expédiée à Bayonne et à St-Jean-de-Luz.
    Mais Bordeaux recevait également des chanvres de Navarre et un règlement de la Jurade défendait aux cordiers de mélanger les chanvres de Guienne avec ceux de Navarre, sous peine du fouet et de 300 sous d'amende.
1745 - 16 Mars : Ordonnance de l'Intendant afin que les chanvres soient mieux broyés ; il proclame la supériorité des chanvres de Guienne sur ceux de Bretagne à la suite d'expériences faites à Brest par la marine.
1746 19 Août : Vu l'épizootie en Périgord, défense de faire rouir le chanvre dans le Dropt.
1756 - Le chevalier de Vivens écrit : "Il est surprenant que la France ait besoin de chanvres étrangers" (Riga).
    Pour peu qu'on ait voulu favoriser la culture dans notre province, où on l'entend très bien, on en recueillerait bientôt au-delà des besoins du royaume.... Le commerce qui en augmenterait la culture est le plus aisé de tous. Rien de si sûr que de spéculer sur le chanvre, la garde en est facile et paie l'intérêt de l'argent; ce serait surtout le long de la Garonne, dans les plaines qui sont si propres pour le chanvre, où l'on en ferait venir une prodigieuse quantité ".
1781 25 Oct. : Lettre de Versailles à l'Intendant de Bordeaux :
    La marine royale consomme annuellement de 11 à 12 millions de livres de chanvre; la marine marchande aussi de grandes quantités; on est obligé d'en tirer une grande quantité du Nord et de faire passer des fonds considérables à l'étranger; la guerre rend cette importation difficile et dispendieuse.
D'où nécessité de développer la culture du chanvre. Il reste encore tant de terrains à dessécher et à défricher..! "

    Et Latapie, inspecteur des manufactures, dans son rapport "L'état de la culture du chanvre en 1781, dans les élections de Guienne", dit : "Dans la généralité de Bordeaux, c'est dans les sud délégations de Marmande (dont faisait partie La Réole) et d'Agen, que l'on trouve les terrains les plus fertiles en chanvre; celle de Marmande recueille seule le tiers de tout le chanvre de la généralité
1°- parce que les terrains qui avoisinent la Garonne sont excellents,
2°- parce que les corderies de Tonneins et de La Réole qui sont au centre du pays, y procurent un débouché certain et rapide. Il n'y a que les bords des rivières que l'on puisse destiner à cette culture parce que cette plante exige de l'humidité des meilleurs fonts possibles... 40 mille quintaux manquent à la marine de Bordeaux en temps de guerre et il faut absolument faire le sacrifice de 1.600.000 livres en faveur de l'étranger et cela pour un seul port... Chaque arpent cultivé avec les engrais suffisants produit en Guienne, année moyenne, 8 quintaux de chanvre...
    Au temps de Colbert, on disait que les chanvres de Bretagne étaient supérieurs à ceux du Nord, pour la force, mais que sous ce rapport ceux de Guienne valaient encore mieux...
1789-90 : Dans ses "Voyages en France"', Arthur Young, toujours impressionné par la fertilité de la moyenne Garonne, dit: "Dans le voisinage d'Agen, le chanvre donne 10 quintaux par carterée (1) à 40 livres par quintal ".
    Monségur était lors du dénombrement de 1730, réputé pour la finesse de ses chanvres; ceux-ci étaient appréciés bien au-delà de la juridiction; la demande était justifiée par les besoins de la population à ure époque où la culture du coton n'avait pas l'importance mondiale qu'elle a aujourd'hui.
    On comptait à ce moment "quatre blanchisseurs de toilles", cinq " filasseurs ", trente-et-un "tisserands d'étoffes", huit drapiers faiseurs - ce qui représentait un nombre considérable de travailleurs de chanvre dans un bourg de 1162 habitants.
    Il n'y a pas très longtemps existaient encore des rouisseurs de profession. Les odeurs provenant du rouissage incommodaient les populations.
    Nous lisons: "Il y a grande sécheresse depuis plusieurs mois, il y a fort peu d'eau dans le Dropt, où en semblable saison on met quantité de chanvre et les eaux sont complètement gâtées, on ne peut plus abreuver le bétail... Il y a lieu de défendre à toutes les personnes de quelque qualité ou profession qu'elles soient, de tremper le chanvre à peine de confiscation, de 50 livres d'amende et de prison.
Cet avis sera publié dans toutes les paroisses
" (6 août 1705).
    La défense de rouissage dans le Dropt est renouvelée en 1746, 1756 et 1764. Et la Maîtrise des Eaux et Forêts fait de même en 1782.
1790- Décembre. Le prix moyen de la filasse est, depuis dix ans, de 6 livres le quintal.
An III - Frimaire. Le Directoire de La Réole réquisitionne tout le chanvre brié ou non brié, le fil blanchi ou écru. Pour le chanvre non brié, il sera procédé au briage: cela " pour le service de la marine, le triomphe de la liberté et le maintien de la République ". Réquisitions renouvelées dans les années qui suivent.
An VI Une patente de tisserand est de 4 francs, et le titulaire pourra exercer sa profession sans trouble ni empêchement.
1802 Juin, Le commerce du chanvre, des grosses toiles et du fil entretient un marché important dans la ville de Monségur et des environs".
1812 Jurade. Il n'y a plus que 4 tisserands travaillant - quatre mois de l'année et gagnant 1fr50 par jour; les autres passent huit mois à la culture de la terre.
    Deux fabricants de grosses toiles et cadis sont de simples ouvriers qui cordent et tissent à domicile; ils ont de 70 à 75 centimes par aune des étoffes qu'ils fabriquent; l'un gagne 300 francs, l'autre 100 francs seulement par an.
1822 - 22 juillet. Le procureur du Roi auprès du tribunal de La Réole informe que la prohibition du rouissage dans le Dropt provoque le plus grand mécontentement dans le canton de Monségur et que l'exaspération est telle qu'il craint que le bon ordre ne soit troublé Le juge de paix de Monségur ajoute : " les esprits sont excessivement montés, infiniment plus qu'il ne pourrait le dépeindre. Le chanvre est un objet de première nécessité et l'usage de faire rouir le chanvre dans le Dropt est immémorial.
    Les paysans de cette contrée sont dans une honnête aisance, d'un caractère paisible et ne prononcent le nom du Roi qu'avec respect. Il est d'extrême urgence d'aviser ".
1825 Mars. Bénéficiant de chemins en bon état, "Sainte-Bazeille reçoit le chanvre, dont elle fait un commerce considérable ".
1838 - Dans la commune de La Réole, il y a 35 journaux cultivés en chanvre mais pour les besoins locaux seulement. En Septembre au marché : chanvre 1ère qualité, 50 francs les 50 kilos; 2ème qualité,
A Monségur et Sauveterre: 47 francs.
    La statistique de l' arrondissement de La Réole donne pour la production totale : 800 hectolitres soit 150.000 kilos.
1840 - Statistique à la demande du maire de Monségur : les bords du Dropt, on cultive le chanvre avec plus de succès que sur la côte ; les chènevières y sont plus communes et cette culture est l'une des meilleures et des plus revenantes.
1853 - Dans le canton de Monségur, il y a 100 hectares cultivés en chanvre, ce qui, avec 5 hectos de graines par hectare, fait 500 hectolitres. Le prix moyen d'un hecto de grain est de 20 frs; le kilo de filasse est de 0.80 centimes. (Il n'y a pas de lin).
1857 Sept - A l'occasion du Comice agricole tenu à Monségur, l'on voit une machine pour briser le chanvre, œuvre de Pierre Raffé, du Puy, employée avec avantage et déjà l'objet d'une récompense au Comice de Sauveterre, l'année précédente.
1865 -  J. Reclus dit (Comm. Mon. Hist. ): " le canton de Monségur produit beaucoup de chanvre. "
1870 - Après cette date, le chanvre fut la seule matière textile cultivée dans le Bordelais et employée surtout pour la corderie.
1877 : 50 livres de chanvre à 1,20 la livre font 60 francs.
1884 Juin - La surface affectée à la culture du chanvre, dans la commune de Monségur, est inférieure à 2 hectares.
Taillecavat, comme beaucoup d'autres communes du canton, avait des chènevières importantes et des tissages à main. Le nom du lieu- dit de Piquetuille viendrait de Pique Telle (toile) ; hameau où se réunissait les travailleurs autour de la source qui alimentait, avec d'autres points d'eau, les "gannes" fossés creusés à un mètre de profondeur sur deux ou trois de large, comme canaux d'irrigation et surtout pour le rouissage.
On voit souvent " Pique teulle ". (Ed. Lecourt).
Cours, il y a moins d'un siècle, avait une spécialité de grisettes.
1860 Roquebrune avait 10 hectares de chènevières avec un produit moyen de 3 hectos de grains à 25 francs l'hectolitre. Le chanvre produit en moyenne, par hectare, 700 kilos de filasse.
En 1874, à Sainte-Gemme, la récolte du chanvre excède de la moitié la consommation de la commune.

    Il ne reste plus rien, dans le Réolais et le Monségurais, de cette ancienne industrie paysanne et artisanale du textile local. La culture intensive du coton dans le monde et la très grande industrie cotonnière du Nord et de l'Est ont porté un coup mortel à la culture du chanvre dans le Sud-Ouest.
    Pendant la 2ème guerre mondiale (1939-44), les pouvoirs publics ont tenté de faire revivre, partout où cela était possible, la culture du chanvre et la propagande par radio a fait dresser bien des oreilles, mais ce renouveau n'a pas été réalisé, ici, malgré les hauts prix des textiles.
    A Roquebrune et ailleurs, quelques semis ont été faits, vite abandonnés par suite du manque de main d'œuvre réservée aux travaux qui ont fait depuis longtemps la fortune de ce pays béni des Dieux maïs, seigle, tabac, vigne, blé...  avec l'incomparable profusion des arbres fruitiers de l'Agenais, cette splendeur !...
MANLEY-BENDALL

(1) carterée : 2000 m²
(2) Cadis : Tissu de laine du genre de la bure ou de la flanelle.
(3) Cherves : chanvre


II - Le chanvre, une culture d'avenir ?
Face aux difficultés de la viticulture en Gironde, une poignée d'agriculteurs explorent une nouvelle voie : le chanvre, plante robuste, aux débouchés prometteurs, de l'alimentation à l'écoconstruction.
    Une association a été créée il y a un an
Linda Douifi Sud Ouest 15-09-2025
L.douifi@sudouest.fr


Plusieurs agriculteurs et porteurs de projet ont assisté à une rencontre d'information autour du chanvre jeudi 11 septembre. Un rendez-vous organisé par la Chambre d'agriculture. L. D

    Lucie et Jérôme Taffin montrent, avec une pointe de fierté, une photo de leur champ verdoyant : 1,4 hectare de chanvre qu'ils ont semé pour la première fois au printemps der nier, dans leur exploitation de Lagorce près de Libourne (viticulture et élevage). Une culture encore balbutiante en Gironde, mais qui suscite déjà beaucoup d'attentes.
"Pour l'instant, aucun regret, confie Jérôme. Malgré la sécheresse du début d'été, ça a très bien résisté"
Sa fille Lucie, 21 ans, voit dans cette plante une voie d'avenir: "Elle correspond bien à notre exploitation familiale, demande peu d'eau, mais valorise bien la matière organique issue de notre élevage" 
    Les Taffin ne se sont pas lancés seuls. Comme d'autres agriculteurs du secteur, ils ont rejoint l'association Chanvre en Libournais, créée il y a un an. Objectif: structurer une nouvelle filière dans un territoire marqué par les arrachages de vignes et la chute de la valeur foncière.
    Un marché en attente Au-delà de l'aspect économique, cette aventure est aussi une manière de rompre l'isolement. "Le collectif, c'est indispensable. Tout le monde n'a pas le matériel ni l'expérience, rappelle Lucie.
    Grâce à l'association, on partage les semoirs, on s'entraide pour les récoltes. "Quand l'un flanche, un autre prend le relais". Dans un métier où la solitude est souvent pesante, l'entraide redevient centrale. Notamment pour les investissements nécessaires. À la présidence de l'association, on trouve Fabienne Krief, viticultrice et maire de Bayas. Comme beaucoup, elle a arraché une partie de ses
vignes. Pour elle, le chanvre représente "une plante adaptée au changement climatique, peu gourmande en eau, et qui trouve déjà ses marchés, mais aussi bien pour la graine alimentaire que pour la fibre utilisée dans l'écoconstruction".
    Le chanvre cultivé dans le Libournais n'a rien à voir avec sa réputation sulfureuse.
Avec moins de 0,2% de THC (1), il est destiné à l'alimentation. - les graines riches en protéines intéressent restaurants collectifs, hôpitaux et maisons de retraite - et surtout à la construction écologique. La tige, une fois défibrée, fournit d'un côté la fibre, utilisée comme isolant, et de l'autre la "chènevotte", un granulat qui se mélange à la chaux ou à l'argile pour des enduits et des bétons.  "Aujourd'hui, les professionnels du bâtiment attendent du chanvre local, assure Fabienne Krief.
    Benoît Duret, tailleur de pierre à Lussac, fait venir plusieurs semi-remorques depuis le nord de la France pour restaurer des châteaux. L'idée est de "produire ici ce qu'on importe de loin."

L'enjeu du défibrage
    Encore faut-il franchir un cap: atteindre la masse critique de surfaces cultivées. <<Pour qu'une unité de défibrage voie le jour, il faut entre 100 et 150 hectares par an », précise la présidente. Cette unité, estimée à 700 000 euros, permettrait de séparer la fibre de la chènevotte et de donner toute sa valeur ajoutée à la culture. Pour l'instant, la vingtaine d'adhérents de Chanvre en Libournais n'exploitent qu'une dizaine d'hectares.
    L'an prochain, ils espèrent passer à 20. La paille, elle, peut être stockée en attendant. Des financements publics et privés soutiennent déjà l'initiative. Lisea, gestionnaire de la LGV, finance 50% du matériel, le Département suit également le projet. Une moissonneuse-batteuse d'occasion a ainsi pu être achetée collectivement, première pierre d'un équipement qui doit encore s'étoffer.
Pour l'heure, la Gironde ne compte qu'une seule association dédiée, mais d'autres pourraient émerger. 
    D'où l'opération d'information menée par la Chambre d'agriculture de la Gironde et Chanvre du Libournais, jeudi 11 septembre à Chamadelle.
"Le marché est là, c'est à nous de nous organiser pour l'alimenter", résume Fabienne Krief. 
    Dans un département où la viticulture peine à se relever, le chanvre apparaît comme une alternative crédible. Pas une solution miracle - la rotation impose de ne pas en ressemer sur la même parcelle avant cinq ans - mais une culture complémentaire, porteuse d'espoir et de solidarité. Chez les Taffin, la récolte de cette première campagne approche. "On va voir ce que ça donne, mais on est convaincus, assure Jérôme. C'est une plante robuste, pleine de débouchés."
    Un pari sur l'avenir que partagent, désormais, une poignée d'agriculteurs girondins.(1) THC: le principe actif du cannabis qui entraine une dépendance.

- Chanvre ou CBD, deux cultures différentes
Si le chanvre et le CBD (cannabidiol, qui n'entraîne pas de dépendance) proviennent de la même plante, leurs cultures n'ont rien en commun. Le chanvre cultivé en Gironde l'est à forte densité (jusqu'à 100 pieds/m²) pour produire graines et fibres. Le CBD, lui, nécessite des variétés spécifiques, semées beaucoup plus clairsemées (4 pieds/m²). Les deux ne peuvent cohabiter: une pollinisation croisée ruinerait la teneur en CBD.

- Du chanvre est tiré un nombre important et toujours croissant de produits : fil, ficelle, tissu, papier (plus de 70 % de la production avant 1883), mais aussi matériaux de construction et d'isolation, carburant, plastiques, produits alimentaires, médicaments.

Recevoir les nouveaux articles

Nom

E-mail *

Message *

Anciens articles