Tous ceux qui ont connu Madame Chavoix-Jodjana médecin pédiatre, mariée au docteur Chavoix, se souviennent de sa haute stature et beaucoup l'ont vue nager inlassablement la brasse coulée dans la piscine municipale.
Certains se rappellent un petit homme qui marchait dans les année 1970 à La Réole. C'était Raden Mas Jodjana le père de Parvati Chavoix-Jodjana.
Sa vie est résumée dans l'article ci dessous (cliquez sur le texte) :
Il rencontre en 1919 sa future femme la musicienne Alexandra Pop, descendante de Huguenots originaires du Pays Basque.
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Cher M. Hartmann,
Je voudrais demander s'il serait possible, par l'intermédiaire de la Croix-Rouge allemande, de recevoir des informations détaillées sur l'état de santé de M. Raden Bagous Bhimo Jodjana, ressortissant néerlandais, qui réside à Buchenwald, bloc 26, sous le numéro 41. 002 est interné. Selon certaines informations, les autorités du Reich auraient pris la décision de libérer cet interné arrêté à Clermont-Ferrand le 25 novembre 1943. Toutefois, cette décision n’a pas encore été exécutée car la gravité de sa maladie ne permet pas son transfert. La mère de M. Jodjana, très troublée par les vagues nouvelles qu'elle reçoit, souhaitait avec impatience avoir plus d'informations sur l'état de santé actuel de son fils.
Je vous serais très reconnaissant de me permettre de répondre à la demande de Mme Jodjana.
Veuillez agréer, cher Monsieur Hartmann, l'expression de mon plus grand respect.
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| CROIX-ROUGE ALLEMANDE |
Le représentant en France
Paris, le 26 juin 1944, Avenue Kléber 46
Numéro d'acte : VII N - Bu.
Objet : Recherche sur le prisonnier civil RADEN BAGONS BHNO JODJANA
11 JUILLET 1944
Présidium de la Croix-Rouge allemande - Bureau VII Ettal/Obb.
Le représentant de la Croix-Rouge allemande en France a reçu une demande pour le prisonnier civil RADEN BAGONS BHINO JODJANA, né le 16 janvier 1924 à (La Haye-Hollande, nationalité javanaise (Inde néerlandaise), membre de la famille impériale de DJOZAGARTA (Java), qui fut arrêté le 28 novembre 1943 à Clermont Ferrand et se trouverait aujourd'hui au camp de concentration de WEIMAR-BUCHENWALD sous le numéro 41002/26. Le lieutenant Selon un communiqué de la Croix-Rouge française, la famille a désormais pu prouver son innocence et l'ordre de libération a été émis. Malheureusement, la santé de la personne est si mauvaise qu'elle ne peut pas être rapatriée dans un avenir proche. Les parents craignent une maladie grave et aimeraient avoir des nouvelles de l’état de santé le plus tôt possible de son fils et demander un transport accéléré vers son domicile
Le bureau local vous demande d'examiner et de signaler cette affaire.
XXXXXXXXX
Le représentant DRK en France : I.A. Dombach.
Après la Libération les parents furent nommé professeurs à l'Académie d'Art dramatique d'Amsterdam.
Raden Mas prit sa retraite en 1964, alors que sa femme continua d'enseigner jusqu'en 1981.
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| Dessin de RM Jodjana |
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| Raden Ayou Jodjana, mère de Parvati |
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| La tombe de la famille Chavoix-Jodjana cimetière La Réole |
| Parvati Jodjana mariée au médecin Pierre Chavoix 1926-2019 |
Parvaty Jodjana, née en 1926, surnommée Vaty, est la fille d’un prince indonésien et d’une mère Hollandaise. Le prince Raden Mas Jodjana, est artiste, peintre et danseur traditionnel.
Sa mère est musicienne et conférencière.
Vaty, disciple de son père, est vouée à la danse. Des tournées dans les centres culturels et les ambassades européennes amènent la famille, en France, dans les Pyrénées, où la guerre les contraint à habiter le vieux Château de Vergoignan à Barcelone-du-Gers pour y recevoir des réfugiés et donner des cours de yoga et de danse.
Bhimo, frère aîné de Vaty, étudiant en médecine à Clermont Ferrand, est raflé par les Allemands, déporté à Buchenwald. Et il décède du choléra en captivité.
En souvenir de son frère, Vaty se destine à la médecine et arrive à Bordeaux, jeune étudiante.
Elle rencontre un camarade, étudiant en médecine, fils d’un ophtalmologue, le docteur Montoux qui vient tous les samedi à La Réole à la clinique privée de la place Gabriel Chaigne. La clinique est dirigée par Jeanne Gaubert. une amie de la famille Balans. Vaty apprend par le docteur Montoux que l’hôpital cherche une Interne.
En 1951, Vaty, étudiante de cinquième année, est recrutée par André Queyrens, nouveau directeur de l’Hôpital qui modernise l’établissement après le départ des religieuses.
Dans un premier temps, par l’entremise de Jeanne Gaubert, Vaty prend pension chez les Balans, rue Armand Caduc. Elle passe sa thèse à Bordeaux puis logera à l’hôpital.
Elle rencontre le docteur Pierre Chavoix en instance de divorce, petit fils du docteur Tronche, célèbre médecin réolais. Ils se marient.
Elle s’installe en cabinet, pédiatre, avec Pierre, généraliste. Pierre a deux filles d'un premier mariage.
Vaty participe à la vie municipale et devient conseillère municipale.
Sportive elle fait du cheval, de la natation, du ski nautique.
Musicienne, elle joue du piano et de l‘accordéon. Elle parle sept langues. Elle va en Corse chaque été avec Pierre où ils habitent une bergerie sur la côte sud.
A la suite d’une longue maladie, Pierre succombe à un cancer.
A la retraite, Vaty participe à des championnats de natation seniors. Son père vient passer ses derniers jours près de sa fille. Il est enterré au cimetière de La Réole.
Vaty, devenue veuve, part comme chaque été en Corse où elle est victime d’un AVC.
Très diminuée, elle ne parle plus que l’allemand, elle passe ses derniers jours dans un Ephad corse où elle succombe en 2019 à 93 ans. Elle y est enterrée.
Les records de natation de Parvatie entre 70 et 89 ans
Marcel BONNEFF & Pierre LABROUSSE
Un danseur javanais en France : Raden Mas Jodjana (1893-1972)
Une maison emplie de souvenirs. Des épreuves de studio aux poses hiératiques et comme nimbées par l'énergie mystique du danseur, et, quelque peu fanés, des programmes de galas dans les grandes capitales européennes; les dithyrambes de maints critiques connus de l'entre-deux-guerres, lesquels appartenaient de surcroît à la pléiade des personnalités amies, mais, plus que tout, aussi fragmentaire et énigmatique soit-il, le souvenir d'une carrière vouée à l'idée que les racines javanaises de son art pouvaient naturellement s'épanouir dans le terreau du vieux continent à la croisée des cultures, pendant plus d'un demi-siècle, R.M. Jodjana nous paraît incarner le désir de l'art et de la sensibilité partagés. Nous allons retracer la trame de sa vie, où la France occupe une place particulière (“De Yogyakarta à La Réole”).
Puis nous reviendrons plus en détail sur sa carrière de danseur et de plasticien, pour en souligner à la fois la réussite et l'originalité («Le triomphe de Shiva»). Cette originalité appellera des commentaires sur ses origines et son imprégnation par la culture javanaise, dans leur rapport avec l'Occident («Sangkan-paran »). Au passage, nous nous demanderons ce qu'il en fut de son destin d'Indonésien: des années de jeunesse en Hollande parmi ses pairs, étudiants de l'Archipel, aux années de vieillesse où perce la nostalgie d'un pays devenu bien lointain, en tout état de cause, Java et l'Indonésie n'ont jamais cessé de prodiguer du sens à son exil («Le sens d'un exil»). Nous évoquerons enfin son ancrage en France, l'accomplissement avec le «Centre Jodjana» du désir de transmettre son art, mais aussi les aléas de la guerre qui le vouèrent avec sa famille à “Un destin français” (1).
1. Nous sommes infiniment reconnaissants à Madame Parvati Chavoix-Jodjana, sans qui cet article n'aurait pas pu être écrit. Mme Chavoix-Jodjana est la fille de Raden Mas et Raden Ayou Jodjana, épouse du docteur Pierre Chavoix (décédé en 1996), elle-même pédiatre et diabétologue retraitée à La Réole, ville de résidence de la famille. Parvati Jodjana a très chaleureusement ouvert à Pierre Labrousse sa maison, riche en souvenirs du danseur javanais et de sa femme, et
Marcel Bonneff & Pierre Labrousse
De Yogyakarta à La Réole
Raden Mas Jodjana naquit à Yogyakarta le 6 février 1893. Par son père, il était d'une famille aristocratique descendant des régents de Madiun; par sa mère, elle-même fille de R.P. Purbowinoto, il descendait de Sultan Sepuh, c'est-à-dire Hamengku Buwono II, le deuxième souverain de la principauté de Yogyakarta (2).
Son père, R.T. Surodiningrat exerçait des fonctions importantes (Rege bunt Patih) dans l'administration de la principauté, en rapports étroits avec le Palais (kraton) où l'un de ses frères aînés avait rang de patih.
Dixième enfant d'une fratrie nombreuse (dont une demi-sœur qui deviendra l'épouse du prince Hadigenoro de Yogyakarta), Jodjana fut élevé dans un contexte traditionaliste mais fréquenta également l'école élémentaire destinée en priorité aux enfants européens (Europeesche lagere school), puis l'école de formation des fonctionnaires indigènes (OSVIA, Opleidingsschool voor Inlandsche ambtenaren) à Magelang, d'où il sortit diplômé en 1910. Il fut affecté dans l'administration coloniale, dans le département des Affaires intérieures (sous l'autorité d'un frère aîné, R.T. Notopradjarto?) et, à Batavia, il commença semble-t-il à suivre les cours de l'École de formation des spécialistes indigènes du Droit (Opleidingsschool voor Inlandsche rechtskundigen) (3).
Au début de l'année 1914, l'occasion lui fut donnée de se rendre aux Pays-Bas avec une bourse d'études, dans la suite du tout nouveau prince héritier de Yogyakarta, P.A.A. Hamengku Negara (R.M. Sujadi), qui régnerait quelques années plus tard sous le nom de Hamengku Buwono VIII (1921-1939) et que Jodjana assista fidèlement pendant tout son séjour en Hollande (jusqu'en 1921).
Il s'inscrivit à l'École supérieure de commerce de Rotterdam (Rotterdamsche Handelshoogeschool, comme Moh. Hatta à partir de 1922) mais il abandonna bientôt ses études, en 1916 (4).
Cette année 1916 marque un tournant dans sa vie les 15 et 17 mars, lors de deux “soirées indiennes” en faveur des victimes d'une grave inondation aux Indes néerlandaises, R.M. Jodjana fait apprécier son art dans la danse de Kelana, morceau de bravoure de tout danseur javanais s'identifiant à cet archétype du chevalier errant de l'âge classique, en quête de sa belle.
Les deux représentations dont il s'agit sont organisées au grand théâtre de La Haye, conjointement par l'Association «Oost en West», l'Association des “Indologues” (Indologen Vereeniging; étudiants néerlandais se destinant au service dans la colonie) et surtout la Indische Vereeniging (5). Cette dernière association (fondée en 1908) réunissait la plupart des étudiants d'origine indo-
communiqué sans la moindre hésitation les documents en sa possession ainsi que ses notes personnelles, pour partie fondées sur les souvenirs de son père, consignés en néerlandais dans un cahier manuscrit. Ces documents et notes ont fourni l'essentiel de notre information, complétée par diverses sources imprimées qui seront signalées en notes de bas de page.
2. Hamengku Buwono II régna à trois reprises: 1792-1810, 1811-12, 1826-28.
3. Cette précision est donnée par K.H. Dewantara, Hoe Europa de Javaansche dans waardeert: Koninklijke belangstelling», Keluarga Putera, 1937, th. I, nº 3; reproduit dans: Ki Hadjar Dewantara, Karja, Bagian II A: «Kebudajaan, Jogja, Madjelis-Luhur Taman Siswa, 1967, pp.
325-327 (traduction en indonésien pp. 327-329).
4. Ceci est confirmé par Ki Hadjar Dewantara, op. cit.
5. Voir H.A. Poeze (ed.), In het land van de overheerser. I. Indonesiërs in Nederland, 1600-1950,
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page 227Un danseur javanais en France
nésienne, guère plus de deux ou trois dizaines, à des fins d'entraide et de loisir ; les principaux animateurs en étaient de jeunes aristocrates, qui ne songeaient pas encore à contester le système colonial, comme ce sera le cas quelques années plus tard lorsque l'association prendrait le nom d'”Association Indonésienne” (Indonesische Vereeniging, 1922, puis Perhimpunan Indonesia, en 1925) (6).
Pour l'heure, les ambitions artistiques du groupe étaient incarnées par de jeunes nobles javanais, tel que le poète R.M. Noto Soeroto (7) avec lequel Jodjana paraissait très lié ou encore Soorjopoetro et Soerjowinoto, spécialistes de musique javanaise. Un autre des participants très en vue était Soewardi Soerjaningrat, le futur Ki Hadjar Dewantara (fondateur du Taman Siswa en 1922). Il avait alors le statut d'exilé politique (8) mais, ayant renoncé à l'activisme, il mettait à profit son séjour forcé pour réfléchir en théoricien de la pédagogie au devenir de la culture javanaise, à sa contribution à la future culture nationale de l'Indonésie et à ses rapports avec l'Occident; excellent danseur lui aussi, il aurait beaucoup influé sur les choix artistiques de Jodjana.
Toujours est-il que ces «soirées indiennes » de 1916 auraient eu un rôle déterminant dans la volonté de Jodjana d'embrasser la carrière de danseur. En 1917, de nouveau pour une «soirée artistique indienne», mais cette fois en faveur du Kartini-fonds (9), son interprétation de la danse de Kelana est signalée par le Koloniaal Weekblad (du 29-11-1917) comme «le clou de la soi-
VKI 100, Dordrecht, Foris, 1986, pp. 108-109, où est reproduit un article du périodique Koloniaal Weekblad (du 23-3-1916) concernant ces soirées, appréciées également par le célèbre critique Henri Borel qui signalait quant à lui les qualités de danseur de Jodjana (ibid., p. 109).
6. Voir, J. Ingleson, Perhimpunan Indonesia and the Indonesian Nationalist Movement, 1923-1928, Centre of Southeast Asian Studies, Monash University, 1975.
7. Né en 1888, R.M. Noto Soeroto (1888-1951) était un fils du prince Notodirodjo de la Maison du Paku Alaman, la petite principauté enclavée dans le sultanat de Yogyakarta, fondée en 1812. Ce prince moderniste, convaincu des bienfaits de l'éducation occidentale, envoya plusieurs de ses fils aux Pays-Bas pour y poursuivre leurs études supérieures; la principauté gérait d'ailleurs un «studiefonds» destiné à financer des bourses. Noto Soeroto était arrivé en Hollande en 1906, s'était inscrit en Droit à Leyde en 1909, mais s'était bientôt révélé comme poète (en langue néerlandaise) et publiciste fécond, collaborant aux pages culturelles de plusieurs journaux. De 1914 à 1917, il fut président de la Indische Vereeniging et fonda, en 1916, avec K.H. Dewantara (lui aussi du Paku Alaman), le périodique de l'organisation, intitulé Hindia Poetra.
En 1923, il fonda également le magazine culturel Oedaya, alors que, ne souscrivant pas au mot d'ordre d'indépendance pour l'Indonésie, il allait être exclu (fin 1924) du mouvement Indonesische Vereeniging (nouveau nom, depuis 1922, de la Indische Vereeniging). Comme un certain nombre de résidents d'origine indonésienne aux Pays-Bas, il était partisan d'une évolution de la colonie vers une formule d'association étroite avec la métropole, et il fut à l'origine, en 1926, de la “Fédération néerlando-indonésienne des Organisations de Jeunes” (Nederlandsch-Indonesisch Verbond van Jongeren Organisaties, NIVIO), œuvrant au rapprochement entre jeunes Hollandais et Indonésiens modérés. Voir: H. Poeze (ed.), In het land..., op. cit.
8. K.H. Dewantara (1889-1959), le célèbre nationaliste indonésien, «Père de l'éducation nationale », avait été exilé aux Pays-Bas fin 1913, en même temps que Douwes Dekker et Tjipto Mangoenkoesoemo, les deux autres dirigeants du Indische Partij, parti prônant un nationalisme radical, interdit par l'autorité coloniale. Il demeurera aux Pays-Bas jusqu'en septembre 1919.
9 Fondation qui s'était donné pour objectif de créer des écoles élémentaires de filles aux Indes néerlandaises, du nom de la fameuse pionnière de l'émancipation féminine indonésienne», connue en particulier par sa correspondance (voir L-C. Damais, éd., Lettres de Raden Adjeng Kartini; Java en 1900, Paris/La Haye, Mouton & Co, 1960).
Ce fut à ce même Cercle artistique de La Haye, en 1919, que Jodjana rencontra sa future femme, Elisabeth Pop (née en 1888) qui, après avoir été lauréate des conservatoires de La Haye (piano, 1912) et de Bruxelles (chant), s'était spécialisée dans les musiques de l'Inde sous la direction de Hazrat Inayat Khan; sous le nom de scène “Khourshed de Ravalieu” (14), elle se produisait dans des récitals de chant et de poésie. Ils allaient se marier en 1923 la jeune femme, selon l'usage javanais, prenant alors le nom de son mari et le titre de Raden Ayu (Raden Ayou Jodjana) et bientôt naîtraient leurs deux enfants un garçon, Raden Bagus Bhimo (1924), et une fille, Raden Roro Parvati (1926) (15).
Après 1920, Jodjana entama sa carrière de danseur professionnel (16) et se produisit dans divers pays européens, donnant aussi des conférences sur son art. En 1925, on remarque sa présence au sein d'une délégation à Berlin, comprenant entre autres Noto Soeroto et Poerbatjaraka (17), où il fut demandé à Jodjana de créer un enseignement de danse et de musique javanaises à l'École de musique (18), Entre 1920 et 1926, on note déjà de longs séjours à Paris où il fréquenta divers milieux artistiques et fut employé dans l'atelier du décorateur10. Il se produit ce soir-là, comme semble-t-il à plusieurs autres reprises, sous le nom de R.M. Harsaya. Voir H. Poeze (ed.), op. cit., pp. 123-24.
11. Ce sculpteur réalisa un masque en bronze de R.M. Jodjana, en jouant sur l'analogie du danseur et de son masque (voir la reproduction ci-contre ce masque, actuellement au musée de La Haye, est reproduit d'après: L. Haks & G. Maris, Lexicon of Foreign Artists who Visualized Indonesia (1600-1950), Utrecht, Gert Bestebreurtje, 1995, p. 395).
12. Isaac Israëls (1865-1934) fit plusieurs autoportraits devant une de ses toiles représentant le danseur Jodjana (voir reproduction ci-contre). Il visita les Indes néerlandaises en 1921-22; on note aussi sa participation à l'exposition coloniale internationale de Paris en 1931, au cours de laquelle le pavillon des Indes néerlandaises brûla ; cf. L. Haks & G. Maris, op. cit., p. 135 et ill. pp. 466-467; cet ouvrage reproduit également un pastel représentant “Raden Mas Djodjana” (sic), en pied et en tenue de danseur (182 x 78 cm), dû au peintre H. van Meegeren (v. p. 365).
13. Des aquarelles de Jodjana, divers objets en ivoire ainsi que des masques sont conservés au Musée du Théâtre à Amsterdam, ainsi que par sa fille.
14. Elle descendait d'une famille huguenote, la famille de Ravalieu, originaire du Pays Basque. Son père avait été officier et fonctionnaire aux Indes néerlandaises (notamment directeur général des Postes à Java).
15. Bhimo (Bhima) est un des cinq Pandava, les héros principaux du Mahabharata; Parvati est la parèdre (épouse) du dieu Shiva. Raden Bagus (pour un garçon) et Raden Roro (pour une fille) sont des titres portés par de jeunes nobles javanais avant leur mariage.
16. A la même époque, un autre Javanais, du nom de Hardjodiringgo («de réputation douteuse») en fit de même, qui ajoutait des démonstrations de wayang wong à son programme de danses; ils étaient les deux seuls danseurs professionnels. Cf. H. Poeze (ed), In het land..., pp. 182 et 225-27.
17. R.M.Ng. Poerbatjaraka, alors étudiant à Leyde, fut un des premiers docteurs ès lettres, grand spécialiste de la littérature javanaise classique et professeur à l'université Gadjah Mada de Yogyakarta.
18. Voir H. Poeze (ed.), In het land..., p. 194.
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J. Dunand; il y pratiqua les arts plastiques et graphiques (xylogravure) et s'initia à la technique de la laque avec des artisans vietnamiens et chinois. Jusqu'au milieu des années 30, ses tournées européennes prirent de l'importance: il partageait parfois le programme avec la célèbre danseuse espagnole La Argentina. Jodjana se déplaçait en famille, avec son épouse et ses deux enfants; le couple avait adopté un jeune Ambonais, Roemahlaiselan (rencontré en 1927), qui devint lui aussi danseur-vedette et demeurera le plus fidèle des compagnons (19). Avec lui et une autre élève Hella Tarnow les Jodjana allaient fonder dans le sud de la France un centre culturel international fonctionnant l'été, le «Centre Jodjana», d'abord à Cotignac (Haute-Provence; 1934), puis à Dardennes (Var; 1935), enfin à Vergoignan (Gers) en 1936, date à laquelle la famille s'installa pour de bon dans notre pays. La guerre les y surprit. Ils furent alors obligés de quitter le château de Vergoignan pour s'installer plus modestement à Ozenx, un village des Basses-Pyrénées (Pyrénées Atlantiques; la région même dont étaient originaires les ancêtres de R.A. Jodjana, les De Ravalieu), en compagnie d'autres artistes réfugiés (20), où ils durent pour survivre travailler la terre. En 1943, leur fils Bhimo, alors à Clermont-Ferrand pour poursuivre ses études, fit partie d'un groupe d'otages capturé par la Gestapo (21); il fut déporté et mourut l'année suivante au camp de Buchenwald (8 juin 1944).
Après la Libération, Jodjana renoua les contacts avec les milieux artistiques et orientalistes en Hollande et en France. Nommé avec sa femme, comme professeurs à l'Académie d'Art dramatique d'Amsterdam (Academie voor dramatische Kunst) en 1947, où ils enseignaient l'expression, le mouvement, l'improvisation et la mise en scène, il purent de nouveau envisager une existence stable jusqu'à la retraite de Jodjana en 1964.
Vers 1970, des ennuis de santé le firent s'installer à La Réole, auprès de sa fille et de son gendre, tous deux médecins dans cette petite ville de Gironde. Il y mourut le 20 septembre 1972.
19. Né le 18 juillet 1902 à Ambon, il avait été baptisé (Henri Jacob Roemahlaiselan) par un missionnaire. Il était issu d'une famille modeste. Son grand-père était pêcheur, son père avait pu entrer dans l'administration coloniale et avait été nommé à Bali où l'enfant avait découvert une nouvelle culture. Après des études primaires et secondaires à Denpasar, avec un diplôme de comptabilité et la connaissance de plusieurs langues étrangères, il avait été recruté comme comptable das une banque de Surabaya. Envoyé aux Pays-Bas pour y effectuer son service militaire, il avait ensuite trouvé un emploi dans une banque à La Haye, puis en Italie, à Milan. «Monté » à Paris pour tenter sa chance, d'abord dans le cinéma où il avait décroché quelques rôles secondaires dans des films mineurs, il avait rencontré les époux Jodjana à l'issue d'une soirée de danses orientales. (avec, entre autres, Udan Shankar), organisée par Mme de Clermont-Tonnerre en l'honneur du maréchal Pétain. R.M. Jodjana commença par l'engager comme secrétaire puis lui donna une formation de danse balinaise, en l'encourageant à innover, sans toutefois consentir à l'initier aux danses javanaises de cour, que Jodjana considérait de la compétence des danseurs élevés comme lui-même dans la mouvance du kraton. Très doué, Roemahlaiselan obtint le premier prix du Concours international de danses orientales à Varsovie (1933).
20. En particulier le compositeur d'origine hongroise Joseph Kosma.
21. Après son baccalauréat obtenu à Pau, Bhimo s'inscrivit en médecine à la Faculté de Clermont-Ferrand. Mais par un malheureux concours de circonstances, son inscription fut enregistrée sur la liste des étudiants alsaciens de la Faculté de médecine de Strasbourg, repliée à Clermont. A la suite d'un attentat commis par des Alsaciens, les Allemands exercèrent des représailles, d'abord en abattant le professeur Colomb en plein cours, devant ses étudiants, puis en prenant des otages, au nombre desquels le fils de Jodjana.
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Sa femme lui survécut jusqu'en 1981. Installée à Paris, rue de Montsouris, avec Roemahlaiselan (22), elle donnait encore des leçons dans les années 70 et perpétuait auprès de gens du théâtre et de chorégraphes (23) un enseignement de l'expression créative par la maîtrise de la gestuelle et du mouvement, un principe dont son mari et elle avaient fait une quasi-règle de vie (24).
Le triomphe de Shiva
À travers les “soirées artistiques indiennes” des années 1914-1917 mais aussi par des conférences et des démonstrations, les jeunes Javanais de Hollande avaient contribué à relancer l'intérêt du public européen pour les danses et la musique de la lointaine colonie (25). Leurs motivations participaient du désir d'affirmer une spécificité culturelle qui n'était pas étrangère à l'éveil du nationalisme, qu'incarnait en Indonésie la création du mouvement Boedi Oetomo (1908), auquel ces jeunes gens se référaient volontiers et, pour certains, auquel ils avaient participé à ses débuts.
Cependant, le contexte et le goût occidental incitaient ces artistes amateurs à réfléchir à de nécessaires adaptations de leurs traditions, en particulier quant à leur transmission. Ainsi pour la musique de gamelan, dont Soerjopoetro (un fils du prince Paku Alam) était le théoricien (26) et l'inventeur d'une transcription dans le système de notation occidental; Soewardi (K.H. Dewantara) faisait de même pour transcrire les chants javanais.
Quant à Noto Soeroto, outre ses écrits et conférences consacrés à la civilisation javanaise, il était à même, en sa qualité de poète, de faire passer en néerlandais divers aspects du patrimoine littéraire des cours de Java Central (27).
L'art de Jodjana s'inscrit dans le droit fil de ces tentatives après son succès dans la danse de Kelana, il met à son répertoire plusieurs morceaux dansés en solo inspirés, certes, par la mythologie indo-javanaise et qui recourent aux fondements de la chorégraphie traditionnelle, mais qui sont largement des créations, empreintes d'un style distinctif (y compris par le costume où entre une certaine fantaisie par rapport aux canons javanais): danses de « Ardjoena (Le Chevalier)», du « Ksatria (Le Guerrier)», de «Krishna (Le Dieu berger)», de “Vishnu (Le Dieu libérateur de l'Humanité)”, de «Shiva (Le Rédempteur) (28), etc. Ces deux dernières sont le plus souvent signalées com-
22. Le fidèle élève de Jodjana mourut à l'âge de 88 ans (en 1990), entouré de ses amis et de ses propres élèves, à Amsterdam où il fut incinéré. Au crépuscule de sa vie, il dansait encore et paraissait même au sommet de son art (témoignage de Mme Parvati Chavoix-Jodjana).
23. Parmi eux, le metteur en scène Peter Brook et J. Robinson de l'Atelier de la Danse.
24. Elle avait précisé ses idées de l'enseignement artistique dans quelques articles et brochures stencilées, et surtout dans un ouvrage autobiographique paru en Angleterre, intitulé: A Book of Self Re-education. The Structure and Functions of the Human Body as an Instrument of Expression, Romford, L.N. Fowler, 1981, 200 р.
25. Cf. H. Poeze (ed.), In het land...: «Op geleende instrumenten uit een particuliere collectie speelde een amateur-orkest... en aantal stukken. Het succes was zo groot dat de voorstelling in maart 1914 werd herhaald... Het was voor het eerst sinds de Vrouwententoonstelling van 1898 dat gamelanklanken in Nederland te horen waren.» (p. 109).
26. Plusieurs études de lui parurent notamment dans la revue Nederlandsch-Indië Oud en Nieuw.
27. Cf. H. Poeze (ed.), op. cit., pp. 107-111.
28. En 1955, le cinéaste néerlandais Bert Haanstra prendra Jodjana pour sujet d'un film, dans son exécution de la danse de Shiva.
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me ses meilleures prestations, ainsi que Topeng Mas (Le Masque d'or) où le danseur, à l'aide d'un masque, joue de toutes les ressources de l'expression faciale, jusqu'à l'impassibilité. Parmi les 24 numéros que propose une brochure éditée par Jodjana (29), la seule incursion dans le registre “populaire” concerne la “danse du paysan” (Tani), encore est-il précisé qu'il s'agit de “la Cérémonie de la Récolte du Riz”, ce qui ne déroge pas au caractère sacré ou rituel qu'évoquent les autres compositions, hormis celles à caractère guerrier ou chevaleresque..
Au début, plus particulièrement en Hollande, le danseur est accompagné au piano par sa femme, utilisant là les principes de la transposition des pièces pour gamelan dans l'échelle musicale occidentale. Puis l'acquisition d'un gamelan et la formation de musiciens s'imposent du fait des tournées à travers toute l'Europe. Roemahlaiselan est associé au spectacle, soit qu'il danse son propre répertoire (d'inspiration balinaise principalement et de quelques autres régions de l'archipel, hors Java) soit qu'il se produise en duo avec Jodjana (“Duos... danses de combat, etc.”).
Les extraits de presse (voir la dernière remarque de la note 29) sont plus qu'élogieux. Dans plusieurs pays, les journaux saluent son passage comme un événement, «un prodigieux événement» (ein ungeheures Erlebnis), «un des grands événements d'art pour les capitales européennes. Gestes, mouvements, musique s'unissent en la danse de Raden Mas Jodjana pour atteindre au plus haut degré d'expression précise de la Beauté.» (un journal de Varsovie). Le célèbre critique parisien André Lévinson n'hésite pas quant à lui à déclarer dans Comoedia: «Oui, Raden Mas Jodjana, vous êtes un danseur classique, la terreur des dilettantes, des dalcroziens, des exotisants, des costumiers, des perruquiers, des archaïsants, des préraphaélites, de tous les déracinés qui accaparent le théâtre. Cela ne vaut pas moins, croyez-le, que d'être radjah régnant. » (30)
On le rapproche volontiers de célèbres danseuses de l'époque, Anna Pavlova ou La Argentina. A l'aune des rencontres avec quelques-uns des plus grands danseurs, chorégraphes, musiciens, acteurs de l'entre-deux-guerres, mais aussi avec des peintres, des hommes politiques, etc., sa propre célébrité ne fait pas de doute.
29. Cette brochure n'est pas datée. On y lit, en quatre langues: «Raden Mas Jodjana et Raden Ayou Jodjana seront heureux de donner des représentations:
-a. avec accompagnement du gamelan (Orchestre javanais).
-b. avec accompagnement du tambour javanais. Chant et récitation. Transcriptions de mélodies javanaises et hindoues pour piano.
-c. des conférences avec démonstrations. Il (suit leur adresse à La Haye).
La brochure reproduit surtout nombre d'extraits louangeurs, en français, allemand, anglais, italien, etc., tirés de la presse d'une dizaine de pays européens (sans que la source soit toujours signalée).
30. André Lévinson était l'auteur d'un ouvrage faisant autorité: La danse d'aujourd'hui, Paris, 1929. Dans celui-ci, il consacrait des passages aux divers danseurs et danseuses renommés du moment: La Argentina, Isadora Duncan, Joséphine Baker, Djemil-Anik, etc....ainsi que les ballerines cambodgiennes et une danseuse javanaise: Ghanda Soewasti (saluant à leur sujet le «coup de génie qui a confié aux bras le soin de danser»). A propos de R.M. Jodjana, et de sa prestation au Congrès de la danse à Essen en 1928, il se demandait s'il fallait le classer parmi les danseurs ou les mimes, et il déclarai t: On retrouve ainsi, à la base de chacun de ses avatars, un fragment d'action liturgique, une «station» d'une passion, une scène de mystère, une cérémonie de culte. (p. 304). Ce critique était également l'auteur d'un article sur la danse javanaise: “L'art à Java. L'esprit et les formes de la danse javanaise”, L'Art vivant, mai 1930.
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Il y a divers ingrédients dans ce succès, que l'on retrouve au fil d'un article comme celui du critique néerlandais Ben van Esselsteijn, apparemment un bon connaisseur des danses orientales (31).
En premier lieu, incontestablement, la séduction de l'Orient, la mode orientalisante: hiératisme, mystère, magie puissante, raffinement, harmonie, etc., sont naturellement invoqués; ou encore lit-on, extrait du Bulletin de l'Association Française des Amis de l'Orient : “Jodjana (...) est favorisé par son physique très beau, par son masque qui rappelle les plus nobles types khmers; ses gestes ont une simplicité, une largeur extraordinaires; la danse semble prêter à sa figure une ampleur surhumaine.”
En second lieu la naissance aristocratique: le «prince », cet "authentique aristocrate”, ne peut que dégager une impression d'élégance, suggérer la noblesse et la solennité. Mais ces raisons ne sauraient rien retirer à ses qualités intrinsèques de danseur, qualités techniques et surtout, semble-t-il, un remarquable pouvoir d'évocation émotionnelle, basé à la fois sur la concentration, le contrôle gestuel suggérant une profonde intériorité, et sur la force expressive du jeu de physionomie qui faisait aussi qualifier Jodjana de mime et d'acteur.
La question et maints puristes, en particulier des spécialistes de Java ne manquèrent pas de la poser était de mesurer l'écart de ses créations par rapport à la tradition javanaise. Jodjana y répondit lui-même dans un article intitulé «Le point de vue d'un danseur javanais moderne » (32). Il y réfute l'idée d'une tradition figée, à Java même où les danses les plus sacrées comme le bedoyo ou le srimpi n'ont gardé leur signification que dans les rituels de cour. Quant à lui, il ne voit pas l'intérêt pour un artiste de faire de «l'archéologie de la danse», alors que dans le contexte occidental il doit prendre en compte par ailleurs les exigences techniques de la scène (Jodjana impose un arrière-plan sombre pour que ses mouvements se détachent) et adopter une disposition discrète du gamelan.
C'est en toute clarté qu'il revendique le qualificatif d'artiste moderne, libre d'exercer sa créativité dans l'universel, ni oriental ni européen. Un critique néerlandais remarquait d'ailleurs: “La danse de Jodjana n'est pas de la danse javanaise moderne, mais de la danse moderne sur des bases javanaises.” (33)
Créateur, Jodjana l'était aussi, comme nous l'avons vu, dans son désir de s'exprimer à travers les arts les plus divers (peinture, sculpture, arts graphiques, laque), certainement comme vecteurs d'une sensibilité profonde (34),
31. «Nataraja, de dansende god», De Delver, VIII, n° 8, ler mai 1935. Dans la première partie de cet article, l'auteur, après quelques réflexions sur le caractère religieux de la danse en Orient, en vient à des précisions sur l'origine et les caractéristiques de la danse javanaise, en se référant notamment à Théo B. van Lelyveld (De Javaansche danskunst, Den Haag, 1922; du même auteur, voir en français: La danse dans le théâtre javanais; préface de Sylvain Lévi, Paris, 1931) et à ses propres entretiens avec le prince Soerjadiningrat de Yogyakarta, un des grands maîtres du Kraton. Dans la seconde partie, il retrace la carrière de Jodjana et évoque ses principales créations (illus-trées par plusieurs photos du danseur). B. van Esselsteijn était un écrivain lié à l'entourage de Noto Soeroto et collaborateur de la revue Oedaya fondée par ce dernier.
32. Het standpunt van een Modern-Javaanschen danskunstenaar», paru dans Oedaya, et cité par H. Poeze (éd.), op. cit., pp. 225-26 (la date n'est pas mentionnée).
33. H. Poeze (ed.), ibid.
34. Une sensibilité probablement partagée avec son ami Noto Soeroto qui lui dédia un poème inti-tulé “L'affolement”(“au danseur Raden Mas Jodjana”):
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Même s'il se voulait «moderne dans l'exercice de son art, R.M. Jodjana n'en avait pas moins gardé un profond attachement à sa culture d'origine. Ses notes (35) en témoignent, qui relatent ses années d'enfance dans l'atmosphère si particulière du palais de Yogyakarta.
Sa mère, R.A. Soerodiningrat, y tenait un rôle de maîtresse de cérémonie, ce qui donnait à Jodjana l'occasion d'assister de près aux rituels de la cour, de côtoyer les spécialistes des activités culturelles et de se former ainsi, par imprégnation comme c'était souvent le cas dans l'entourage des abdi dalem (serviteurs du souverain) aux exigences d'une bonne naissance éducation morale et apprentissage des codes de conduite nécessaires à un courtisan, rudiments d'instruction coranique et savoir-faire artistique, comme signes patents de la distinction aristocratique; la littérature et l'expression dramatique (en particulier le théâtre d'ombres) étant essentiels à la connaissance de la mythologie indo-javanaise, garante de légitimité ancestrale, alors que la pratique du récitatif, de la musique et, bien sûr, de la danse constituait l'apprentissage par excellence de la maîtrise de soi, tant physique que mentale, inhérente à la condition nobiliaire.
“Every sign of appreciation for his personal artistic presence made him extremely humble. He would always first fold his hands and retire within himself before thanking the public for their applause”
écrit Raden Ayou Jodjana dans le livre de ses souvenirs (36).“Je suis l'affolé, la victime de l'amour, qui frémis d'exaltation quand je m'imagine voir ta silhouette dans le brasier doré du soleil couchant.
Je t'ai appelée, ô mon aimée; je me suis paré pour ta venue.
Tu es belle: tes seins sont des collines arrondies, dans leur vallée dorment l'ombre et la fraîcheur. Tes bras sont un abîme, dans lequel je me jetterai aveuglément.
L'éclat de tes yeux me caresse. Tes jambes sont des gazelles rapides qui me portent, plus vite que les cerfs sacrés, vers les jardins fleuris des déwa.
Téméraire, je ferai avec toi cette course rapide; l'éclat de tes yeux brillera comme la lumière du soleil éclairant notre course effrénée.”
paru en traduction française dans un recueil de poèmes de Noto Soeroto, La chanson du wajang (pp. 37-38); traduit du néerlandais par Lode Roelandt, avec un avant-propos du traducteur et trois lettres de Romain Rolland; Les Cahiers du Journal des poètes, série poétique, n° 26, 5 janvier 1937.
35. Voir note 1.
36. A Book of Self Re-education, p. 188.
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Plus anecdotique, mais pas moins significative, sa fidélité au costume javanais.
Il est décrit dans cet atour, dans un article du quotidien javanais Mataram qui le montre devisant avec Léopold, Roi des Belges, à l'issue d'un gala à l'ambassade des Pays-Bas à Bruxelles en 1937: «... R.M. Jodjana dont les sublimes danses javanaises ont été une révélation pour ce public choisi et gâté. Pas un seul des spectateurs parmi la centaine d'invités ne parvenait à s'arracher à la force mystique de la danse orientale. (...) Le Roi s'est entretenu assez longtemps avec R.M. Jodjana qui portait un magnifique habit de prince, avec un keris d'apparat glissé dans le dos.» (37)
C'est en costume javanais qu'il sera enterré. Quelles que fussent ses idées sur la nécessaire inflexion de l'art chorégraphique javanais dans le contexte européen, il garda aussi de ses origines le besoin constant de faire partager les traditions de son peuple en général; conférences et articles y pourvurent (38),
Enfin et surtout, comme il aimait le rappeler à ses proches (et par où il débutait ses souvenirs destinés à sa fille), il faisait sienne la question du “sens de la destinée”, centrale dans la philosophie javanaise du kebatinan (spiritualité) et résumée dans la formule sangkan-paran: “d'où vient-on, où va-t-on?” et, quelle que soit la «Gloire» (Glorie) en ce monde, c'est “en Son Nom” qu'elle s'exerce, expliquait Jodjana dans une lettre à sa femme.
“Destin croisé” que celui de Raden Ayou Jodjana. La jeune Néerlandaise, alias Khourshed de Ravalieu, issue d'une famille huguenote mais dont le père avait servi aux «Indes», s'était déjà engagée dans le chemin de l'Orient lorsqu'elle rencontra le danseur javanais. Ses goûts artistiques, en rupture avec sa formation et son milieu d'origine, l'avaient portée vers le chant et les musiques indo-persanes, dont elle donnait des récitals en s'accompagnant d'un instrument à cordes («tambourah ») (39). L'intervention dans sa vie de son “gourou” Hazrat Inayat Khan lui était apparue comme une sorte de révélation, le début d'une mission consacrée à l'expression de la créativité, que sa rencontre ultérieure avec Jodjana allait orienter.
Comme elle le raconte dans son Livre d'auto-rééducation; structure et fonctions du corps humain comme instrument d'expression» (pp. 164-165):
Inayat Khan, my Guru, foretold my future meeting with another being
with whom I was to enter the path of destiny.
He told me exactly the sign that would be given
to me, and to that other human being.
It was a symbol of seven crowns with seven stars.
37. Cité par K.H. Dewantara; voir note 3. On sait aussi l'importance pour les Javanais du keris, dont plusieurs sont conservés dans la maison de La Réole.
38. Par exemple un article de lui, intitulé: «Iets over Javaansche dansen» (Licht, Ref. B, n° 38,
pp. 597-603), où il insiste sur le caractère religieux des danses de cour et présente le wayang wong. comme un moyen de transmission de la spiritualité hindoue ou bouddhique, déplorant la tendance à une exploitation commerciale de cet art, dont se sont emparés des imprésarios européens ou chinois, organisateurs de tournées “populaires”.
39. Cf. la brochure Book of Words of Persian, Hindi and Urdu Songs (with English Translations), sung by Khourshed de Ravalieu (s.d.).
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We met, were united and married; and were guided by the same inner Presence, together bringing the message, not in word, not in music but in pure movement. Raden Mas Jodjana, my husband, had come from Java to Europe with a mission.
It was the same message as Inayat Khan's, not given out by music but in the language of pure movement.
“À partir de cette rencontre, nous dit sa fille, une extraordinaire symbiose se crée entre eux. La musique inspire le danseur, lui ouvre d'autres horizons et lui fait créer de nouvelles danses. Le danseur traditionnel devient un créateur, un grand artiste qui se produira à travers toute l'Europe”.
Devenue l'épouse de Jodjana, “(elle) se passionna pour la culture javanaise”, ajoute Parvati Jodjana qui, elle-même, ainsi que son frère Bhimo, fut élevée dans une ambiance artistique et spirituelle qui référait aux racines de son père.
Et comment ne pas voir un signe d'accomplissement de ce cheminement, dans le fait que, au moment où Jodjana se meurt à La Réole, sa femme se trouve à Yogyakarta, pour la première fois de sa vie en Indonésie, dans la famille de son mari et à la demande de celui-ci, comme par une sorte de retour au pays d'origine? Sangkan-paran.
Raden Mas JodJana
Image
Couverture, illustrée par le danseur lui-même, d'une brochure
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Le sens d'un exil
R.M. Jodjana ne revint jamais en Indonésie. Parti en 1914, il rejoignait alors les premiers étudiants (ils seront 72 inscrits en 1921, toutes disciplines confondues) (40), promis pour la plupart à constituer l'élite administrative et professionnelle du pays et, pour certains d'entre eux, militants politiques, à devenir des dirigeants de la république proclamée en 1945 (41).
Après la première guerre mondiale, le caractère purement social de leur association, Indische Vereeniging, devait céder peu à peu devant la montée au sein de ce groupe du sentiment anti-colonial, débouchant sur la radicalisation de la Perhimpunan Indonesia.
Comme nous l'avons vu, Noto Soeroto, écarté à cause de ses positions pro-hollandaises, fonda en 1926, à partir du groupe qui gravitait autour de la revue Oedaya, une organisation rivale surtout en matière d'activités culturelles NIVIO) (42). Dans le comité de celle-ci, Jodjana occupait les fonctions de deuxième secrétaire (43).
L'amitié de Jodjana pour Noto Soeroto explique probablement cela, de même que le fait d'avoir épousé une femme néerlandaise, comme d'ailleurs Noto Soeroto ou encore Soerjowinoto, musicien et danseur lui aussi qui avait fait le même choix (44).
En 1945, au lendemain de la seconde guerre mondiale, alors que l'Indonésie a proclamé son indépendance et que les Hollandais s'efforcent d'y reprendre pied, c'est encore une association d'amitiés indo-néerlandaises, la Vereeniging Nederland-Indonesië, qui permet à Jodjana de faire sa réapparition sur une grande scène des Pays-Bas, à l'occasion d'une soirée de gala” en l'honneur du 3e anniversaire du discours d'exil de la reine Wilhelmine.
Pour autant, on se gardera bien d'oublier l'hommage que lui rendirent deux grands nationalistes indonésiens.
D'abord en 1936, le docteur Soetomo (lequel vécut aux Pays-Bas de 1918 à 1923 et milita à la Indonesische Vereeniging) qui, de passage à Amsterdam pendant un long voyage qui le menait d'Orient en Occident, notait dans sa relation en javanais (p. 71) (45): «Hormis ceux qui vivent comme je viens de le dire [de petits métiers], il y a d'autres de nos compatriotes qui sont attirés par l'art, entre autres R.M. Jodjana.
A l'origine, celui-ci avait l'intention d'étudier à l'École supérieure de commerce (Handelshoogeschool) de Rotterdam, mais il a contracté la passion de la danse. (...) Il souhaiterait vivement revenir au pays.
Cependant, pourrait-il y vivre de son art? Je crois que ce serait difficile car la plupart de nos compatriotes ne sont pas encore en mesure d'apprécier leur culture à sa juste valeur.
Nous vivons encore une période de sacrifices et les créateurs qui œuvrent à de nobles ambitions doivent se sacrifier.
40. H. Poeze (ed.), In het land..., p. 163.
41. Voir R. Van Niel, The Emergence of the Modern Indonesian Elite, The Hague, Van Hoeve, 1960.
42. Voir ci-dessus, la note 7.
43. In het land..., pp. 196-97 et 200.
44. Ibid., p. 167.
45. R. Soetomo, Poespita Mantja Nagara, Surabaya, 1937. Voir, M. Bonneff, «Un nationaliste indonésien à travers l'Asie et l'Europe», dans: Cl. Salmon (éd.), Récits de voyage des Asiatiques, Paris, EFEO, 1996, pp. 407-421.
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Jodjana s'efforçait à parler l'indonésien. Il voudrait aller en Indonésie pour y demeurer et enseigner. “D'après vous, ai-je ma place dans l'Indonésie d'aujourd'hui?”, a-t-il demandé.
Tragique? Ce n'est pas qu'il n'ait pas de but dans la vie, mais l'homme en général a besoin d'une terre pour prendre racine.(47)
Aux yeux de Sitor, le danseur, qui lui paraissait déjà un vieil homme et qu'il considérait surtout comme un acteur et un mime, aurait pu transmettre son expérience de 35 années en Europe à son pays de naissance. D'ailleurs, le ministre indonésien de l'Éducation, Abu Hanifah, ne lui avait-t-il pas confié l'année précédente (1950) la tâche de représenter son pays au “Congrès international de l'Institut du Théâtre de Paris” ? (48)
Il aurait pu, en tout cas, “ouvrir la voie à de nouveaux objectifs, à des possibilités nouvelles dans le domaine de la danse, du théâtre et de l'art de la pantomime en Indonésie. (...) C'est peut-être Jodjana qui pourra répondre à la question de la valeur des techniques de la danse javanaise classique pour l'évolution de la danse indonésienne” (p. 422)
Un destin français
Les premiers séjours de Jodjana en France, au début des années 20, coïncident avec un certain intérêt des milieux orientalistes pour la colonie hollandaise.
Ses relations avec Philippe Stern, futur conservateur du musée Guimet, datent de cette époque et seront durables. Jodjana se produit également dans le cadre des activités artistiques de l'Association française des Amis de l'Orient, dont le directeur du moment est Jacques Buhot.
C'est la revue Le Monde Nouveau qui assure alors l'interface entre les milieux coloniaux néerlandais de l'Institut colonial d'Amsterdam et Paris (49) (d'ailleurs, les analogies ne manquent pas avec les milieux coloniaux qui prirent en charge Raden Saleh à Paris; voir l'article sur celui-ci, dans le présent numéro). Cette même revue assure la publication de l'ouvrage de l'ancien gouverneur général des colonies,
46. Il signale en particulier sa collaboration à l'Opéra français » (Fransche opera), où on lui avait demandé de diriger un corps de ballet javanais, pour l'opéra intitulé «Fatima», de Hans van de Wall.
47. Sitor Situmorang, «Jodjana», Zenith, th. 1, nº 7, Djuli 1951, pp. 418-422.
48. En 1959, Jodjana participera aux Journées d'Études de Royaumont sur les théâtres d'Asie. Dans les Actes de ce colloque où figure un article de Jeanne Cuisinier sur le théâtre en Indonésie, pp. 223-241, l'éditeur-préfacier, Jean Jacquot, le remercie pour avoir prêté un très beau gamelan et des costumes de danse javanais»; Les Théâtres d'Asie, Paris, Éd. du CNRS, 1961.
49. Notons aussi l'activité du Centre d'Études franco-hollandaises, où par exemple, en 1923, Noto Soeroto vint prononcer une conférence sur la danse javanaise et le wayang, dont il fit, semble-t-il, une démonstration, en bon dhalang qu'il était; cf. H. Poeze (ed.), In het land..., p. 182.
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Gabriel Angoulvant, Les Indes Néerlandaises, rédigé à la suite d'une visite qu'il y avait faite sur invitation. C'est à Jodjana que l'on confie l'illustration des têtes de chapitres, consistant en quatorze bois gravés (il fréquentait alors l'atelier du peintre Colin - boulevard du Montparnasse et celui du décorateur Dunand).
Angoulvant parle de son illustrateur en des termes caractéristiques du timide virage colonial de l'époque mais encore teintés de paternalisme: “L'on serait même tenté de se demander si, demeuré dans sa patrie,
Jodjana serait parvenu à une aussi pleine réalisation de ses virtualités. Loin d'être sorti de ce contact en oriental désaxé, déraciné, ainsi qu'il arrive pour des carac-tères de moindre trempe, Jodjana a su garder entière sa sensibilité propre” (50) L'une des photos de l'ouvrage montre Jodjana dans la danse de Vishnu (t. I, p.80).
Le danseur javanais donne des représentations chez des particuliers (dans l'atelier du peintre Colin, chez Mme de Clermont-Tonnerre) mais le couple se produit aussi au Théâtre du Vieux-Colombier, alors dirigé par J. Copeau, avec qui les Jodjana conserveront des liens d'amitié. Leurs relations parisiennes dans le monde des célébrités artistiques de l'entre-deux-guerres touchent à divers genres: la musique (Wanda Landowska, Pablo Casals, Henry Prunières, musicologue et critique à La Revue musicale), la danse (Isadora Duncan), le théâtre et la mise en scène (les acteurs de la Comédie des Quinze, Abel Gance), la critique (André Lévinson), etc.
Il s'en ajoutera beaucoup d'autres, lorsque les Jodjana auront créé, à partir de 1934, leur «Centre international» dans le midi de la France, des artistes internationaux et des intellectuels curieux d'expériences nouvelles. A Cotignac (1934), ce sont par exemple des danseurs (comme Alain Wayne, danseur-étoile) de la troupe du célèbre chorégraphe allemand Kurt Jooss, qui viennent suivre les stages de danse et d'expression corporelle. Comme le rappelle R.A. Jodjana dans ses souvenirs:
“[my husband] made many Westerners aware, that the human being can express himself in a simple, intense and beautiful way by movement. With a simple gesture, by turning the head, just lifting a finger, or moving through space. Jodjana revealed and manifested that man can develop the inner consciousness of creative intelligence, and from within, spread knowledge by creative expression in movement” (51)
Dardennes (1935) voit passer entre autres le docteur Kurt Binswanger, psychanalyste suisse de renom, qui invite Jodjana à Zürich, à l'époque où il a en traitement le danseur Nijinski; son épouse, Erica Binswinger, devient
50. G. Angoulvant, Les Indes Néerlandaises, Paris, Le Monde Nouveau, 1926; tome I, p. xxix. À noter à la suite l'éloge d'un autre danseur javanais, R.M. Soebanto.
51. A Book of Self Re-education, p. 165.
Archipel 54, Paris, 1997
Le «Centre Jodjana » s'inspire des méthodes de Tagore et du mode de vie que celui-ci a introduit à Santiniketan.
Le programme y est éclectique, «art et science du mouvement, pédagogie cinétique et pédagogie thérapeutique, chorégie et chorégraphie, danse et art dramatique avec accompagnement, chant, déclamation, piano, orchestre javanais», auxquels s'ajoutent des activités de dessin, gravure, exécution de costumes.
Le cycle complet des études dure trois ans (pendant les mois d'été): “chaque élève sera instruit selon les lois universelles du mouvement, du rythme et de la composition; il sera activement secondé dans la recherche de son propre mode d'expression et d'un style de mouvement tout à fait personnel.” Des stages de quelques jours avaient également lieu lors des vacances scolaires.
Ce fut ce bien fragile “ashram” que la guerre vint bouleverser, un lieu où Occident et Orient prétendaient encore dialoguer certes, au niveau d'une élite dans la fidélité à l'esprit d'un Tagore ou d'un Krishnamurti (52), à la fois au bénéfice de l'Art et, comme en rêvaient les milieux orientalisants des années 30, dans l'espoir d'un renouveau culturel.
On sait ce qu'il advint de la famille Jodjana, arrachée au château de Vergoignan, puis profondément meurtrie par le martyre d'un fils chéri, Bhimo, si doué, sensible comme un jeune Javanais, studieux comme devait l'être un élève de l'enseignement français. Comme ne l'était pas moins sa sœur Parvati, embrassant des études de médecine à Bordeaux, et allant au bout pour ainsi dire du destin «français » de la famille Jodjana. Ce sera auprès d'elle que Raden Mas Jodjana reviendra mourir. Il repose au cimetière de La Réole, non loin de la maison emplie de souvenirs.
En cul-de-lampe, illustration de R.M. Jodjana pour l'ouvrage Les Indes Néerlandaises de G. Angoulvant.
Archipel 54, Paris, 1997













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